170.
Je n'écris que parce qu'il y a un déséquilibre en moi, une fracture quelque part entre ma tête et mon corps. Je n'écris que pour essayer de recoller les morceaux et colmater les brèches Je n'écris que pour me protéger de la douleur de ce déchirement.
***
Je n'écris en fait que parce que je n'assume pas vraiment mon existence sous cette forme, dans ce corps, avec cette tête.
Je dois me rendre à l'évidence : Je n'aime pas ma tête et je n'aime pas mon corps. Et peut-être que tout ce que j'écris ici ou là n'est au final que la traduction de mon mal-être dans ce corps-ci... Le fait est que je n'en ai, et je n'aurai jamais, un autre... et c'est désespérant.
Il me faut remonter loin pour trouver l'origine de ce problème, au moins dix, quinze ou vingt ans en arrière: Je n'ai jamais eu le sentiment, dès le début de mon adolescence, que j'étais le garçon fort qu'on rêvait tous d'être à cet âge. J'étais petit et chétif, je tombais facilement malade, je saignais rapidement du nez. J'évitais toujours les bagarres,...J'étais le petit étranger qui venait du nord; et quand ma famille est remonté au nord, j'étais devenu le petit étranger qui venait du sud... J'ai grandi ensuite, et est venu le temps des premiers émois amoureux, je n'ai jamais eu en ce temps-là, le sentiment de plaire physiquement à une fille au lycée.
Je n'étais pas un binoclard avec une raie dans les cheveux; mais j'étais quand même bon élève et premier de la classe. J'étais très doué par rapport aux autres et j'étais premier à ma façon; j'arrivais à compenser mon mal-être, ma peur et mon manque d'estime pour moi-même par beaucoup d'excentricité et un prétendu détachement qui me donnait des airs d'inspiré.
Je développais toutes sortes de stratégies inconscientes pour m'accepter et être accepté. Et ça réussissait: j'étais la référence, le copain, l'ami et le protégé de tous. Je travaillais cependant toujours à préserver ce que j'appelais mon "inaccessibilité"; car c'était là ma seule bouée de sauvetage.
La fille dont j'étais tombé follement amoureux pendant ces années-là (entre la fin du lycée et le début de mes études universitaires) n'est restée avec moi que quelques mois, puis a préféré me quitter vers un garçon plus beau, plus athlétique, plus séduisant. Elle n'avait rien à faire ni de moi, ni de ma culture, ni de mon intelligence, ni de mon humour, ni de mes sentiments ou de mon attention envers elle; ni de rien du tout en fait... Elle ne m'a jamais aimé tout simplement.
C'est cet épisode qui m'a probablement cassé; mais sans que je m'en rende compte ou que je me l'avoue; je me dis néanmoins qu'à l'époque, il a certainement du confirmer quelque part en moi tout ce que je présumais sur mon corps.
Et c'est à ce moment-là, sans doute, que le divorce intérieur en moi était consommé. (Et je pense que je n'en suis pas encore totalement remis.). A cette époque, je me rappelle que je m'étais très vite rebattu sur "mon inaccessibilité"... Mon armure de protection est devenu au fil du temps, de plus en plus lourde, de plus en plus compacte, de plus plus étanche; jusqu'à devenir ma seule vérité. Je ne pouvais plus la quitter, sans risquer d'être blessé.
De l’extérieur, rien n’y paraissait pourtant; au contraire-même, je suis devenu rapidement quelqu’un qui donnait des apparences de maturité, qui avait du succès, qui collectionnait les marques d’estime et d’admiration... Je pouvais plaire, mais je ne me croyais jamais capable de le mériter...
Je n'ai jamais voulu reconnaître au fond que j'étais malgré tout ce même adolescent qui n'aimait pas sa tête et qui s'est senti un jour blessé et trahi… et qui pour s'en sortir, s'était ensuite construit de lui-même toute image où il n’existait qu’à travers des mots; mais des mots qui restaient toujours inopérants et ne renseignaient, pour ceux qui savaient voir, que sur une blessure encore ouverte.
****
Une seule personne peut m'aider à me réconcilier avec moi-même: une personne qui, en plus d'aimer ce que je laisse voir de moi de l'extérieur, tout cet attirail "poétique", "littéraire", "spirituel" ou "philosophique", veuille aller plus loin que mon image extérieure avec ses bons et ses mauvais côtés, qui me donne la main, qui me redonne confiance en la possibilité de s'ouvrir aux autres, qui m'aide à me dévoiler, à me montrer, à me déshabiller...en me disant que c'est aussi l'être en chair et en os que je suis, qui l'intéresse.
Cette personne existe et je demande son aide.
Je n'écris que parce qu'il y a un déséquilibre en moi, une fracture quelque part entre ma tête et mon corps. Je n'écris que pour essayer de recoller les morceaux et colmater les brèches Je n'écris que pour me protéger de la douleur de ce déchirement.
***
Je n'écris en fait que parce que je n'assume pas vraiment mon existence sous cette forme, dans ce corps, avec cette tête.
