lundi 12 décembre 2011

57.

Mes démons sont tristes. Mais j'ai appris à ne pas leur prêter plus d'attention qu'ils ne méritent.

Ils viennent encore, de temps à autre, roder autour de ma demeure. Leur chant mélancolique m'est familier; mais de ma fenêtre, je perçois les joies d'une nouvelle aurore, leur chant finit par mourir dans les gazouillis des oiseaux.
56.

Outre les rêves érotiques, les rêves nocturnes dont je me souviens, et c'est assez rare, sont généralement des rêves de perte ou d'enfermement; qui néanmoins, finissent bien la plupart du temps. Ou je trouve une sortie, ou on me libère.

J'ai rêvé hier de m'être perdu dans un immeuble dont je ne trouvais la sortie, et où j'étais pourchassé par des lions. Je n'avais pas particulièrement peur, mais je sentais qu'il y avait un danger. Ma seule solution, c'était de monter les escaliers, d'étage en étage jusqu'au dernier, sous peine d'être rattrapé et dévoré vivant. Au dernier étage, je me suis enfermé de l'intérieur un moment, pensant me protéger contre les lions, mais je voyais bien que ce n'était pas une solution pérenne

Finalement, une porte de côté, que je venais à peine de remarquer, s'est ouverte, et elle donnait directement sur la ville. J'y suis descendu, en la refermant derrière moi. La place publique grouillait de monde. Je me suis mêlé à la foule; mais j'entendais encore les lions rugir derrière la porte.

Je me suis réveillé.

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Ce n'était pas un mauvais rêve, mais ce n'était pas un beau rêve non plus. Je fais heureusement, de temps à autre, de beaux rêves dont je me souviens parfaitement tant ils sont intenses... La nuit d'avant par exemple, le rêve était délicieux. Et ce n'était pas un rêve érotique.

J'ai rêvé de fruits. Je montais un sentier duquel descendait toutes sortes de fruits: j'en prenais dans mes mains, j'en mettais dans mes poches, et il en venait encore et encore des quantités énormes. Je continuais à monter et à me remplir les bras jusqu'à ce que ça en déborde, jusqu'à n'en plus pouvoir emporter aucun.

A la fin du sentier, je me suis arrêté car je ne savais pas quoi faire de toute cette quantité de fruits entassé à mes pieds. Un homme s'est approché de moi et m'a dit de les boire. C'était le plus délicieux nectar qu'il ne m'a jamais été donné de goûter.

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Me souvenir de mes rêves est tout nouveau pour moi..Ils n'indiquent  rien à part que la qualité de mon sommeil s'est amoindrie avec l'âge. Je devrais peut-être dormir un peu plus tôt.

dimanche 11 décembre 2011

55.

Ce qui occupe mes journées solitaires: les sauver de n'être que du temps qui passe. Cet objectif est rarement atteint.

Le regretter...? Quel intérêt?
54.

"- Maintenant, repris-je, représente-toi de la façon que voici, l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance.

Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête, la lumière leur vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.


- Je vois cela, dit-il.


- Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière ; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.


- Voilà, s'écria-t-il, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.


- Ils nous ressemblent, répondis-je" 


Platon-La république.

***

Est-ce que je suis sorti de la caverne? Je ne pense pas. Je commence tout juste à tourner la tête, à me dégourdir les jambes et à comprendre que ce que je vois devant moi ne sont que des ombres.

jeudi 8 décembre 2011

53.

Réveil matinal aujourd'hui; ou plutôt ultra-matinal, puisque c'était à quatre heures trente du matin. Je m'étais endormi assez tôt la nuit d'avant, juste après avoir diné et lu une vingtaine de pages du nouveau roman d'Henry Bauchau, que j'avais acheté une semaine auparavant.

J'avais encore trois heures pleines devant moi avant de commencer ma journée de travail; j'ai pris une douche chaude, un petit déjeuner copieux, fumé deux cigarettes, regardé quelques infos à la télé, lu quelques pages du roman...Je me suis ensuite couvert et je suis sorti au balcon pour guetter le lever du jour.

