dimanche 1 avril 2012

147.

Tu te lèves sans entrain. Il est déjà onze heures. Ta gorge est sèche et brûlante. Tu tousses.

Tu te diriges vers la cuisine. Tu te prépares un café noir et tu le sors avec toi au balcon. Il fait beau. Tu te dis qu'il vaudrait mieux ne pas fumer. Tu allumes une cigarette quand même.

Tu entends au loin sourdre la rumeur du monde : une sirène d'ambulance, des klaxons de voitures, des bruits de machines, des bruits de conversations...Tout cela te semble ne plus te concerner...

Tu te dis que ton problème est l'inverse de celui des gens: Eux n'arrivent pas à trouver le chemin vers eux-mêmes. Toi, tu n'arrives pas à trouver le chemin en dehors de toi. Tu te dis que seul l'amour d'une femme pourrait t'aider à trouver la sortie de ce labyrinthe.

Pourtant, tu arrives malgré tout à penser qu'en cet instant aussi, il arrive beaucoup de choses dans bien des endroits du monde: des arbres meurent, des fleurs éclosent, des amants se déclarent leurs amours, des enfants naissent, des vieux se retirent... Des bonheurs et malheurs...

Tu traînes dans ton demi-sommeil pendant une heure. Tu rêves de choses et d'autres. Tu te laisses réchauffer par les rayons du soleil. Tu regardes les fleurs jaunes des mimosas dans le jardin. Tu écoutes le chant des merles qui les habitent.

Tu veux écrire un petit texte. Tu te dis que tu devrais écrire quelque chose qui ressemblerait au chant de l'oiseau qui a égayé ta solitude. Tu écris quelques mots épars. Mais ce que tu écris ressemble plus à un ululement de chouette. Tu entends dans ta tête le bruit du papier froissé et jeté à la poubelle. Tu effaces tout.

Tu ne sais que faire de ta journée. Tu cherches des raisons pour sortir. En vain, aucune ne te vient à l'esprit. Mais tu sais que ce n'est jamais une raison suffisante pour ne pas agir, car agir n'a jamais besoin de justifications, où très peu.

La sécheresse de ta gorge te rappelle qu'il vaudrait peut-être aller acheter des médicaments. Tu fais ce qu'il y à faire à la maison. tu sors acheter des médicaments et quelques autres courses. On t'appelle. Tu vas rencontrer quelques amis au café du coin.

L'après-midi s'écoule entre la vingt-cinquième et la soixante-quatrième page d'un roman américain.

Vient le soir. Tu as rendez-vous avec tes amis dans un endroit huppé de la capitale. Un de ces endroits où l'on va pour voir et être vu. Tu y vas.

Tout y clignote de milles feux. Les femmes sont belles et les hommes élégants. Tout te paraît faux malgré tout. Des apparences sans profondeur aucune. Tu fais remarquer que le fossé entre les gens du peuple à l'intérieur du pays, et les petits mondains de la capitale n'a jamais été comblé. Personne ne t'écoute.

Ce spectacle te désole mais tu ne peux pas partager ta tristesse avec les autres. Ils ne t'écoutent pas. Les conversations sont déjà très imbibées d'alcool. Tu joues le jeu. Tu leur racontes ce qu'il veulent entendre.

Tu rentres crevé. Tu voudrais écrire quelques mots pour noter ce qui t'as occupé l'esprit pendant toute la soirée. Mais tu es complètement confus. Tes mains refusent de faire le moindre geste, ta langue refuse d'articuler le moindre mot.

Tu t'endors.

Tu te réveilles quelques heures après. Tu regardes ta montre. Il est à cinq heures du matin. Dehors, tu entends se mélanger deux sons: l'appel à la première prière du matin et la première mélodie des merles du jardin.

Ils disent presque la même chose. Mais tu te dis que tu comprends mieux le langage des oiseaux que le langage des humains.

Tu te mets à écrire. Tu racontes ta journée.

6 commentaires:

  1. Bonsoir.
    Il est plaisant de découvrir cerataines étoiles, et de savoir que l'on peut intéragir avec leur créateur.
    Les étoiles, j'entends, font allusion au titre de ce blog.
    Bonne soirée.
    Nadia.

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  2. nos journées sont tellement différentes mais se rencontrent sur certains émois :)

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  3. @être humain: Décidément, on ne peut se rencontrer entre êtres humains que lorsque on quitte la Terre et qu'on habite les étoiles... Vous êtes probablement la première personne dont l'intérêt se porte au titre du blog.

    Merci beaucoup pour votre intérêt Nadia. Vous êtes la bienvenue. A bientôt

    @Michmecha: Tu écoutes le chant des oiseaux toi aussi? :)

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  4. "Tu rêves de choses et d'autres. Tu te laisses réchauffer par les rayons du soleil."

