vendredi 30 mars 2012

145.


L'existence est-elle tragique?

Elle ne peut que l'être pour les hommes comme moi. Ceux qui ne peuvent s'en reposer que s'il leur arrive par bonheur d'être amoureux. Chose bien sur, qui est rare.

Mais quand bien même nous sommes d'accord sur le constat, il reste que chacun vit le tragique de son existence à sa manière. Les réactions diffèrent: il y a les larmoyants, les philosophes, les rebelles, les pieux, les cyniques, etc...Il y a même ceux qui en rient. Je ne parle pas bien sûr des bêtas qui rient comme des ânes; car je ne crois pas à l'hilarité comme signe de joie. Je parle de ceux qui savent qu'ils vont mourir et qui saluent le ciel d'un rire poli.

Beaucoup écrivent aussi; car écrire met de la distance entre l'homme et sa mélancolie.

Mais tout cela bien sur, s'épuise chaque soir...Les larmes, comme les rires, les mots comme les silences. La lame n'est plus assez aiguisée pour déchirer les voiles de grisaille; et il faudra l'affûter à nouveau. Il faudra à chaque fois inventer une nouvelle réponse à la tragédie.

C'est cette parole de la bible qui a retenu le plus mes yeux: "Et tu choisiras la vie". C'est ce choix qui est à renouveler chaque jour.

jeudi 29 mars 2012

144.

Le miracle d'être alors qu'on aurait pu ne pas être.

Le miracle d'être vivant alors qu'on aurait pu être inerte.
Le miracle d'être humain alors qu'on aurait pu être insecte.
Le miracle d'être un humain doué de vision et de parole.
Le miracle d'être libre...

Le miracle ou la malédiction ?
Car si c'est un miracle, m'est-il vraiment possible de m'élever à une telle hauteur?

***

Je me dis être x, quelque part sur terre, en 2012...
Il me semble pourtant que ce ne sont-là que des conventions relatives sans aucun fondement réel. Nous ne savons en réalité ni où nous sommes, ni quand nous sommes, ni qui nous sommes.

Nous ne savons pas où est la terre si ce n'est qu'elle tourne perdue dans un inconcevable espace. La date que nous choisissons pour nous situer n'est qu'une convention tout à fait relative sur une échelle elle-même relative.

Nous nous disons être x, y ou z, mais ne savons ni comment ni pourquoi battent nos coeurs, ni comment ni pourquoi circule notre sang... nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés, ni pourquoi nos visages-ci, ni pourquoi x, y ou z. Nous ne savons pas non plus quand et comment nous allons disparaître...

En réalité, nous sommes totalement perdus...et nous subissons ce que nous pensons être. Nous ne nous retrouvons que lorsque nous réduisons tout à notre petite échelle, que lorsque nous jouons la comédie d'une existence humaine.

***

Sur pleins de sujets, mes angoisses sont, et depuis longtemps, toutes pascaliennes:  face au silence des cieux, face au néant des mondes, face à la condition humaine...je me retrouve comme un poisson dans l'eau quand je relis les Pensées de Pascal. Je n'aime pas forcément sa religiosité chrétienne; mais excepté cela, ce livre recèle des trésors.

Relisant quelques bribes, je retombe sur celle-ci: "Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, amas d’incertitudes ; gloire, et rebut de l’univers. S’il se vante, je l’abaisse ; s’il s’abaisse, je le vante, et le contredis toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne, qu’il est un monstre incompréhensible." Cette phrase n'a jamais été démentie.

Pour se sauver d'une telle condition, Pascal avait tout misé sur la ferveur de sa foi chrétienne. Je ne sais sur quoi miser...J'ai désespérement cherché un sens à la vie. Mais je n'ai jamais trouvé un sens qui se suffise à lui-même. Hormis l'écoulement du temps, hormis la succession des jours et des nuits. Ma seule sagesse est une sagesse de refus: ne jamais céder à la tentation de posséder une quelconque vérité; car il faut attendre de mourir.

