lundi 7 novembre 2011

19.

En plein cœur de la ville, j'ai vécu cette journée comme l'aurait vécu un ermite en Sibérie. Sans compagnie, sans bruit, sans chaleur. Juste moi en compagnie de moi-même. Un luxe, pourrait-on penser, dans une ville surpeuplée, bruyante et polluée. Mais je suis bientôt arrivé à une terrible conclusion: la chaleur humaine est et demeure encore irremplaçable.  La culture ne peut rien face à la solitude, la prière non plus, la nourriture encore moins, peut-être l'alcool...

J'ai plongé dans les eaux profondes de la solitude et j'ai respiré son silence inarticulé; j'ai médité à la roue du temps, à la souffrance ininterrompue des hommes, et à toutes ces péripéties, au demeurant futiles, qui peuplent nos existences. J'y voyais de plus en plus clair, d'une clarté de plus en plus  haute et de plus en plus profonde, mais j'avais aussi de plus en plus froid, un froid de plus en plus effroyable...

Qu'irais-je dire aux autres: "Sacrifiez votre paix illusoire; vous y verrez plus clair". Il faudra bien que je leur dise également : "Et vous mourrez aussi de froid". Non, les gens ne m'écouteraient pas et ils auraient raison de ne pas m'écouter; car il ne s'agit pas d'y voir clair, mais de vivre; et on ne vit qu'en se trompant.  La seule chose que je peux dire est que la vie n'est ni une fuite ni une quête, elle est relation. On ne vit pas seul; non, nous vivons tous ensemble et puis, c'est vrai, chacun meurt tout seul...

Quand on n'a pas de vie intérieure, c'est à dire pas de problèmes à résoudre; il faut des livres, beaucoup de livres. J'avais lu quelques dizaines de pages, puis je m'étais ennuyé. Ma conscience était encore bel et bien là, encore en train de roder autour de ma tête comme un chat affamé roderait autour de la jambe de son maître. Sa nourriture préférée est la chaleur humaine, celle de l'amour surtout, et des conversations intéressantes; je l'en prive depuis trop longtemps!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire