lundi 9 janvier 2012

85.

Je m'approche de la sortie. Je n'arrive pas encore à mettre la main sur la clé, mes mains tremblent encore un peu, mais il est clair que je ne m'en suis jamais autant rapproché que maintenant.

La porte m'est apparue lorsque j'ai essayé de répondre à la question suivante: "Avec quels yeux est-ce que je vois le monde?" et que la réponse, qui s'est imposée à moi dans toute son évidence: "les miens, bien sur!" m'avait bien éclairé, tellement elle m'apparaissait naturelle, mais qu'en même temps, elle me renseignait d'une façon radicale sur l'étroitesse de mon point de vue.

C'est ça la clé: je ne vois encore le monde que via mes deux seuls yeux. C'est comme si j'étais  ma propre cellule de prison, et que je ne voyais le monde que des deux fentes dans le mur que seraient mes yeux.

Cette cellule est quand-même une merveille d'astuce et de ruse. C'est un dédale inxetricable de couloirs, de souterrains, de chambres, de ruines, d'escaliers, d'impasses et de cours extérieures; elle a l'exacte dimension de mon corps; et il va faire trente et deux ans que j'y vis, c'est à dire depuis toujours.

Et si je ne parvenais jamais à en sortir, c'est parce que je ne savais même pas que j'y étais enfermé.

J'avais déjà lu cela des milliers de fois (et ce n'est pas une figure de style, des milliers de fois littéralement), et dans toutes les traditions du monde: Mourir avant de mourir; se désintéresser de soi, se libérer de l'égo; mais je ne l'avais jusque-là jamais compris moi-même comme cette fois.

Il ne tient qu'à moi à présent de me diriger vers la porte et de sortir à l'air libre.

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