172.
Je veux apprendre de plus en plus à considérer la nécessité dans les choses comme la beauté en soi : ainsi je serai l'un de ceux qui embellissent les choses. Je ne ferai pas de guerre contre la laideur ; je n'accuserai point, je n'accuserai pas même les accusateurs. Détourner le regard : que ceci soit ma seule négation. Nietzsche-Gai savoir
D'habitude, je détourne mon regard...
****
En dépit des évènements que vit ce pays depuis bientôt une année et demi (et qui à pleins d'égards ne sont que les péripéties d'une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien-dixit Shakespeare)), il nous aurait mieux valu, à tous, constater avant toute autre chose que la Tunisie reste un pays du tiers monde, un pays pauvre, un pays civilisationnellement arriéré et culturellement misérable, un pays qui ne fabrique rien, ne produit rien, et n'invente rien...
Et à tous ceux qui pensent qu'ils ont voté, à tous ceux qui pensent qu'ils ont gagné, ou ceux qui pensent qu'ils ont perdu, j'aime toujours rappeler qu'il nous faut surtout se mettre au travail pour deux à trois bons siècles, afin de commencer, peut-être, à voir le bout du tunnel de notre arriération...
Les barbus, qui pullulent ça et là, ne sont pas le signe de retour en grâce de la religion ou du réveil d'une civilisation. Cette civilisation est morte depuis longtemps... Le corps de cette civilisation est un cadavre fini; et il aurait du être enterré il y a des siècles. Cela n'a pas été fait, et on le laisse encore pourrir à l'air libre.
(Je les vois, fiers de la facilité avec laquelle ils portent ce déguisement des peuples du désert, fiers de la facilité avec laquelle ils se laissent pousser les poils, fiers de la médiocrité de leurs croyances et de leurs comportements... J'aimerais tant qu'il comprennent que cette facilité n'a rien à voir avec la religion. J'aimerais tant qu'ils comprennent ce que disait Thoreau :" Il y a quelque chose de servile dans l'habitude de chercher une loi à laquelle obéir..." qu'elle soit terrestre ou prétendument céleste. Il ne s'agit pourtant pas de transgresser, il s'agit de dépasser.)
Aujourd'hui, certains qui voient ce cadavre remuer de tous les côtés, en appelant ça révolutions, élections, démocratie, et qui pensent que c'est là un signe d'un regain de santé et de vigueur, ne voient pas que cette agitation est plutôt le signe de sa totale pourriture. C'est comme si quelqu'un voyant l'activité frénétique de vers et de mouches dans la carcasse d'une charogne, se disait: voilà bien un organisme plein de vie...
****
Enfin, tout cela me rappelle férocement ce roman de l'anglais William Godling: "Sa majesté des mouches", qui décrit à peu près l'histoire suivante:
"Un avion transportant de jeunes garçons anglais s'écrase durant le vol sur une île déserte. Le pilote et les adultes accompagnateurs périssent.
Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, les nombreux enfants survivants tentent de s'organiser en reproduisant les schémas sociaux qui leur ont été inculqués. Mais bien vite le vernis craque, la fragile société vole en éclats et laisse peu à peu la place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d'un chef charismatique et manipulateur et d'une religion rudimentaire dont le symbole est un crâne de porc en décomposition, surnommé "sa majesté des mouches", à cause de la ronde incessante des mouches autour du pieu ou il est accroché.
Chasse à l'homme, sacrifices humains, guerres sanglantes : la civilisation sur l'île disparaît au profit d'un retour à un état proche des animaux; que les enfants les plus raisonnables et les plus fragiles paient de leur existence."
On dirait que la nouvelle Tunisie qui se prépare c'est exactement ça: un pays de sa majesté des mouches.
Je veux apprendre de plus en plus à considérer la nécessité dans les choses comme la beauté en soi : ainsi je serai l'un de ceux qui embellissent les choses. Je ne ferai pas de guerre contre la laideur ; je n'accuserai point, je n'accuserai pas même les accusateurs. Détourner le regard : que ceci soit ma seule négation. Nietzsche-Gai savoir
D'habitude, je détourne mon regard...