Tout était plongé dans l'obscurité au début. Vers six heures trente, la couleur a viré vers un gris bleuâtre, les silhouettes noires des arbres ont commencé à se dessiner dans la pénombre; les merles et quelques autres passereaux ont entamé leur chant matinal; doucement au départ, puis à mesure que la lumière grandissait, de plus en plus amplement et de plus en plus gaiement. Le soleil n'a ensuite pas tardé à apparaître dans la demi heure suivante; vers un peu plus de sept heures, le ciel était déjà bleu.

J'étais là, repu, bien au chaud, et assis dans la sérénité du matin dans une ville au bord de la méditerranée. Je vivais les véritable instants magiques que l'histoire ne peut pas démentir et que les hommes ne peuvent pas effacer, ils ne m’appartenaient pas..mais ils se donnaient à moi. La terre me gratifiait d'un opéra de lumière et de joie, gratuitement, sans me demander rien en retour; qu'est ce que nous allons chercher ailleurs ?? Pourquoi espérer? pourquoi lutter? pourquoi craindre? pourquoi trembler?.  L'essentiel est invisible pour les yeux, disait St-exupéry; on ne voit bien qu'avec le coeur...

Il est sept heures vingt. Je me dépêche de sortir; j'ai trente minutes de trajet à faire en voiture et il faut sortir maintenant si je ne veux pas être coincé dans le trafic. Je ne suis pas un rêveur, je sais où je vis et je sais que ce n'est pas un pays des merveilles, je continue à sourire quand même.


mardi 6 décembre 2011

52.

Noé avait construit l'arche pour sauver les croyants du châtiment. La beauté est notre arche; mais à quel déluge voulons nous échapper?
51.

J'aimerais rencontrer quelqu'un qui aime ce qu'il fait.

Pas quelqu'un qui joue, qui peint ou qui écrit, pas un artiste: ceux là créent des œuvres et en conséquence se créent d'autres vies; j'aimerais plutôt rencontrer un travailleur du quotidien, un travailleur du commun: un artisan, un ingénieur, un médecin, un enseignant, un paysan, un banquier, un commerçant...et qu'il me dise qu'il aime ce qu'il fait, que ce qui l'intéresse dans son métier c'est de bien faire ce pourquoi il est payé. Je n'en ai jamais eu l'occasion jusqu'à maintenant.

J'aimerais rencontrer quelqu'un qui me redonne espoir en la possibilité pour un homme de ne pas être écrasé par la nécessité; et qu'il peut, au contraire, en faire son alliée dans la conduite de sa vie.
50.

J'avais lu cette blague quelque part; je ne me souviens pas où; mais elle m'avait paru sur le moment très pertinente pour comprendre notre relation au temps et à la vie.

- Allo...Oui, t'es où?
- Je suis dans le bus
- Fais vite s'il te plaît!
- Je ne le conduis pas gros con! 

***

Nous ne menons pas nos vies.Nous sommes des passagers dans un bus, conduit par ce qui est, ici ou là, diversement appelé Dieu, le destin, le hasard, l'histoire, etc...Et dont nous n'en maîtrisons ni l'intinéraire, ni la vitesse; et même si nous pensons parfois mener quelque chose, c'est souvent des forces, des peurs et des désirs inconscients qui travaillent en nous à notre insu. En vérité, nous faisons rarement les choses en sachant exactement pourquoi nous les faisons.

En définitive donc, pour nous autres passagers du bus, il ne nous servira à rien de nous irriter contre le trafic, le retard, l'état de la chaussée, les autres usagers de la route,...Il vaudrait mieux qu'on se calme et qu'on comprenne qu'on ne peut en réalité faire que très peu de choses: donner sa place à un invalide ou un vieillard, lire un livre ou un journal, regarder les monuments de sa ville, écouter de la musique, penser à ceux qu'on aime,...ou mieux que tout: méditer en silence à l'impermanence de toute chose.
 
Ecoutez maintenant "Just enjoy the ride" de Morcheeba et tirez de la petite blague que je vous ai raconté toutes les conclusions spirituelles et métaphysiques qui s'imposent.

dimanche 4 décembre 2011

49.

"It was the best of times, it was the worst of times; it was the age of wisdom, it was the age of foolishness; it was the epoch of belief, it was the epoch of incredulity; it was the season of Light, it was the season of Darkness; it was the spring of hope, it was the winter of despair; we had everything before us, we had nothing before us; we were all going directly to Heaven, we were all going the other way."
Charles Dickens- A tale of two cities.



 "C'était le meilleur des temps, c'était le pire des temps; c'était l'âge de la sagesse, c'était l'âge de la bêtise; c'était l'époque de la foi, c'était l'époque de l'incrédulité; c'était la saison des lumières, c'était la saison des ténèbres; c'était le printemps de l'espoir, c'était l'hiver du désespoir; nous avions tout derrière nous, nous n'avions rien derrière nous ; nous allions tous au paradis, nous allions tous dans l'autre direction."
Charles Dickens- Un conte de deux villes.


Cette phrase est la première du roman historique de Dickens où il parle de Paris et de Londres pendant la période de la révolution française de 1789. C'est à cela qu'on reconnaît le talent d'un grand écrivain; ses phrases restent. Elle décrit à merveille Tunis en 2011.
48.

Ma solitude se lève avec moi chaque matin...ou pour être exact, me précède de quelques instants, car c'est elle que je vois en premier quand j'ouvre les yeux. Je la connais bien maintenant...depuis le temps qu'on se fréquente...Elle m'accompagne presque partout où je vais.

Ma solitude est sévère, et ne laisse jamais rien passer, sauf parfois quelques rayons de soleil, deux ou trois phrases dans un livre de poésie, les rires dans les yeux d'un enfant, un peu de chocolat et un ou deux verres de vin. Jamais rien d'autre; pas de rumeurs, pas d'espoirs et pas de regrets. Elle ne me laisse sortir aussi que très peu de fois, pour aller visiter les parents, dire bonjour à une amie, écrire quelques mots inutiles ou me promener dans un jardin. Rarement ailleurs.

J'ai lu dans un livre que les hommes, même sans le savoir, attendent toujours le printemps; pas la saison, mais cette déchirure qui réveille les cœurs tristes comme le moi de mai déchire les brumes de l'hiver. Ce printemps-là peut survenir à tout moment, même quand on s'y attend le moins. Je pense que moi aussi, j'attends le printemps. Mais je ne le saurai qu'après coup, lorsque je me lèverai le matin et verrai un autre visage que celui de ma solitude.

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J'étais à Paris pour quelques jours. La ville était sublime, j'avais de l'argent, je dinais dans de grands restaurants gastronomiques et je dormais dans un hôtel luxueux. Mais les rues étaient vides, les magasins aussi étaient vides...l'air était froid et le lit aussi. Tout était toujours vide et tout était toujours froid. Et quand bien même il y avait des foules partout, je ne pouvais entrer dans aucune; ma solitude m'y précédait immanquablement.

Je retourne à Tunis. Ma solitude prend l'avion avec moi. Je pense à quelques chose au dessus de la méditerranée:  Au dessus des nuages, il fait toujours beau. S'il y a encore des nuages, c'est que je descends un peu trop bas.

L'air ici est meilleur et il fait plus chaud; mais il y a encore trop de bruit, de saleté et de désordre. Encore des foules qui se réunissent et qui se disputent. C'est l'avenir qui est en jeu. Oui, l'avenir lui-même disent-ils... Malheureusement pour moi, ici aussi, je ne peux entrer dans aucune de ces foules. Ma solitude ne me laisserait pas. Ils ne parlent que de la laideur de l'époque dit-elle....Oui, je sais...ma solitude est sévère, vous disais-je.

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Ma solitude me raccompagne au lit; c'est elle encore que je vois en dernier quand c'est le moment de dormir. Je ferme les yeux et j'observe l'obscurité. A l'envers de mes paupières, il est inscrit quelque chose; un nom que je ne lis pas encore.