lundi 30 janvier 2012

101.

Je m’enfonce, et sans cesse plus loin, dans les cavités de ma propre conscience, ses stalactites et ses stalagmites, ses chauves souris et ses eaux souterraines...

Exercices quotidiens de spéléologie intérieure...Je vous épargne les détails. Je n'en garde de toutes manières dans mon âme, que le souvenir de l'effort; comme le coureur ne garde après le marathon, que le souvenir de l'acide lactique dans ses jambes.

Heureusement, il y a de la vaisselle à faire.  Les assiettes sont entassées dans l'évier depuis trois jours, et il n'y avait rien à faire de mieux que d'aller les laver. Faire la vaisselle est un de mes moments zen préférés. Mon esprit troublé s'apaise; car je ne pense plus à rien; seule demeure l'action de frotter l'assiette, de l'essuyer et de la mettre dans le bac.

En fin d'après midi, je relis  le poème de Rilke: Le torse archaïque d'Appolon" qui décrit la statue d'un Appolon sans tête et qui se termine par cette injonction: " Tu dois changer ta vie". A ce moment là, me revient en pleine figure ce qui me manque: il ne me manque rien de plus qu'une caresse, il ne manque que de toucher et d'être touché.

J'en entends presque ma peau crier !
100.

Je regarde nonchalamment le ciel nocturne...Me frappe d'un coup, l'idée, banale et néanmoins indiscutable, que ce que je vois n'existe pas...ou plutôt n'existe plus. Ce que je vois d'une étoile maintenant n'est qu'un passé révolu. L'étoile a maintenant peut-être disparu, ou peut-être pas; elle est peut-être ailleurs, ou peut-être pas; mais ce qui est certain, c'est que je vois d'elle n'est pas sa réalité.

Cependant, même si je ne peux rien savoir d'elle maintenant,  elle n'est surement pas dans un futur auquel je n'ai pas encore accès. Il n'y a pas de futur qui existe au delà de moi. Où qu'elle soit maintenant, l'étoile ne peut pas m'avoir devancé dans le temps. Où que je sois, il n'y a pas d'existence qui m'ait devancé.

Ma conscience à son extrême limite; mon esprit tant qu'il se détache des objets de sa conscience, existe tout entier dans le présent, et il devance dans le temps tout ce qui peut former la réalité autour de lui.  Non seulement ceci, mais encore, seul lui a la mémoire du passé. Rien de ce qui existe, puisque tout "existe" pour lui dans le passé, n'existe en dehors de lui.

Je suis "la porte", et il n'y a que moi qui puisse accueillir le temps. Aussi, il me faut être, du maximum que je puisse être, afin que mon existence puisse entrer. De mon amplitude d'être dépendra l'intensité de mon existence.

mercredi 25 janvier 2012

99.

Quand trop de médiocrité me fatigue, il me faut un abîme pour me reposer.

J'ai élu domicile dans les ruines de l'esprit, à l'extérieur des nouvelles villes de la sainte ignorance. Certains soirs, je reste seul au milieu des colonnes, et au dessus de ma tête s'étend le ciel étoilé. Je me fais alors archéologue, et je parcours ces ruines abandonnées, à la recherche des traces des anciens. Je trouve des textes, des phrases, des citations; je les tourne et retourne dans tous les sens, et puis je me dis que c'est beau et que c'est vrai.

C'est peut-être une vie dans les ruines; mais c'est une vie meilleure quand même. Et elle vaut la peine.

mardi 24 janvier 2012

98.

Les hommes, après qu'ils ne viennent au monde, se divisent assez rapidement en deux catégories: ceux qui sont étonnés d'exister; et ceux qui vivront et mourront sans même s'en rendre compte.

Tous ensemble, ils constituent le corps social qui vit à travers eux et à leur place; qu'il soit appelé famille, village, cité, corporation, classe, race, patrie, communauté, importe peu. Ce corps social veut les nier. Et il y arrive; car les plus nombreux, et de loin, sont ceux qui participent de gré à l'oeuvre de leur propre élimination. Toutes leurs vies passent ainsi dans des croyances, des relations, des appartenances, des travaux, des occupations et des fonctions, qui auraient pu être autres et qu'ils pensent avoir choisi (et que le plus souvent, on a choisi pour eux) sous l'effet de quelque besoin, tradition, influence ou hasard.

Il reste qu'au sein de ce massacre, certains ouvrent les yeux. Ce sont généralement des personnes de la première catégorie. Ce sont des marginaux irréductibles qui n'existent que comme singularités, c'est à dire qui n'existent que dans cette solitude impénétrable à laquelle les condamne la nature humaine.

Ceux-là n'ont pour domaine que l'infini du monde et du ciel. Et dans cet infini-là, ils se cherchent; car vivre pour eux, c'est cela:  parvenir à se rencontrer. Pour la première...
et la dernière fois. 

dimanche 22 janvier 2012

97.

