jeudi 5 janvier 2012

80.

Etty Hillesum est une jeune juive néerlandaise morte dans un camp nazi en 1943 à l'âge de 29 ans.

J'invite tout le monde à jeter un coup d'œil à son histoire et son destin. Elle a écrit un journal, publié quarante après sa mort sous le titre "une vie bouleversée", où elle y raconte sa vie, ses angoisses, son époque meurtrière, et surtout son propre cheminement spirituel pendant les trois dernières années de son existence.

Son exemple est exceptionnel.

***

On ne peut pas vraiment choisir parmi les nombreux extraits du journal. Aussi, je m'en tiens à quelques citations trouvés sur Internet (et il en reste encore énormément):

"Le soleil m’inonde le visage et sous nos yeux s’accomplit un massacre.

"La vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l’on sache y ménager une place pour tout et la porter toute entière en soi dans son unité ; alors la vie, d’une manière ou d’une autre, forme un ensemble parfait."

"J'essaie toujours de retrouver la place de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes."

 "Processus lent et douloureux que cette naissance à une véritable indépendance intérieure. Certitude de plus en plus ferme de ne devoir attendre des autres ni aide, ni soutien ni refuge, jamais. Les autres sont aussi incertains, aussi faibles, aussi démunis que toi-même. Tu devras toujours être la plus forte. Je ne crois pas qu'il soit dans ta nature de trouver auprès d'un autre les réponses à tes questions. Tu seras toujours renvoyée à toi même. Il n'y a rien d'autre."

"vivre totalement au dehors comme au dedans, ne rien sacrifier de la réalité de la vie extérieure à la vie intérieure, pas plus que l'inverse, voilà une tâche exaltante."

mercredi 4 janvier 2012

79.

Mes inquiétudes ont le plus souvent découlé d'un besoin incessant de me délivrer de toute fausseté et de toute imposture, qu'elle soit consciente ou inconsciente. Le hic est que tout pas que je fais vers ce but m'en éloigne encore un peu plus.
 
En sortant de la douche ce matin, j'ai constaté avec étonnement et un peu d'amertume que, sans le savoir, je me suis toujours secrètement vécu comme une sorte de prince. De là, beaucoup d'erreurs. La vérité est que je ne peux être qu'un prince sans royaume.

mardi 3 janvier 2012

78.

Une fois il y a dix ans, encore étudiant à la faculté, je m'étais trouvé une certaine nuit d'hiver, dans les rues de Tunis, totalement ivre, et presque acculé à dormir dehors.

Je m'étais séparé de mes amis de beuverie vers onze heures du soir, pour prendre un des derniers métros qui sortaient de la gare Barcelone. Tout ce que j'espérais, c'était accrocher un métro, m'affaler sur le siège et ne plus penser à rien jusqu'à mon arrivée à la maison. Mais j'étais arrivé à la gare ivre-mort; et je ne pouvais quasiment plus lever la tête sans que la terre ne s'ouvrit littéralement sous mes pieds.

Assis sur le banc en acier du quai, je regardais arriver les derniers métros l'un après l'autre, leurs portes s'ouvrir, se refermer; et enfin partir vers leurs destination; sans qu'à aucun moment je ne puisse faire l'effort d'y monter.

Il a fallu que je dorme quelques heures sur les banc de la gare, le temps de reprendre mes esprits; pour qu'enfin, je puisse renter vers trois heures du matin dans un taxi que je n'ai payé  que le lendemain.

...

Aujourd'hui, j'ai cette même impression. Je regarde partir les trains du bonheur, l'un après l'autre sans que je ne puisse accrocher aucun. Je les vois qui s'approchent, m'attendent un moment et puis partir. Et moi, collé à mon banc en acier, peut-être devenu moi-même aussi froid que l'acier, je ne fais qu'ouvrir les yeux un moment, me désespérer de ma lourdeur et puis les refermer.

lundi 2 janvier 2012

77.

Je peine à écrire des fictions, et pour cause: je n'imagine jamais rien. Et je me retrouve chaque fois suant à presser un réel asséché, espérant encore, y trouver quelques gouttes de jus frais.

