dimanche 27 novembre 2011

46.

Je suis au balcon pour fumer ma cigarette habituelle d'après déjeuner. Je regarde l'arbre central du jardin, un palmier majestueux.

Pour quelques instants, j'interromps mon commerce coutumier avec mon esprit et fixe longuement cet arbre dans le seul but de le voir. Pour une fois, je ne me demande pas s'il s'ennuie ou pas à être toujours là,  constamment droit, à ne rien faire que de lancer ses feuilles au soleil... mais je le regarde comme si je ne le connaissais pas.

Il m'apparaît alors dans toute la splendeur de son existence. Racines en terre et branches au ciel. Il était là, silencieux, aveugle et immobile; ne savait pas qu'il était, mais en même temps occupait l'espace comme aucun homme ne pourrait jamais le faire. Il paraissait inerte mais était surement plus vivant que moi.

Je reviens... il faut être prévoyant...Tout peut finir d'un instant à l'autre, et tout peut encore durer un siècle...Je suis encore jeune et en bonne santé, mais je sais très bien comment je veux être enterré.

J’aimerai, quand viendra le moment, que je sois enterré directement à terre et que soit planté au dessus de moi la graine d’un arbre fruitier qui pourra se nourrir de mon corps.

J'aimerai redevenir un arbre et passer mon éternité à écouter le chant matinal des oiseaux, me rafraichir de rosée et de pluie, envoyer mes feuilles chercher le soleil et offrir de l'ombre aux passants. Cette éternité-là me paraît autrement plus intéressante que celle d'une tombe de marbre humide et froide.

La mort est peut-être ma dernière vie; autant alors choisir comment la vivre.

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