Je dois me rendre à l'évidence : Je n'aime pas ma tête et je n'aime pas mon corps. Et peut-être que tout ce que j'écris ici ou là n'est au final que la traduction de mon mal-être dans ce corps-ci... Le fait est que je n'en ai, et je n'aurai jamais, un autre... et c'est désespérant.
Il me faut remonter loin pour trouver l'origine de ce problème, au moins dix, quinze ou vingt ans en arrière: Je n'ai jamais eu le sentiment, dès le début de mon adolescence, que j'étais le garçon fort qu'on rêvait tous d'être à cet âge. J'étais petit et chétif, je tombais facilement malade, je saignais rapidement du nez. J'évitais toujours les bagarres,...J'étais le petit étranger qui venait du nord; et quand ma famille est remonté au nord, j'étais devenu le petit étranger qui venait du sud... J'ai grandi ensuite, et est venu le temps des premiers émois amoureux, je n'ai jamais eu en ce temps-là, le sentiment de plaire physiquement à une fille au lycée.
Je n'étais pas un binoclard avec une raie dans les cheveux; mais j'étais quand même bon élève et premier de la classe. J'étais très doué par rapport aux autres et j'étais premier à ma façon; j'arrivais à compenser mon mal-être, ma peur et mon manque d'estime pour moi-même par beaucoup d'excentricité et un prétendu détachement qui me donnait des airs d'inspiré.
Je développais toutes sortes de stratégies inconscientes pour m'accepter et être accepté. Et ça réussissait: j'étais la référence, le copain, l'ami et le protégé de tous. Je travaillais cependant toujours à préserver ce que j'appelais mon "inaccessibilité"; car c'était là ma seule bouée de sauvetage.
La fille dont j'étais tombé follement amoureux pendant ces années-là (entre la fin du lycée et le début de mes études universitaires) n'est restée avec moi que quelques mois, puis a préféré me quitter vers un garçon plus beau, plus athlétique, plus séduisant. Elle n'avait rien à faire ni de moi, ni de ma culture, ni de mon intelligence, ni de mon humour, ni de mes sentiments ou de mon attention envers elle; ni de rien du tout en fait... Elle ne m'a jamais aimé tout simplement.
C'est cet épisode qui m'a probablement cassé; mais sans que je m'en rende compte ou que je me l'avoue; je me dis néanmoins qu'à l'époque, il a certainement du confirmer quelque part en moi tout ce que je présumais sur mon corps.
Et c'est à ce moment-là, sans doute, que le divorce intérieur en moi était consommé. (Et je pense que je n'en suis pas encore totalement remis.). A cette époque, je me rappelle que je m'étais très vite rebattu sur "mon inaccessibilité"... Mon armure de protection est devenu au fil du temps, de plus en plus lourde, de plus en plus compacte, de plus plus étanche; jusqu'à devenir ma seule vérité. Je ne pouvais plus la quitter, sans risquer d'être blessé.
De l’extérieur, rien n’y paraissait pourtant; au contraire-même, je suis devenu rapidement quelqu’un qui donnait des apparences de maturité, qui avait du succès, qui collectionnait les marques d’estime et d’admiration... Je pouvais plaire, mais je ne me croyais jamais capable de le mériter...
Je n'ai jamais voulu reconnaître au fond que j'étais malgré tout ce même adolescent qui n'aimait pas sa tête et qui s'est senti un jour blessé et trahi… et qui pour s'en sortir, s'était ensuite construit de lui-même toute image où il n’existait qu’à travers des mots; mais des mots qui restaient toujours inopérants et ne renseignaient, pour ceux qui savaient voir, que sur une blessure encore ouverte.
****
Une seule personne peut m'aider à me réconcilier avec moi-même: une personne qui, en plus d'aimer ce que je laisse voir de moi de l'extérieur, tout cet attirail "poétique", "littéraire", "spirituel" ou "philosophique", veuille aller plus loin que mon image extérieure avec ses bons et ses mauvais côtés, qui me donne la main, qui me redonne confiance en la possibilité de s'ouvrir aux autres, qui m'aide à me dévoiler, à me montrer, à me déshabiller...en me disant que c'est aussi l'être en chair et en os que je suis, qui l'intéresse.
Cette personne existe et je demande son aide.
De toute mon âme, je vous souhaite, d'une part, que vous fassiez part de ce message à cette personne apparemment ciblée, clairement et sans ambiguité aucune, et que d'autre part, il lui parvienne, la touche, la transcende si j'ose dire. Les desseins qui en découleraient...
RépondreSupprimerC'est vraiment merveilleux que vous vouliez partager ceci sur votre blog, et franchement émouvant. Car je suppose que lorsque vous écrivez, ou en publiant, vous êtes conscient que vous vous dévoilez, et qu'un certain public est susceptible de vous lire.
