144.
Le miracle d'être alors qu'on aurait pu ne pas être.
Le miracle d'être vivant alors qu'on aurait pu être inerte.
Le miracle d'être humain alors qu'on aurait pu être insecte.
Le miracle d'être un humain doué de vision et de parole.
Le miracle d'être libre...
Le miracle ou la malédiction ?
Car si c'est un miracle, m'est-il vraiment possible de m'élever à une telle hauteur?
***
Je me dis être x, quelque part sur terre, en 2012...
Il me semble pourtant que ce ne sont-là que des conventions relatives sans aucun fondement réel. Nous ne savons en réalité ni où nous sommes, ni quand nous sommes, ni qui nous sommes.
Nous ne savons pas où est la terre si ce n'est qu'elle tourne perdue dans un inconcevable espace. La date que nous choisissons pour nous situer n'est qu'une convention tout à fait relative sur une échelle elle-même relative.
Nous nous disons être x, y ou z, mais ne savons ni comment ni pourquoi battent nos coeurs, ni comment ni pourquoi circule notre sang... nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés, ni pourquoi nos visages-ci, ni pourquoi x, y ou z. Nous ne savons pas non plus quand et comment nous allons disparaître...
En réalité, nous sommes totalement perdus...et nous subissons ce que nous pensons être. Nous ne nous retrouvons que lorsque nous réduisons tout à notre petite échelle, que lorsque nous jouons la comédie d'une existence humaine.
***
Sur pleins de sujets, mes angoisses sont, et depuis longtemps, toutes pascaliennes: face au silence des cieux, face au néant des mondes, face à la condition humaine...je me retrouve comme un poisson dans l'eau quand je relis les Pensées de Pascal. Je n'aime pas forcément sa religiosité chrétienne; mais excepté cela, ce livre recèle des trésors.
Relisant quelques bribes, je retombe sur celle-ci: "Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, amas d’incertitudes ; gloire, et rebut de l’univers. S’il se vante, je l’abaisse ; s’il s’abaisse, je le vante, et le contredis toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne, qu’il est un monstre incompréhensible." Cette phrase n'a jamais été démentie.
Pour se sauver d'une telle condition, Pascal avait tout misé sur la ferveur de sa foi chrétienne. Je ne sais sur quoi miser...J'ai désespérement cherché un sens à la vie. Mais je n'ai jamais trouvé un sens qui se suffise à lui-même. Hormis l'écoulement du temps, hormis la succession des jours et des nuits. Ma seule sagesse est une sagesse de refus: ne jamais céder à la tentation de posséder une quelconque vérité; car il faut attendre de mourir.
***
La carrière, le travail, le discours, la phrase, l’écriture, la culture, l’agriculture, l’institution, la science, le titre, la médaille, le héros, le coupable, l’incontestable, la fable, la routine, le divertissement, le jeu, la logique, le sens, le non sens, l'idéal, la conviction, le but, le chiffre, l’angle, la forme, l’affect, le sentiment, l’infortune, le bonheur, la sympathie, l'antipathie, l’avis, l’opinion, l’égalité, le social, les moeurs, le médiocre, le formidable, le le, le la, le les, le eux, le nous, la patrie, la guerre, l’idéologie, la théologie, la religion, la règle, la coutume, le bienséant, la morale, le jugement, l’équivoque, le doute, le croire, le espérer, la rumeur, le je me souviens, le on verra, le bientôt, le déjà, le sous entendu, le mal entendu, la surprise, le ridicule...
Le vêtement, l'appartement, l’étage, le village, la route, l'entreprise, le tube néon, l'écran, le javel, le plastique, le béton, le prix, la publicité, l'armée, la banque, l'horaire, le ministère, l’argent, la police, l'université, le métro, le chewing gum, le téléphone, la télévision...
Tout ça, ça n'existe pas dans la nature. Et pourtant, c'est de cela, et presque de cela seulement, que sont faites les vies des hommes aujourd'hui.
Est-ce cet artifice qu'est notre réponse au miracle?...
***
J'envie ceux qui croient au bien-fondé de quelque chose et qui y trouvent de quoi remplir leurs journées. Mais j'aimerais également partager avec eux cette admirable phrase de Nahman de Bratslav, un rabbin juif du dix-huitième siècle:
"Vous ne savez pas à quel point vous ne savez pas ce que vous ne savez pas."
Le miracle d'être alors qu'on aurait pu ne pas être.