***

La carrière, le travail, le discours, la phrase, l’écriture, la culture, l’agriculture, l’institution, la science, le titre, la médaille, le héros, le coupable, l’incontestable, la fable, la routine, le divertissement, le jeu, la logique, le sens, le non sens,  l'idéal, la conviction, le but,  le chiffre, l’angle, la forme, l’affect, le sentiment,  l’infortune, le bonheur, la sympathie, l'antipathie,  l’avis, l’opinion, l’égalité, le social, les moeurs, le médiocre, le formidable, le le, le la, le les, le eux, le nous, la patrie,  la guerre, l’idéologie, la théologie,  la religion, la règle, la coutume, le bienséant, la morale, le jugement, l’équivoque, le doute, le croire, le espérer, la rumeur, le je me souviens, le on verra, le bientôt, le déjà, le sous entendu, le mal entendu, la surprise, le ridicule...

Le vêtement, l'appartement, l’étage, le village, la route, l'entreprise, le tube néon, l'écran, le javel, le plastique, le béton, le prix, la publicité, l'armée, la banque, l'horaire, le ministère, l’argent, la police, l'université, le métro, le chewing gum, le téléphone, la télévision...

Tout ça, ça n'existe pas dans la nature. Et pourtant, c'est de cela, et presque de cela seulement, que sont faites les vies des hommes aujourd'hui.

Est-ce cet artifice qu'est notre réponse au miracle?...

***

J'envie ceux qui croient au bien-fondé de quelque chose et qui y trouvent de quoi remplir leurs journées. Mais j'aimerais également partager avec eux cette admirable phrase de Nahman de Bratslav, un rabbin juif du dix-huitième siècle:

"Vous ne savez pas à quel point vous ne savez pas ce que vous ne savez pas."

dimanche 25 mars 2012

143.

Ma tête est vaseuse. J'ai l'impression d'être dans un marécage.
Me taire; et laisser la flaque des mots sécher un peu  à l'air libre du silence.
142.

Je ne connais personne qui soit indemne.

Une peur, connue ou inconnue, voulue ou subie, qu'importe ce qu'elle est...Elle vrille le cerveau, de part en part; d'une tempe à l'autre...Personne n'y échappe.

Tout le monde tourne dans le cercle fermé. Et comme les scorpions; tous, dans la panique, finissent par se piquer.

Il faut se décentrer.
141.

Pas le temps de tout lire, ni de tout dire.
Pas le temps. Il faut choisir.
Les mots sont comptés. Rien ne sert de les gaspiller...
140.

Je viens de lire une nouvelle érotique.

J'ai trouvé que c'était une excellente façon d'expérimenter le rôle de l'imagination dans le désir sexuel. Le voyeurisme concupiscent ou la pornographie restent vraiment bien médiocres en comparaison; les images, entrant de force ou par effraction dans le cerveau, manipulent le corps et ne lui laissent jamais le temps de connaître les sensations du désir et du plaisir; alors que les mots, par la lenteur obligatoire que la lecture impose, donnent toujours le temps à l'esprit et au corps de se promener main dans la main dans "ces jardins parfumés"...

Et il me semble que l'humanité est bien cela: une conscience de soi et une harmonie entre le corps et l'esprit, même en ce qui concerne le désir sexuel.

La conscience de soi, en elle même, n'élimine ni les instincts, ni les pulsions, ni les affects humains normaux: on a faim, on a soif, on est joyeux, on est triste, on est en colère, et on désire aussi ardemment... La nature ne peut pas changer; mais ce qui diffère c'est que tout cela est clairement vu et compris: "il n'y a plus rien qui se fasse en moi à l'insu de moi-même. Il n'y a rien qui me dépasse, qui me submerge, ou qui me fait faire, ou dire des choses à "mon insu", ou "contre ma volonté"...

Ce que je veux dire enfin, c'est qu' essentiellement ce qu'enseigne cette conscience, outre le fait de savourer pleinement les plaisirs de l'érotisme, c'est qu'en matière de relations entre hommes et femmes, la règle primordiale est et doit toujours rester le respect...ne pas entrer par effraction: ni par une parole, ni par un regard, ni par un geste; laisser toujours à l'autre la liberté de choisir entre vous accepter ou non.

139.

Vous souvenez vous des temps anciens, quand votre corps et votre esprit n'étaient pas séparés? Quand ni l'un ni l'autre ne cherchait à dominer? quand l'homme et la femme en vous, comme en chaque être humain, se regardaient intensément et puis levaient ensemble la tête au ciel? quand votre tête, votre bouche, vos mains, vos yeux, vos oreilles, vos pieds, votre sexe...tous fonctionnaient en harmonie, tous disaient et faisaient la même chose?

Vous souvenez-vous?

jeudi 22 mars 2012

138.

Aujourd'hui au zoo du Belvédère, en passant devant la cage des lions, je me suis dit que ça devait faire bizarre, du point de vue du lion, que d'être ainsi fixé du regard par tant de "primates". En vérité, je ne sais pas comment les lions voient les humains, mais je me dis qu'ils ne voient certainement en eux que ce qu'ils voient en d'autres animaux.

J'ai bien précisé que c'était le point de vue du lion... car le lion est aussi est un être doué de conscience; et devant lui, ce ne sont pas des êtres humains qui le regardent dans sa cage, mais bien des animaux bipèdes qui s'agglutinent devant son minuscule territoire.


***

Cette réflexion me met devant la question qui ne me quitte jamais: ma subjectivité est-elle illusoire ?

La subjectivité c'est d'avoir un point de vue propre à soi, déterminé par la position qu'on occupe dans l'espace et le temps, et la grille de lecture à travers laquelle on voit.

Le plus ordinaire et le plus habituel point de vue que nous adoptons est celui de l'ego; et nous l'adoptons le plus souvent sans que ne nous en rendions même compte. Ainsi, à partir de là où nous sommes, nous nous trouvons habituellement le regard tourné vers l'extérieur; et nos yeux lisent le monde via le filtre de notre personnalité, nos convictions, nos capacités, nos humeurs, nos désirs, etc...

Il est à noter aussi que ce point de vue est celui qui, automatiquement, nous élimine de la vue.

Ce raisonnement se résume à peu près à ceci: Je n'ai accès qu'à ma propre vision. Il ne m'intéresse pas (ou il ne m'est pas possible) de savoir ce qu'est le monde; ce qui m'intéresse (ce que je peux) c'est ce qu'est le monde pour moi. Quand il me semble qu'on fasse erreur sur moi ou qu'on remette en cause ma vision, ma première réaction est d'opposer ma propre subjectivité, celle qu'il me semble avoir bâti sur les meilleurs fondements...

(Si ce n'est pas le cas, dites moi comment vous expérimentez votre subjectivité ?)


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Je pense donc que la subjectivité n'est pas illusoire; ou du moins il n'existe pas de subjectivité illusoire qui ferait face à une objectivité qui serait, elle, réelle; car il n'y existe pas non plus d'objectivité entre des êtres dont la conscience est forcément limitée: A chaque fois, il y a relation et interconnexion de subjectivités. Toute compréhension mutuelle, si on recherche la compréhension, commence par pouvoir se dire que j'ai en face de moi une subjectivité différente de la mienne: "voilà comment les choses sont vues de l'autre côté..."

La subjectivité ne devient illusion que dès qu'elle s'érige en vérité absolue alors qu'elle n'est un cas particulier conditionné par une grille de lecture donnée.

L'erreur que font les gens, et qui mène généralement à un dialogue de sourds, est la suivante: ils oublient que leurs subjectivités sont conditionnées, puis les opposent et se chamaillent autour de la "vérité" de leur point de vue. Or il ne s'agit jamais en premier lieu de vérifier si c'est vrai ou faux, pertinent ou impertinent; mais de reconnaître d'abord mutuellement que chacun adopte une grille de lecture qui a conditionné son point de vue (que cela soit une croyance, une appartenance, une expérience, un vécu, ou tout autre chose,...); ensuite, après que nous ayons pu établir un pont de dialogue, nous pourrons discuter d'autre chose.

L'exemple le plus caricatural de tous reste bien sûr le sujet de "l'existence de Dieu". L'athée n'est pas athée par ce qu'il sait; mais parce que, de son point de vue, Dieu n'existe pas. Le croyant ne croit pas par ce qu'il sait; mais parce que Dieu de son point de vue existe. Or l'athée comme le croyant ne reconnaissent jamais qu'ils ont un point de vue conditionné par une grille de lecture propre à eux. L'athée dit savoir, le croyant dit savoir aussi; il y a pire même: ceux qui disent qu'en fonction de ce qu'ils savent, il sont prêts à enseigner la vérité aux autres.