Ce que vous écrivez me touche, de près ou de loin, par rapport à certains points, d'interrogations qui me hantent, ou d'un vécu partagé. En l'occurence, j'aurais voulu partager avec vous certaines de mes expériences, ou j'aurais bien voulu vous écouter si vous auriez bien voulu me parler.
Je vous ai dit par le passé que je n'aimais pas afficher ce genre de choses sur un site, publique. Je regrette que cet endroi ne soit pas un tantinet plus privé, ne serait-ce que par l'instauration d'une petite fenêtre de discussion instantanée.
Bon courage à vous.
J'ai remarqué votre absence, ces derniers jours, ce qui est plutôt inhabituel par rapport à la fréquence avec laquelle vous publiez vos billets en temps normal. Est-ce que tout va bien pour vous?
Je vous souhaite le meilleur. Bonne journée!
Merci être humain pour vos mots touchants:)
RépondreSupprimerle plus difficile, ce n'est pas de publier cette histoire sur un blog; mais c'est, avant tout, d'arriver de se la dire à soi-même, et de la dépasser :)
Peut-être ce texte que je viens de lire sur internet dit-il les choses mieux que moi :
"La joie de vivre est, selon moi, reliée au sentiment d'être soi et d'habiter pleinement son existence, sans vouloir être "autre". Ce qui l'empêche? Le fait de rester bloqué sur la signification que l'on donne à son histoire, l'interprétation négative que l'on opère du passé, même très proche. Ce ne sont pas les épisodes douloureux ou les échecs qui font barrage, mais le sens que nous choisissons de leur donner. Souvent, nous nous voyons "victime" de traumatismes antérieurs, réels ou vécus comme tels, et si nous fondons notre identité sur ces événements, nous ruminons et nous nous emprisonnons nous-même. Je crois, au contraire, que chaque malheur, petit ou grand, est l'occasion de se découvrir, de se redéfinir pour mieux habiter sa vie. Et l'aimer."
David le Breton- "Eloge de la lenteur"
Oui, je conçois que le plus dûr reste de se l'avouer à soi-même, et de "renaître de ses cendres" comme on dit.
RépondreSupprimerNon, ce texte ne le dit pas mieux, car ce que vous écrivez vous est mis dans un contexte particulier, duquel j'ai eu part. Je ne sais pas dans quel contexte ce texte a été écrit, et je le trouve un peu général, donc finalement, pas très pragmatique.
Au passage, j'apprécie le titre de l'ouvrage, "éloge de la lenteur", qui donne vraiment envie de prendre son temps, ce dont je manque en ce moment.
Je vous en prie.
Merci à vous.
Je vous envoie un premier mail.
C'est magnifique ce que tu as réussi à faire là; aller chercher au plus profond de toi et l'exposer à toi-même avant tout..
RépondreSupprimerÇa aide beaucoup les gens qui te lisent aussi je pense, en tout cas c'est le cas pour moi :)
Et puis, pourquoi ne pas oser adresser "l'appel à l'aide" directement à la personne concernée? (si tu la connais déjà bien entendu)
Nathanaëlle:))
RépondreSupprimerAider ceux qui me lisent n'était pas, pour être honnête, ma première intention :) je voulais juste démêler mes propres nœuds; et il fallait aller les chercher assez loin:) mais il s'avère en réalité que ce type d'histoire, avec différentes variantes et dans différents contextes, est commun à beaucoup de gens, je dirais même à l'écrasante majorité des gens... et la plupart ne le reconnaissent pas et vivent avec très longtemps. Et si tu me dis que le fait de poser des mots sur un problème pareil peut les aider, alors j'aurai réussi quelque chose:)
Une personne donnée peut-elle m'aider? elle ne doit pas "vouloir" m'aider; ça n'aurait pas de sens, ni pour moi, ni pour elle. elle doit me "vouloir" tout court...c'est ça m'aider :)
Ce que j'ai écris c'est comme une bouteille jetée à la mer...Peut-être la recueillera t-elle!
Si j'avais lu cet article sans pour autant avoir jamais eu la chance de te rencontrer, j'aurais pu dire ce mec n'est pas gâté par la nature ... mais heureusement j'ai eu l’opportunité de croiser ton beau sourire et ton regard magnétique ...je sais que c'est difficile de s’accepter, moi même je me regarde parfois dans le miroir et je dis que ce corps me dépasse, je me rappelle adolescente , j’évitais de me regarder tellement je me trouvais laideron ...
RépondreSupprimermnt je me sens mieux dans mon corps je me dis que cette affaire d'attirance c'est une alchimie qui n'a rien a voir avec des critères préétablies , le mécanisme du désir m’échappe encore mais je me dis que j'ai encore tant de choses a apprendre :)
Merci pour cet article , ta spontanéité ne cesse de me surprendre...c'est ce genre de billets qui me renvoient vers moi même pour de longues heures de méditation :)
@cruella: Mon sourire était beau et mon regard était magnétique parce que c'était toi qui se tenait à ce moment devant moi...
RépondreSupprimerEt que puis-je,moi, alors dire des tiens ? que puis-je dire de ton sourire et de ton regard...