Le miracle d'être vivant alors qu'on aurait pu être inerte.
Le miracle d'être humain alors qu'on aurait pu être insecte.
Le miracle d'être un humain doué de vision et de parole.
Le miracle d'être libre...
Le miracle ou la malédiction ?
Car si c'est un miracle, m'est-il vraiment possible de m'élever à une telle hauteur?
***
Je me dis être x, quelque part sur terre, en 2012...
Il me semble pourtant que ce ne sont-là que des conventions relatives sans aucun fondement réel. Nous ne savons en réalité ni où nous sommes, ni quand nous sommes, ni qui nous sommes.
Nous ne savons pas où est la terre si ce n'est qu'elle tourne perdue dans un inconcevable espace. La date que nous choisissons pour nous situer n'est qu'une convention tout à fait relative sur une échelle elle-même relative.
Nous nous disons être x, y ou z, mais ne savons ni comment ni pourquoi battent nos coeurs, ni comment ni pourquoi circule notre sang... nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés, ni pourquoi nos visages-ci, ni pourquoi x, y ou z. Nous ne savons pas non plus quand et comment nous allons disparaître...
En réalité, nous sommes totalement perdus...et nous subissons ce que nous pensons être. Nous ne nous retrouvons que lorsque nous réduisons tout à notre petite échelle, que lorsque nous jouons la comédie d'une existence humaine.
***
Sur pleins de sujets, mes angoisses sont, et depuis longtemps, toutes pascaliennes: face au silence des cieux, face au néant des mondes, face à la condition humaine...je me retrouve comme un poisson dans l'eau quand je relis les Pensées de Pascal. Je n'aime pas forcément sa religiosité chrétienne; mais excepté cela, ce livre recèle des trésors.
Relisant quelques bribes, je retombe sur celle-ci: "Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre ; dépositaire du vrai, amas d’incertitudes ; gloire, et rebut de l’univers. S’il se vante, je l’abaisse ; s’il s’abaisse, je le vante, et le contredis toujours, jusqu’à ce qu’il comprenne, qu’il est un monstre incompréhensible." Cette phrase n'a jamais été démentie.
Pour se sauver d'une telle condition, Pascal avait tout misé sur la ferveur de sa foi chrétienne. Je ne sais sur quoi miser...J'ai désespérement cherché un sens à la vie. Mais je n'ai jamais trouvé un sens qui se suffise à lui-même. Hormis l'écoulement du temps, hormis la succession des jours et des nuits. Ma seule sagesse est une sagesse de refus: ne jamais céder à la tentation de posséder une quelconque vérité; car il faut attendre de mourir.
***
La carrière, le travail, le discours, la phrase, l’écriture, la culture, l’agriculture, l’institution, la science, le titre, la médaille, le héros, le coupable, l’incontestable, la fable, la routine, le divertissement, le jeu, la logique, le sens, le non sens, l'idéal, la conviction, le but, le chiffre, l’angle, la forme, l’affect, le sentiment, l’infortune, le bonheur, la sympathie, l'antipathie, l’avis, l’opinion, l’égalité, le social, les moeurs, le médiocre, le formidable, le le, le la, le les, le eux, le nous, la patrie, la guerre, l’idéologie, la théologie, la religion, la règle, la coutume, le bienséant, la morale, le jugement, l’équivoque, le doute, le croire, le espérer, la rumeur, le je me souviens, le on verra, le bientôt, le déjà, le sous entendu, le mal entendu, la surprise, le ridicule...
Le vêtement, l'appartement, l’étage, le village, la route, l'entreprise, le tube néon, l'écran, le javel, le plastique, le béton, le prix, la publicité, l'armée, la banque, l'horaire, le ministère, l’argent, la police, l'université, le métro, le chewing gum, le téléphone, la télévision...
Tout ça, ça n'existe pas dans la nature. Et pourtant, c'est de cela, et presque de cela seulement, que sont faites les vies des hommes aujourd'hui.
Est-ce cet artifice qu'est notre réponse au miracle?...
***
J'envie ceux qui croient au bien-fondé de quelque chose et qui y trouvent de quoi remplir leurs journées. Mais j'aimerais également partager avec eux cette admirable phrase de Nahman de Bratslav, un rabbin juif du dix-huitième siècle:
"Vous ne savez pas à quel point vous ne savez pas ce que vous ne savez pas."
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire