lundi 16 janvier 2012

90.

Un proverbe chinois dit ceci:  "Quand on a dix pas à faire, neuf n'est que la moitié du chemin". Nous n'avons pas fait la moitié du chemin;  au mieux un pas, probablement moins. Et nous sommes encore très loin. Il nous en reste encore pour deux à trois siècles. Ce n'est pas beaucoup.

vendredi 13 janvier 2012

89.

J'ai mal choisi mes études et ma profession, j'ai mal choisi mes amis et mes amours, j'ai mal choisi mes habitudes et mes engagements. Et si, à l'époque, j'avais su que je me trompais, je n'aurai peut-être jamais fait ce que j'ai fait. Mais on n'apprend ces choses là que trop tard; et on l'apprend toujours à ses dépens.

Le fait est que je ne suis aujourd'hui, que la somme de toutes ces erreurs-là; le résultat de ce qu'elles ont fait de moi. "Celui qui aurait pu être", n'a jamais existé ailleurs que dans mes rêves. Et c'est de ceux-là que je dois m'éveiller.

Tiens ..en parlant de rêves...

Je me rappelle de cette histoire où, pendant un songe, un homme s'est vu en train de marcher sur la plage à côté de Dieu; et regardant derrière lui, s'apercevoir que toute sa vie, il y avait toujours une double trace de pas sur le sable, la sienne et celle de Dieu, sauf pour les seuls jours où il traversait les pires épreuves de sa vie;  là, il ne demeurait sur le sable qu'une seule trace de pas.

L'homme furieux demandait alors à Dieu: "Pourquoi m'as tu abandonné pendant mes jours difficiles?" et celui là de lui répondre: "Eh bien mon ami! Je ne t'ai jamais abandonné; ces jours-là, c'est moi qui te portais."

Il faut croire que c'est Dieu qui m'as porté aujourd’hui.

jeudi 12 janvier 2012

88.

Personne ne naît avec les mots sur la langue, ni le talent dans les doigts.

L'homme en général continue, imite, vole, répète, radote, fait le singe...sauf de temps en temps, où il parvient au plus impulsif de ce qui le commande, au plus autonome de ce qui vit dans sa vie; alors lui échappe un éclair qui illumine sa piètre contrefaçon; et il initie quelque chose de nouveau.
87.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne va pas comme sur des roulettes.

Non, ça coince, ça grince, ça crisse, ça craque et ça cliquète de partout... Même que ça bloque des fois. Et c'est partout pareil, pour tout le monde. ça rame et ça galère comme jamais, comme pas possible.

Et chaque jour, il faut pousser encore la pierre; et chaque jour, la pierre devient de plus en plus lourde. Chaque jour, il faut trouver les raisons pour continuer, et chaque jour y'en a de moins en moins.

Et on fatigue..de plus en plus...on tend les bras, on plie les genoux, on se creuse la cervelle, on se crève le coeur, on prend sur soi; et on se dit que c'est plus possible de continuer comme ça, non c'est vraiment plus possible, même si on le voulait.

Et puis on efface tout d'un simple revers de la main. Et on se dit: elle est quand-même bien foutue cette vie! Malgré tout!

lundi 9 janvier 2012

86.

La différence entre le virtuose et le débutant est que ce dernier joue seule chaque note de la partition, en y mettant à chaque fois toute son énergie, ...un peu comme si elle était la dernière; puis se voit obligé de répéter, à nouveau, le même geste pour la note suivante. D'où ses défaillances, ses hésitations, ses fausses notes, la disharmonie de sa prestation.

Le virtuose, lui, joue la totalité de la partition et déploie sa maîtrise et son énergie sur l'ensemble de l’œuvre; amenant ainsi son auditoire vers le dénouement de la symphonie, au rythme qu'il choisit. Il n'hésite pas, voit plus loin que la note qu'il joue, n'a pas besoin d'insister sur les étapes du parcours, mais se laisse aller, et le public avec lui, au rythme de la composition.

Telle est la leçon de la musique. Si on faisait l'analogie avec la vie d'un homme, j'en tirerais la conclusion suivante:  On ne voit jamais à l'avance la totalité du chemin, d'où l'importance de ne considérer ni chaque épreuve ni chaque victoire comme étant les dernières; mais toujours croire que la route vers la maison se poursuit encore...Tant que dure la musique.
85.

Je m'approche de la sortie. Je n'arrive pas encore à mettre la main sur la clé, mes mains tremblent encore un peu, mais il est clair que je ne m'en suis jamais autant rapproché que maintenant.