    "Tout te paraît faux malgré tout. Des apparences sans profondeur aucune. Tu fais remarquer que le fossé entre les gens du peuple à l'intérieur du pays, et les petits mondains de la capitale n'a jamais été comblé. Personne ne t'écoute."

    "Tu voudrais écrire quelques mots pour noter ce qui t'as occupé l'esprit pendant toute la soirée. Mais tu es complètement confus. Tes mains refusent de faire le moindre geste, ta langue refuse d'articuler le moindre mot."

    juste quelques émois :)

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  5. Bonsoir.
    Je vous ai répondu il y a quelques jours mais une mauvaise manipulation m'a fait effacer mon message. Je vais essayer de vous le restituer ici.

    Tout d'abord, merci. Je n'ai pas eu l'occasion de lire votre commentaire, sur ce même billet, plus tôt. Être un humain est un tout. On peut l'être sur terre, et dans les étoiles, en même temps. Il suffit juste de donner à chaque part le soin et l'attention que ça exige... Car, bien qu'il soit complaisant d'"être cela" dans "ce contexte là", et qu'on soit tous nés ainsi, aimant la complaisance, "être" reste "être un tout"... Et l'on peut choisir d'être sur Terre ET dans les Étoiles, entre êtres humains.

    Vous appelez-vous Assyl ?

    J'ai lu quelques uns de vos écrits, et quelques commentaires d'en dessous.
    Par rapport à votre identité, j'aurais deux questions. Vous dîtes "C’est comme si je m’effilochais entre ces diverses identités, moi qui rêve d’unité. Je les suis toutes mais ne suis aucune d’ elles!", ce qui est plutôt contradictoire avec votre dernier commentaire: "que je n'ai pas de personnalité virtuelle différente de celle de la vraie vie". Je suppose que votre conception de votre propre personnalité a évolué depuis le temps. Cela dit, si cette "déchirure" qui tranche entre votre travail, votre famille, et vos écris sur le net persiste, pourquoi n'essayez vous pas de jeter un pont entre vos collègues, votre famille, et vous même ? Car, je le répète, bien qu'il soit complaisant d'"être cela" dans "ce contexte là", "être" reste "être un tout", et exprimer ce que l'on représente est un moyen de s'affirmer d'assumer, et de vivre pleinement ce que l'on est, afin de mieux en user..

    Ma seconde interrogation, bien qu'indiscrète, porte sur votre travail. Vous semblez beaucoup le mépriser. Aimez-vous ce que vous faîtes ? Êtes-vous convaincu de ce métier ?

    En effet, je suis dingue de Baudelaire, du romantisme plus généralement, et j'essaie d'élargir mes horizons en ce qui concerne la poésie. Merci pour ce blog que vous me proposez. Ça me distrait et me rappelle certains vécus par lesquels je suis moi-même passée, et que j'ai transcrits.

    On se met d'accord pour se répondre mutuellement sur le blog qui n'est pas propre à soi ? C'est à dire moi sur le votre, et vous sur le mien. On en sera ainsi notifié, c'est pratique!

    Bien à vous.
    Au revoir.

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  6. Bonjour Assyl.

    Votre commentaire m'a interpellée.
    Je ne connais pas "la conférence des oiseaux", mais je viens de le télécharger en pdf, en arabe. J'espère ne pas abdiquer la lecture de sitôt, franchement. Ça a l'air intéressant, et riche. Récemment, je découvrais Al Hallaj (à travers Dhafer Youssef, vous connaîssez ? http://www.youtube.com/watch?v=cGLDK15YwHk). Il est passionnant de découvrir ces poètes à travers leur quête de vérité...

    Oui, effectivement, l'aboutissement de soi est une question à soulever...

    Dans quel but résistez-vous mentalement au rouage que constitue votre travail ?
    Je n'ai pas très bien assimilé le passage parlant de vocation...
    Vue de l'esprit ? Pouvez-vous être plus clair s'il vous plaît ? Et croyez-vous que ce qui n'est pas vocation ait un sens..?

    Oui, je suis relativement jeune par rapport à vous. J'ai 18 ans, bientôt 19. Je passe mon bac cette année. Et vous ?

    J'écris énormément, dans un but purgatif ou introspectif. Je m'accorde une intimité par rapport à cela, d'ailleurs depuis plus d'un an j'écris sur un cahier, ou sur du papier, pour moi-même. Par contre, j'aime beaucoup échanger ce genre de commentaires, je ne l'ai pas fait depuis tout ce temps, et là c'est tellement plaisant et il n'en découle que de bonnes choses! (j'avoue par contre que je n'apprécie pas la police en laquelle c'est écrit.)
    Je suis tombée sur votre blog par le biais d'un commentaire que vous aviez écrit, sur un autre blog, je ne sais plus.
    À certains moments je parcours beaucoup de blogs de façon désordonnée, et là j'ai été enthousiasmée du fait que vous soyiez Tunisien :)

    À bientôt

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