Je n'y trouve rien; et c'est alors que je retrouve ma sueur noire sur la feuille.
76.

Nous sommes soumis aux mêmes lois physiques qui gouvernent la nature.

Comme les particules élémentaires tournoyant dans le vide intersidéral et s'accumulant pour former des noyaux, des atomes et des molécules, nous tournoyons dans le néant des mondes et nous nous accumulons pour former des couples, des familles et des nations.

Je ne serai pas surpris que l'amour, la haine, la solidarité et la peur qui unissent et désunissent les âmes des humains depuis la nuit des temps, s'avèrent être de la même nature que les quatre interactions fondamentales de la physique.

***

P.S: Ce genre de réflexion est un exemple typique des analogies hasardeuses qui se font et se défont à longueur de journée dans mon esprit; à la recherche d'une place pour l'homme dans ce coin perdu de l'univers. 

Je sais pertinemment qu'elles n'avancent à rien, ne résolvent rien, ne distraient personne et n'aident personne à réféchir. Mais que faire? L'initulité n'est-elle pas le sceau de bien des oeuvres de l'umanité ?
75.

A cause de quelques circonstances indépendantes de ma volonté, j'ai du hier, faire un trajet de deux cents kilomètres sans assurance automobile. Je n'ai pu compter, pour m'en passer, que sur une conduite tranquille et un peu de chance. Et fort heureusement, je n'en ai pas eu besoin.

Il m'a paru enfin que somme toute, ce n'était pas si différent de la vie en général; c'est un trajet sans assurance, où on ne peut compter, pour le parcourir sereinement, que sur sa bonté et un peu de chance. Toutes les prétendues assurances que les gens se tuent à payer ne garantissent rien. Même celle qu'on dit garantir l'éternité bienheureuse.

Il y a bien sur les autres, les flambeurs; ceux qui se crachent lamentablement sur les platanes bordant les routes de la vie. Ceux-là aussi n'ont pas besoin d'assurance,  mais ils n'arrivent nulle part.
74.

Sans les arbres qu'il fait vibrer, le vent serait invisible. Sans les âmes qu'il fait prier, Dieu serait inconnaissable.
73.

«La révolution ne devient jamais profession».

Ce n'est pas moi qui le dis, cela a été écrit il y a presque un siècle par un homme qui s'offusquait du détournement stalinien de la révolution d'octobre.

Sans cela, tout se travestit; le mensonge du mythe révolutionnaire envahit peu à peu les murs de la nation telles les branches du lierre sur les façades des bâtiments; et une caste de nouveaux professionnels monopolise toutes les valeurs de la révolution, dans l'unique but de dissimuler la source de son pouvoir et de ses privilèges.

Dieu! combien cela est toujours actuel!

dimanche 1 janvier 2012

72.


Il existe au cœur de l'océan atlantique, une mer longue de 3000 kilomètres, où il n'y a ni vents, ni vagues, ni courants océaniques. Elle est appelée "la mer des sargasses" du nom des très nombreux bancs d'algues "sargassum" qui y flottent et s'accumulent en surface. Autrefois, cette mer était crainte par les équipages qui sillonnaient l'océan atlantique, parce que son calme plat entravait considérablement la progression de leurs voiliers et les condamnait à la quasi-immobilité.

Je me trouve exactement comme en plein milieu de ma propre mer des sargasses. L'ancien monde est derrière moi. Je n'ai pas atteint le nouveau; et si je veux me sauver de cette vie d'algue flottante, il faudra bien que je rame. Car je ne trouve dans mon époque, mon pays et ma propre vie, ni vents, ni vagues, ni courants...

Oui, ramer tant qu'il y a de la force dans les bras. Et puis chanter aussi; chanter puisqu'il ne restera rien de nous, sinon une mélodie. 
71.

Pour l'année qui commence :


La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours, puisque je le dis
Puisque je l’affirme,

Au bout du chagrin, une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler, faim à satisfaire
Un cœur généreux

Une main tendue, une main ouverte
Des yeux attentifs

Une vie, la vie à se partager.

Paul Eluard