La porte m'est apparue lorsque j'ai essayé de répondre à la question suivante: "Avec quels yeux est-ce que je vois le monde?" et que la réponse, qui s'est imposée à moi dans toute son évidence: "les miens, bien sur!" m'avait bien éclairé, tellement elle m'apparaissait naturelle, mais qu'en même temps, elle me renseignait d'une façon radicale sur l'étroitesse de mon point de vue.

C'est ça la clé: je ne vois encore le monde que via mes deux seuls yeux. C'est comme si j'étais  ma propre cellule de prison, et que je ne voyais le monde que des deux fentes dans le mur que seraient mes yeux.

Cette cellule est quand-même une merveille d'astuce et de ruse. C'est un dédale inxetricable de couloirs, de souterrains, de chambres, de ruines, d'escaliers, d'impasses et de cours extérieures; elle a l'exacte dimension de mon corps; et il va faire trente et deux ans que j'y vis, c'est à dire depuis toujours.

Et si je ne parvenais jamais à en sortir, c'est parce que je ne savais même pas que j'y étais enfermé.

J'avais déjà lu cela des milliers de fois (et ce n'est pas une figure de style, des milliers de fois littéralement), et dans toutes les traditions du monde: Mourir avant de mourir; se désintéresser de soi, se libérer de l'égo; mais je ne l'avais jusque-là jamais compris moi-même comme cette fois.

Il ne tient qu'à moi à présent de me diriger vers la porte et de sortir à l'air libre.
84.

ça aurait une après midi perdue, si ce n'est que j'ai eu la chance de tomber parmi les très nombreux liens de la toile sur une magnifique vidéo d'un chef d'orchestre qui parlait de musique classique et d'yeux qui brillent. Il s'appelle Benjamin Zander.

Il  a fini son intervention en racontant une histoire dont je retiens la fin: "Ne jamais dire que ce qui est digne d'être sa dernière parole."
83.

Dimanche après midi; l'heure est à la sieste, mais les travaux chez le voisin ne le permettent pas. Les coups de marteau sur le mur mitoyen résonnent à l'intérieur de ma boîte crânienne et m'empêchent de fermer l'oeil. Tant-pis, ce sera l'occasion de boire un autre thé et fumer quelques cigarettes de plus.

Ceci dit, et je dois le reconnaître, le bruit n'est pas la vraie raison. Je m'endormirais comme un loir si j'étais vraiment d'humeur à dormir. Non, cet après-midi, je ne dormirai pas parce que je n'ai pas la paix; et cette agitation diffuse et sans raison me rend la tête encore plus bruyante que l'appartement de mon voisin.

En définitive, je pense que le seul devoir moral que nous avons, c'est de toujours veiller à nous aménager de larges plages de paix à l'intérieur de nos têtes. Des plages propres, ou l'horizon est lointain et la lumière douce, là où la conscience peut dormir.

vendredi 6 janvier 2012

82.

Comme ces rustres qui abattaient les arbres séculaires du jardin parce qu'il les trouvaient "infestés" de rossignols; dans l'empire de la laideur aussi, nos zélotes ne veulent cacher les corps des femmes que parce que, surement, ils doivent les trouver "infestés" de beauté.

Sans doute considèrent-ils que c'est une insulte à leur médiocrité.

***

(J'ai utilisé le terme "juif" de zélotes parce qu'il m'est apparu clairement, après quelques lectures, qu'il existe dans l'islam et tout le corpus qu'il traine derrière lui aujourd'hui, une certaine analogie avec le judaïsme d'il y a deux mille ans. Et il existe chez les musulmans actuels ce qui ressemble étrangement aux groupes juifs sadducéens, pharisiens et zélotes de cette époque, et aux réactions diverses et ambigus de ces derniers quant à la doctrine religieuse, à l'identité du peuple juif et à l’hellénisation de sa culture en ce temps-là.)
81.

Mes fragments ne sont pas des morceaux de littérature; même quand, prétentieusement, je voudrais leur donner cet air.

Pour l'instant, il ne me sert de les écrire qu'à meubler le temps perdu; ce temps perdu qui n'est que ma vie elle-même. Pourtant, tout cela n’est qu’un jeu éludant l’essentiel, et tout au fond de moi quelque chose reste encore emprisonné, je ne sais pas quoi exactement.

Je dois continuer à creuser, creuser jusqu'à me transpercer l'âme. Peut-être qu'il en jaillira quelque chose; ou pas.