dimanche 27 novembre 2011

47.

Malgré toutes les apparences qui laissent penser le contraire, il est certain que sans une confiance sous-jacente dans la nature, la vie, les hommes et un fonctionnement rassurant de la totalité de l'existant en général; il nous aurait été impossible de nous lever le matin, de quitter nos domiciles et d'aller vaquer à nos occupations habituelles; nous aurions été complètement et indéfiniment paralysés et incapables de vivre.

mais ce n'est pas le cas; et ce parce que antérieurement à toute pensée, à toute réflexion et à toute conclusion; nous avons toujours eu confiance. Mais puisque nous ne le savons pas encore; nous nous laissons mener par nos pensées, nous nous imaginons vivants dans un temps qui avance irrémédiablement, nous jugeons ceci bon et cela mauvais, nous râlons, nous nous indignons, nous nous attristons, nous pensons à la misère, à la politique, au sexe, aux soucis du quotidien et à mille et une autres questions sans réponses.

Et nous oublions en chemin que sans la confiance profonde et inhérente aux battements de nos cœurs, nous n'aurions pas pu ne serait-ce qu'oser ouvrir les yeux et considérer notre présence dans cet univers si inconcevablement gigantesque pour nos cervelles.

46.

Je suis au balcon pour fumer ma cigarette habituelle d'après déjeuner. Je regarde l'arbre central du jardin, un palmier majestueux.

Pour quelques instants, j'interromps mon commerce coutumier avec mon esprit et fixe longuement cet arbre dans le seul but de le voir. Pour une fois, je ne me demande pas s'il s'ennuie ou pas à être toujours là,  constamment droit, à ne rien faire que de lancer ses feuilles au soleil... mais je le regarde comme si je ne le connaissais pas.

Il m'apparaît alors dans toute la splendeur de son existence. Racines en terre et branches au ciel. Il était là, silencieux, aveugle et immobile; ne savait pas qu'il était, mais en même temps occupait l'espace comme aucun homme ne pourrait jamais le faire. Il paraissait inerte mais était surement plus vivant que moi.

Je reviens... il faut être prévoyant...Tout peut finir d'un instant à l'autre, et tout peut encore durer un siècle...Je suis encore jeune et en bonne santé, mais je sais très bien comment je veux être enterré.

J’aimerai, quand viendra le moment, que je sois enterré directement à terre et que soit planté au dessus de moi la graine d’un arbre fruitier qui pourra se nourrir de mon corps.

J'aimerai redevenir un arbre et passer mon éternité à écouter le chant matinal des oiseaux, me rafraichir de rosée et de pluie, envoyer mes feuilles chercher le soleil et offrir de l'ombre aux passants. Cette éternité-là me paraît autrement plus intéressante que celle d'une tombe de marbre humide et froide.

La mort est peut-être ma dernière vie; autant alors choisir comment la vivre.

samedi 26 novembre 2011

45.

J'écris souvent, et je me pose des questions sur ce que j'écris, c'est vrai; mais vous m'avez rappelé, en me lisant, combien lire était aussi important pour moi ...

J'aime lire...et un de mes rêves (en cours de réalisation, lentement et patiemment) est de me constituer une bibliothèque de mille volumes où je pourrai me retirer quand l'agitation du monde commencera à m'ennuyer au delà de mes capacités...

J'aime lire parce qu'avoir un livre entre les mains, c'est exactement comme avoir entre les mains les clés d'un royaume secret dont on est le seul visiteur.

J'aime lire parce qu'un livre c'est toujours la possibilité de partir, de découvrir, de connaître et de se reconnaître. Et puis repartir encore une fois comme si on n'était jamais arrivé...tel un Ulysse constamment en voyage, voguant sur les eaux d'une mer qui ne finit pas.

J'aime lire parce que c'est toujours pouvoir s'en aller ailleurs, et puis revenir au bout de quelques pages et avec soi des paysages lointains, des chants de sirènes et des trésors de sagesse; mais aussi et surtout le souvenir précieux d'une liberté dont on se dit que peu ont la chance de connaître..

J'aime lire parce que c'est avoir cette possibilité de parcourir en quelques heures des siècles et des siècles, et aller fouiller des destins, des silences, des amours et des ruines,…et puis se trouver heureux de revenir à soi dans son lit, marquer la page, refermer le livre et s'abandonner à un sommeil paisible.

J'aime lire parce que c'est ne plus jamais être seul; car on ouvre un livre comme on tombe amoureux: par désir, par complicité, par impatience...Et on peut ainsi toucher au silence et à la vérité dans une seule phrase, comme on trouverait la joie et le sommeil dans un seul corps.

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(Qui des passionnés de lecture ne connaît pas cette douce volupté qu'on éprouve quand on a en tête le titre d'un livre et qu'on se penche dessus pour la première fois, se délectant intérieurement à l'idée qu'on va enfin pouvoir le lire? 