En réalité, les deux, celui qui se dit athée comme celui qui se dit croyant, sont aussi ignorants l'un que l'autre. Et s'il y a une chose dont l'être humain peut être certain est bien celle-là: il est forcément limité et ignorant..


***

Il me semble pourtant qu'il est donné à l'esprit humain, à condition qu'il soit ouvert et qu'il fasse l'effort de se libérer de l'emprise d'une subjectivité ordinaire, de pouvoir adopter une multitude de points de vues, si ce n'est une infinité de points de vue... A la limite, il pourrait dire: quand je rencontre une autre personne, je peux adopter son point de vue me rencontrant; quand je cueille une fleur, je peux adopter le point de vue de la fleur qui se fait cueillir...

Ce processus de dé-subjectivation progressive de l'esprit (je n'ai pas dit objectivité) est infini et demeure à relancer indéfiniment...car paradoxalement la subjectivité la plus intime, celle au fin fond de soi, celle que l'on retrouve lorsque on se détache de ses appartenances contingentes et que l'on veuille aller en soi si profondément  qu'il faille oublier ses états d'âmes passagers, ses activités ordinaires, ses convictions intellectuelles et spirituelles, ses "coordonnées" spatio-temporelles" ou plutôt "socio-historiques"..., cette subjectivité-là, pourtant si singulière, paraîtrait être absolument impersonnelle; c'est elle qui ressemblerait le plus au point de vue "dé-subjectivé" de l'univers sur lui-même...  

***

Bien sur, tout ce que je viens de dire est subjectif ;)

lundi 19 mars 2012

137.

Savez vous que vous voyez ?

Non, vous ne le savez pas.
Vous vivez avec, et ce depuis très longtemps, c'est tout.

Levez votre tête de l'écran où vous êtes en train de lire mon texte. Déjà, vous avez vu...La lumière a pénétré vos yeux, votre cerveau l'a analysé et vous voyez déjà de ce qui est autour de vous: un mur blanc par exemple; et ce avant même que vous ne commenciez à réfléchir à ce que vous venez de voir. La vitesse avec laquelle vous voyez vous dépasse, elle dépasse de très loin votre entendement.

Fermez les yeux et essayez de répondre à la question: savez vous que vous voyez? N'essayez pas de vous souvenir que vous avez déjà vu. N'essayez pas de vous imaginer que normalement vous devriez voir. Répondez honnêtement à la question présente alors que vos yeux sont fermés. Vous ne le pourrez jamais. Tant que la lumière ne pénètre pas vos yeux, vous ne savez pas que vous voyez.

Rouvrez les yeux. Vous avez déjà revu avant même d'y penser...Vos yeux sont allés beaucoup plus vite que vous. La lumière ne vous laisse pas le temps de réfléchir...Vous constatez juste que vous n'êtes pas aveugle, mais vous ne savez pas (encore) que vous voyez. Vous ignorez même ce qu’est voir… Son résultat  s’est déjà s’imposé à vos yeux.

Avez-vous jamais appris à voir ? Non, vous ne l'avez jamais appris. Vous n'avez jamais appris à voir comme par exemple vous avez  appris, lors de votre petite enfance, à marcher, à parler ou à lire. Voir vous est tellement évident (Tant que vous avez les yeux ouverts); qu’il  vous semble que cela fait tout naturellement partie de vous et de vos aptitudes. Cela vous accompagne depuis si longtemps que vous ne comprenez même pas la question ; probablement vous êtes même en train de considérer son inutilité...

Vous vous dites: Pourquoi y'aurait-il donc nécessité d'apprendre ce que l'on sait déjà? Voir est devenu si habituel pour vous, si simple...que vous ne faites plus jamais d'effort pour voir quoi que ce soit. Il faut certainement remonter loin, très loin dans votre enfance, aux tous premiers instants peut-être; pour vous rappeler quand vous avez vu pour la première fois, et quels efforts cela vous a demandé de comprendre que vous voyez...Vous ne vous en rappelez probablement pas.

Vous ne savez donc pas que vous voyez, mais vous le constatez, et vous le constatez si bien que vous n'avez pas le temps, ou que vous ne l'avez jamais pris, de comprendre pourquoi vous voyez. Là maintenant, après-coup, pour expliquer ce qui est évident, vous vous dites: Je vois, et à quoi cela me sert-il de voir?  Vous êtes peut-être en train de penser que voir, comme on vous l'a appris à l'école, est un des cinq sens de la perception humaine, tout comme l'ouie, le toucher, le goût ou l'odorat...vous concluez bien sûr que voir vous sert à vous saisir mentalement de cet ensemble d'images colorés qu'est le monde autour de vous.

***

Imaginez que vous êtes à côté d'un aveugle de naissance.

Essayez de lui expliquer ce que vous voyez, que l'herbe est verte et que les coquelicots sont rouges.

Ou mieux, essayez de lui expliquer la notion d'horizon; expliquez lui que le ciel est bleu et que la mer aussi est bleue, et expliquez lui qu'à un certain moment, le ciel et la mer se rejoignent. Dites lui ensuite que tout ce que vous venez de lui dire est en partie faux, que tout cela est le jeu de la lumière et des couleurs, car en réalité l'air du ciel est invisible, que l'eau de la mer est transparente, et qu'ils ne se rejoignent jamais.

Avez vous une quelconque idée de ce qu'il peut mentalement comprendre de ce que vous venez de lui dire? Avez vous une quelconque idée de ce qu'il peut, dans sa nuit perpétuelle, s'imaginer ? Pourrait-il lui-même aller expliquer ce que ce qu'est l'horizon, le bleu du ciel et le bleu de la mer à d'autres aveugles de naissance? Que pourrait-il leur dire? et que pourraient-ils comprendre ?

Imaginez maintenant que par un miracle divin, cet aveugle à côté de vous se mette d'un seul coup à voir de lui-même. Avez-vous une idée du rapport entre ce qu'il découvre et ce qu'il pouvait s'en s'imaginer à partir de ce que vous lui racontez ?

Je vous laisse imaginer les réponses...

***

Pourquoi je dis tout cela?

A propos de la Vie, vous pouvez rester comme cet aveugle en face de l'horizon; et vous y conduire comme vous vous imaginez en avoir compris de ceux qui ont déclaré la comprendre.  Sachez aussi que depuis très longtemps, ce sont des aveugles qui enseignent à d'autres aveugles.

Mais vous pouvez aussi ouvrir vos propres yeux, il peut aussi vous être donné que la lumière pénètre vos yeux; et sans qu'on vous l'apprenne, vous pouvez constater que  vous aussi vous voyez... vous l'ignoriez tout simplement. Là, peut-être, comprendrez-vous ce qu'est la lumière, ce qu'est la vie et que rien ne vaut voir de ses propres yeux...

Rien de philosophique dans ce que je dis: cela commence très simplement et très concrètement: commencez par apprendre à voir ce qui est autour de vous, commencez par voir les fleurs, la mer, la lumière du soleil... N'y soyez pas indifférent, oubliez l'habitude de voir...Soyez en conscient...

jeudi 15 mars 2012

136.

Je fais ma marche habituelle d'après déjeuner aux bords du Lac. Chacun de mes pas prend une demi-seconde ou un peu moins...Je me dis que chacun est aussi un pas en avant vers la mort, demi-seconde par demi-seconde...

Je regarde les gens attablés aux terrasses des cafés et tout paraît immobile...Je me dis qu'en cet instant pourtant, comme tous les autres, la terre est en train de foncer dans le vide à une vitesse absolument vertigineuse...

***

Un peu partout le long du quai, je passe devant plusieurs couples d'amoureux. Ils se sourient et se parlent doucement...on dirait des roucoulements de pigeons qui picorent des miettes d'amour...Ils oublient que chaque seconde les rapproche un peu plus de la fin, ils oublient que la terre tombe dans le vide. Quelle merveille donc est cet Amour...

***

Nous vivons, et rien de plus évident! Et pourtant...il n'y a aucune évidence....