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En dépit des évènements que vit ce pays depuis bientôt une année et demi (et qui à pleins d'égards ne sont que les péripéties d'une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien-dixit Shakespeare)), il nous aurait mieux valu, à tous, constater avant toute autre chose que la Tunisie reste un pays du tiers monde, un pays pauvre, un pays civilisationnellement arriéré et culturellement misérable, un pays qui ne fabrique rien, ne produit rien, et n'invente rien...
Et à tous ceux qui pensent qu'ils ont voté, à tous ceux qui pensent qu'ils ont gagné, ou ceux qui pensent qu'ils ont perdu, j'aime toujours rappeler qu'il nous faut surtout se mettre au travail pour deux à trois bons siècles, afin de commencer, peut-être, à voir le bout du tunnel de notre arriération...
Les barbus, qui pullulent ça et là, ne sont pas le signe de retour en grâce de la religion ou du réveil d'une civilisation. Cette civilisation est morte depuis longtemps... Le corps de cette civilisation est un cadavre fini; et il aurait du être enterré il y a des siècles. Cela n'a pas été fait, et on le laisse encore pourrir à l'air libre.
(Je les vois, fiers de la facilité avec laquelle ils portent ce déguisement des peuples du désert, fiers de la facilité avec laquelle ils se laissent pousser les poils, fiers de la médiocrité de leurs croyances et de leurs comportements... J'aimerais tant qu'il comprennent que cette facilité n'a rien à voir avec la religion. J'aimerais tant qu'ils comprennent ce que disait Thoreau :" Il y a quelque chose de servile dans l'habitude de chercher une loi à laquelle obéir..." qu'elle soit terrestre ou prétendument céleste. Il ne s'agit pourtant pas de transgresser, il s'agit de dépasser.)
Aujourd'hui, certains qui voient ce cadavre remuer de tous les côtés, en appelant ça révolutions, élections, démocratie, et qui pensent que c'est là un signe d'un regain de santé et de vigueur, ne voient pas que cette agitation est plutôt le signe de sa totale pourriture. C'est comme si quelqu'un voyant l'activité frénétique de vers et de mouches dans la carcasse d'une charogne, se disait: voilà bien un organisme plein de vie...
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Enfin, tout cela me rappelle férocement ce roman de l'anglais William Godling: "Sa majesté des mouches", qui décrit à peu près l'histoire suivante:
"Un avion transportant de jeunes garçons anglais s'écrase durant le vol sur une île déserte. Le pilote et les adultes accompagnateurs périssent.
Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, les nombreux enfants survivants tentent de s'organiser en reproduisant les schémas sociaux qui leur ont été inculqués. Mais bien vite le vernis craque, la fragile société vole en éclats et laisse peu à peu la place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d'un chef charismatique et manipulateur et d'une religion rudimentaire dont le symbole est un crâne de porc en décomposition, surnommé "sa majesté des mouches", à cause de la ronde incessante des mouches autour du pieu ou il est accroché.
Chasse à l'homme, sacrifices humains, guerres sanglantes : la civilisation sur l'île disparaît au profit d'un retour à un état proche des animaux; que les enfants les plus raisonnables et les plus fragiles paient de leur existence."
On dirait que la nouvelle Tunisie qui se prépare c'est exactement ça: un pays de sa majesté des mouches.
ça me rappelle le texte de Nietzsche : Des mouches de la place publique :))
RépondreSupprimerexcellent article ,le diagnostic le plus réussi que j'ai jamais trouve sur la situation déplorable du pays ...
@Cruella: Merci de m'avoir rappelé ce texte :)
RépondreSupprimerJ'aime beuacoup sa dernière pharse : "Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude, là-haut où souffle un vent rude et fort. Ce n’est pas ta destinée d’être un chasse-mouches.