N'est ce pas là, cette même tendre et douce joie que celle de trouver dans le sourire de ceux qu'on aime une raison suffisante pour vivre; et pouvoir ainsi se dire que quand bien même la vie serait encline à se vider à l'instant de toutes ses espérances, on est déjà sauvé...)

(P.S: Quel bonheur de ne pas avoir encore lu Moby Dick! )

jeudi 24 novembre 2011

44.

Est-ce ce manque de vie dans ma vie qui me fait tant parler du silence et de toutes ces "idioties" qui n'ajoutent rien au monde?

Oui, probablement...

En fait, je n'ai rien à raconter en particulier sur moi. Je suis un monsieur X comme des millions d'autres. Je passe mes journées assis devant un bureau et un ordinateur à attendre que finisse la journée. Je ne suis le jour qu'un des multiples rouages d'un système et le soir qu'un de ses multiples résidus; et écrire est bien la preuve que cette vie seule ne me suffit pas. Mais je n'ai pas de deuxième vie après le travail; sauf celle-là, écrire quelques bouts de phrases que je voudrais bien belles, intelligentes, et peut-être justes.

Pas d'aventures extraordinaires, pas de projets grandioses, pas de révélations spectaculaires, pas de voyages exotiques, pas d'amours torrides... Non, seulement le cours normal des choses...Comme celui du soleil qui, depuis toujours, se lève à l'est et se couche à l'ouest. Je n'ai jamais eu pourtant connaissance d'une histoire où le soleil se serait plaint de la routine de son existence,...pourquoi me plains-je alors de la mienne ? Parce que je n'ai rien d'un soleil justement. L'univers s'est refermé sur moi sans idéal et je ne luis pas de ma propre lumière...Et quoi donc pour m'éclairer?

...

Les lignes qui précèdent ne sont que l'écho d'un spleen un peu vain...et il me reste, après tout, le sourire bienveillant de la nuit. A bientôt.

mercredi 23 novembre 2011

43.

Mon diner cette nuit, c'est peu et beaucoup à la fois : un poisson et deux mandarines. Des nourritures terrestres de chez nous...comme celles qu'avait adoré le jeune A.Gide lorsqu'il débarqua à Tunis au début du siècle.

Manger peu pour apprendre à se suffire de peu....

La chair peut apprendre à se suffire de peu: Vin et volupté lui suffisent largement. Son plaisir est immédiat; et la satiété est vite atteinte. L'esprit par contre, ne se suffit pas du peu. Il a toujours faim et ne cesse jamais de réclamer sa nourriture; et il aime ainsi s'engraisser au fil des ans, et devenir lourd et pesant, jusqu'à, des fois, ne plus pouvoir bouger du tout.

Je constate après que des gens qui s'évertuent chaque soir à lancer leurs âmes au ciel, s'étonnent ensuite, de les voir chaque matin, leur retomber sur la tête...Ils ont oublié qu'ils pèsent autant que leurs cœurs pèsent.

42.

Tout ce que nous disons, pensons et imaginons ne peut être jamais plus que des frémissements de surface.

Ni idées, ni images, ni paroles...pas même le silence.

Le réel tout simplement, terriblement plat et réel; les choses muettes, les conversations sans suite, les loisirs communs, les besoins vitaux, manger, boire, dormir, parler, rêver; et la conscience nette que cela n'est pas un spectacle. Ne pas craindre qu'il finisse, ne pas espérer qu'il dure. Ne pas avoir d'opinions quant à ceci ou quant à cela. Être de bonne volonté, c'est à dire sans volonté propre, mais de volonté vraie. Penser moins et agir plus; simplement faire ce qui est à faire.

Oui; mais aussi constamment voir la surface en tant qu'elle est surface; personnages, habitudes, quotidiens, désirs, opinions, croyances, circonstances; simples frémissements sans consistance, s'en allant vers l'écume comme s'en vont les vagues sur la surface d'un océan intranquille.

dimanche 20 novembre 2011

41.

Aucune réalité ne dure en vérité d'un instant à l'autre; parce qu' il n'est tout simplement, jamais autre que MAINTENANT. Le millième de seconde d'avant est déjà passé, et le millième de seconde d'après n'est pas encore arrivé. Entre les deux il y a main/tenant. C'est réellement le seul instant que la main tient; tout le reste n'est qu'illusion. Sois présent.
40.

Soleil dominical, brise légère, café délicieux, livre rare, esprit serein...Le bonheur est simple...mais ne dure pas.

Je me fais souvent des bulles. Propres, nettes, sans microbes, sans déchets. Elles montent doucement en l'air puis finissent par éclater, et je tombe. Seul, lorsque j'habiterais la dernière bulle; la terre; je ne tomberais plus.

39.

Tu n'es pas celui qui parle. Tu es celui qui entend. Reste seul et écoutes.

vendredi 18 novembre 2011

38.

Pourquoi j'aime cette sculpture de Giacometti: "L'homme qui marche" ?  Parce qu'elle représente la nature exacte du mouvement de l'homme libre; une marche solitaire, digne et décidée vers sa fin. Et cet homme marche toujours à l'intérieur de lui-même.