Instinctivement, je tends la paume de ma main gauche et mes doigts prennent la posture de la Jnana-Mudra. Le pouce rejoint l'index replié et les trois autres doigts s'allongent doucement sur la table. Mon ennui se transforme instantanément en méditation et la vacuité de mon existence individuelle s'insère parfaitement dans la ronde éternelle de la terre autour su soleil.

Je ne suis pas hindouiste, je n'appartiens à aucune secte, je ne crois pas en Shiva et je ne parle pas sanskrit; ne m'imaginez pas enveloppé dans un tissu jaune, et assis en lotus devant un lac ensoleillé; non, c'est bien habillé d'un costume gris, et assis devant un écran d'ordinateur, en plein milieu de ma journée de travail que je fais ce geste.

Face à la réalité, la paix a parfois des formes d'insurrection très calmes.
96.

Si l'on prend tout au sérieux, la vie serait tragiquement désespérante. Et si l'on tourne tout en dérision, elle serait affreusement ridicule. Il faudrait apprendre à se moquer de tous ses chagrins; et en même temps; ne pas croire à toutes ses joies.

Pour occuper l'après midi, je suis parti lire "le bréviaire des vaincus" de E.M. Cioran en bord de mer. Mon âme encline à la mélancolie a trouvé son compte dans les formules nihilistes du philosophe. Entre-temps, mon corps s'est délecté à la chaleur du soleil qui éclairait cette après-midi hivernale. J'avais trouvé le bon équilibre entre le désespérance nécessaire à toute lucidité et la joie nécessaire à la poursuite de la vie.

jeudi 19 janvier 2012

95.

Il m'a fallu relire d'un peu plus près, le premier chapitre des "Confessions d'un enfant du siècle" d'Alfred de Musset, pour comprendre que c'était mon "romantisme" forcené qui m'empêcherait toujours de connaître les joies de l'amour terrestre tel qu'il est vécu par les millions, et que je ne saurais jamais aimer de cet amour-là tant que je porterais encore dans le coeur ce désir têtu d'une passion parfaite, exclusive et fusionnelle.

D'autant plus que je comprenais parfaitement que ce désir n'avait pour objet en définitive, que la Femme en général, et donc dans la réalité, aucune femme en particulier. Tout l'art d'aimer concrètement découle cependant de ce constat; il serait peut-être là le secret: dans le travail et l'art de faire naitre La Femme dans une femme.
94.

Comment ensuite ne pas succomber au charme de cette si gracieuse affectation de l'esprit qu'on appelle "mélancolie"? Et sur laquelle on se tient debout devant le spectacle de nos vies et du monde, comme devant des ruines qu'on surplomberait du haut de notre aristocratie du goût et de l'esprit; et qui nous fait dire avec cet air, ni révolté, ni abattu, mais désabusé : "Ce monde n'est pas pour nous..."; et juste en en détournant les yeux, se languir de nostalgie à une patrie imaginaire ayant existé ailleurs et en d'autres temps.

mercredi 18 janvier 2012

93.

...déserrer le noeud de la cravate...

se dire que la journée à été longue. enlever les lunettes. se masser les yeux et les tempes. soupirer. se redresser voir ce qu'il y a sur l'écran. en détourner rapidement la tête. prendre la paquet de cigarettes. en sortir une. hésiter. l'allumer quand même. en tirer une bouffée ou deux. amère. l'écraser sur le cendrier. boire un verre d'eau. regarder sa montre. le journal. "révolution" en cours. fermer les yeux. les rouvrir.

Se relever. aller à la cuisine. ouvrir le frigo. rien. retourner au salon. s'asseoir devant le pc. essayer d'écrire quelques lignes. impossible d'aligner deux phrases à la suite. fumer une autre cigarette. se retourner à droite, puis à gauche. rien. se décider à aller se coucher.

(...)

... se réveiller. serrer le noeud de la cravate. boire un café. fumer la première cigarette. s'arrêter au feu. dire bonjour. ouvrir le pc. essayer d'écrire quelques lignes. noter un rendre-vous.répondre au téléphone. attendre. dire bonsoir. s'arrêter au feu. changer fréquemment de chaîne de radio. boire un autre café. se décider à rentrer. aller retirer de l'argent. solde insuffisant. acheter du pain et des yaourts. chercher une place pour la voiture. ne pas en trouver.

Arriver à la maison. silencieuse. toutes lumières éteintes. s'asseoir sur le fauteuil du salon...ouvrir le poste de télé. réduire le volume...

... déserrer le noeud de la cravate,... (revenir à la première ligne)


Titre du Tableau: Cercle.

lundi 16 janvier 2012

92.

"Pour résussir sa vie, un homme doit faire un enfant, planter un arbre et écrire un livre." Compay Segundo

Rien n'est perdu et tout est encore possible...Une fille, un cerisier et le roman de ma solitude.