154.
L'averse est finie.
Les derniers cumulus poussent vers le sud et le ciel se dégage peu à peu. Une légère brise souffle encore sur la plage... Les mouettes reviennent voltiger au dessus de l'eau, et s'abandonnent aux vents en poussant leurs petits cris caractéristiques...
Je m'assois sur le bout d'un arbre sénescent derrière moi . Je retire mes chaussures et mes chaussettes, et plonge mes pieds jusqu'aux chevilles dans le sable humide. Sa fraîcheur remonte rapidement le long de ma colonne vertébrale, jusqu'à ma nuque; un léger frisson me parcourt le dos.
Devant moi, s'étend le bleu sombre d'une mer un peu agitée. Je m'y lave longuement les yeux en la regardant s'étirer au loin. je me rappelle qu'AboulKacem Chebbi a écrit son poème "la volonté de vivre" en regardant ce même horizon.
J'écoute le bruit sourd des vagues venant mourir sur la plage. Je respire profondément l'air iodé de la mer...
Un coquillage ouvert me rappelle ce que j'avais lu le matin même: On avait amené à Jésus un sourd-muet pour le guérir; il lui dit: "Effata" - "Ouvre-toi". La langue de l'homme se délia. Je me dis à moi-même: Effata...
Il ne reste plus de moi que ma respiration, le reste se dilate pour occuper l'espace alentours. Mon esprit tournoie paisiblement dans le vide, et tous mes raidissements se dissipent dans cette danse calme. Tous mes masques s'y désagrègent...
Je remets mes chaussures et me relève pour marcher un petit peu...J'avais l'impression d'avoir repassé quinze minutes dans le ventre de ma mère.
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