mardi 8 novembre 2011

22.

Il y avait pleine lune aujourd'hui, et sa lumière dessinait autour d'elle un grand halo blanc qui contrastait avec le bleu sombre d'un ciel légèrement nuageux. Un peu vers la gauche, Venus apparaissait à l'intérieur du halo. On aurait dit un grain de beauté, un grain de beauté sur le visage Maryline de la Dame Nuit.

21.

Je ne m'indigne plus. J'ai perdu cette verve idéaliste qui me faisait rougir de rage lorsque je me trouvais confronté à la médiocrité indubitable du genre humain, la mienne et celle des autres, ici et ailleurs.

Je ne me soucie plus de l'avenir de l'espèce humaine, de l'injustice criante qui sépare les deux hémisphères du globe et encore moins de la guerre planétaire, inéluctable soit dit en passant, qui risque de survenir bientôt. Je me soucie peut-être encore un petit peu de l'avenir politique de ce pays, mais très légèrement, vraiment, juste le temps d'occuper une conversations ou deux avec les collègues.

Je ne sais même plus au nom de quoi je m'indignais auparavant. C'était à n'en pas douter du simple commentaire, drapé certes dans les beaux draps de l'idéalisme, mais c'était du simple commentaire quand même. Il s'avère que je n'ai pas de grandes idées et que je n'ai pas de principes immuables. Je prends ce qui est à prendre. Je donne ce qui est à donner. Je fais ce qu'il y a à faire. Je profite, Je vis tout simplement.

Il y a des Che, des Luther King et des Mandela un peu partout maintenant. Et je n'en suis pas un. Mes idées ne heurteront pas mes semblables s'ils daignent juste le reconnaître. Ils ne heurteront à la rigueur que les nouveaux  professionnels de l'indignation. A ceux là je demande quand même qu'ils ne se fassent pas d'illusion: je ne me situe nulle part, et me tiens à égale distance de la nostalgie d'hier et de l'espoir de demain.

L'ironie et le cynisme n'aident pas, je sais. Je paraîtrai désabusé, déçu...Mais je ne considère pas cela comme un aveu d'échec. Loin de là. Pour échouer, il aurait fallu vraiment  vouloir changer le monde. Mais force est de reconnaître que je ne l'ai jamais voulu.  Non, ce qui est arrivé, c'est seulement que j'ai grandi.

lundi 7 novembre 2011

20.

"La poésie est le premier millimètre au dessus de la terre". Tsvetaeva.
Et de ce fait, se situe de très loin au dessus de la politique.
19.

En plein cœur de la ville, j'ai vécu cette journée comme l'aurait vécu un ermite en Sibérie. Sans compagnie, sans bruit, sans chaleur. Juste moi en compagnie de moi-même. Un luxe, pourrait-on penser, dans une ville surpeuplée, bruyante et polluée. Mais je suis bientôt arrivé à une terrible conclusion: la chaleur humaine est et demeure encore irremplaçable.  La culture ne peut rien face à la solitude, la prière non plus, la nourriture encore moins, peut-être l'alcool...

J'ai plongé dans les eaux profondes de la solitude et j'ai respiré son silence inarticulé; j'ai médité à la roue du temps, à la souffrance ininterrompue des hommes, et à toutes ces péripéties, au demeurant futiles, qui peuplent nos existences. J'y voyais de plus en plus clair, d'une clarté de plus en plus  haute et de plus en plus profonde, mais j'avais aussi de plus en plus froid, un froid de plus en plus effroyable...

Qu'irais-je dire aux autres: "Sacrifiez votre paix illusoire; vous y verrez plus clair". Il faudra bien que je leur dise également : "Et vous mourrez aussi de froid". Non, les gens ne m'écouteraient pas et ils auraient raison de ne pas m'écouter; car il ne s'agit pas d'y voir clair, mais de vivre; et on ne vit qu'en se trompant.  La seule chose que je peux dire est que la vie n'est ni une fuite ni une quête, elle est relation. On ne vit pas seul; non, nous vivons tous ensemble et puis, c'est vrai, chacun meurt tout seul...

Quand on n'a pas de vie intérieure, c'est à dire pas de problèmes à résoudre; il faut des livres, beaucoup de livres. J'avais lu quelques dizaines de pages, puis je m'étais ennuyé. Ma conscience était encore bel et bien là, encore en train de roder autour de ma tête comme un chat affamé roderait autour de la jambe de son maître. Sa nourriture préférée est la chaleur humaine, celle de l'amour surtout, et des conversations intéressantes; je l'en prive depuis trop longtemps!

samedi 5 novembre 2011

18.

Je verse du café noir dans la tasse. Je lui rajoute un morceau de sucre qui s'y dilue doucement. Je sens mes yeux s'ouvrir à la lumière.

Dehors, le soleil s'active à éclairer le sol, les oiseaux du matin gazouillent allègrement et les arbres se délestent des dernières gouttes de rosée sur leurs feuilles. Les croissants chauds sortent du four, les moteurs des voitures démarrent en trombe et les premiers sifflets de la police commencent à retentir.

Je suis debout à ma fenêtre; je fais attention à la vie, au monde et à ce mouvement qui ne s'arrête jamais. C'est comme ça depuis des millions d'années: A chaque fois, la vie réussit à recycler la putridité de la nuit morte dans la beauté du jour naissant.

Cette exactitude d'être me fascine.

17.

Au nom de la Vie,
de la Femme,
et du Saint-Amour.

Amen.

vendredi 4 novembre 2011

16.

N'écrire que des phrases de montagne; des phrases haut placées, comme ce gîte en altitude, étroit, isolé, en proie au vent et à la pluie, mais qui offre au voyageur qui s'y abrite, la chaleur nécessaire à la nuit; et le lendemain matin, un superbe panorama de la vallée. Je voudrais que mes phrases puissent faire de même, et offrir aux âmes harassées par un long voyage la vérité nécessaire à la nuit, et un superbe panorama de la réalité, le lendemain.

15.

Je fais partie des 98% de la population de ce pays. Évidemment, dans ces 98%, il y a des degrés: je fais partie des 10% ou des 20% supérieurs (en termes matériels s'entend) : j'ai un travail, une maison, une assurance, une épargne, une voiture, etc... et il en va comme ça avec de moins en moins de choses, jusqu'au 10% inférieurs;  Mais en fin de compte, Nous nous rejoignons tous dans le fait que mangeons tous chaque soir à notre faim. Les 2% restants, c'est 1% qui se goinfrent et  1% qui meurent de faim.

Tôt ce matin, sur la route du travail, les voitures étaient arrêtés au feu; un mendiant, très vieux, grelottant de froid, ne parvenant même pas à se lever pour demander de l'argent, nous regardait passer. Que faire? Être ému de sa misère? Lui jeter une pièce? Lui promettre le royaume du ciel? Maudire l'injustice du système qui l'a amené à cet état ? Oui, tout ça à la fois; et en même temps, être conscient que cela ne change rien... Le feu passe au vert, les voitures s'éloignent.

Les bons sentiments font-ils bouger le monde? Je ne sais pas; il me semble que du matin au soir, il poursuit invariablement sa course folle; et ne tient pas compte de nos sentiments, il ne tient, peut-être, même pas compte de notre existence...

jeudi 3 novembre 2011

14.

Tout homme a en dessous des pieds, un abîme à la mesure de son ventre; et au dessus de la tête, un ciel à la mesure de son regard. Entre les deux, il a une terre à la mesure de son cœur.

13.

Les hommes n'ont pas voulu que la terre tourne autour du soleil...

J'utilise le mot "vouloir" non pas pour dire que certains n'aient pas admis cette évidence, mais pour dire que les hommes ne décident pas de ces choses là, ils ne font que les subir. Et c'est le cas de toutes les vérités essentielles.

La terre tourne; et par le jeu des jours et des nuits, ce qui commence finit. Pour le reste, je vois que les hommes sont toujours déchirés entre la chose et son contraire. Il faut néanmoins pour chacun qu'il choisisse son camp; quand bien même, il voit que les autres ont eux aussi raison, ou du moins, ont eux aussi des raisons pour être là où ils sont.

Car en fin de compte, il ne s'agit pas d'être sage, de comprendre l'inutilité d'une fausse dualité ou encore de vouloir y échapper. Non, ce qu'il faut c'est se rebeller et lutter...même si vu d'en haut, l'on lutte toujours pour rien; c'est peut-être pour cette seule raison d'ailleurs que ça en vaut la peine; ça donne un sens à la vie.