lundi 31 octobre 2011

12.

Oublie ce qui a été et ne pense pas à ce qui sera. Consacre ton esprit à cet instant présent.

Quand tu te sens chez toi, tu le sens parfaitement. Chacun de nous sait parfaitement quand tout est à sa place et qu'il est lui même à sa place. L'air, la terre, l'eau, le feu, les couleurs, les sons, les odeurs, les hommes, les femmes, tous les éléments le lui disent à chaque instant: Ici, tu es chez toi; là, tu n'es pas chez toi.

Au fond de la rue, je vois rougeoyer la lumière de la maison. Je marche et je respire le même air qu'ont respiré mes aïeuls voilà bien des siècles. Le son grave et lointain des vagues se cassant sur la plage arrive jusqu'à mes oreilles et l'odeur iodée de la mer se mêle dans mes narines à l'odeur de la terre humide. Je suis fait de la même poussière que la route sur la quelle je marche, et il me semble connaître les arbres qui la longent et que eux aussi me connaissent.

Ni la lumière, ni les vagues, ni les arbres, ni les étoiles ne sont les mêmes qu'il y a quelques années; tout a changé et tout change continuellement. Il demeure pourtant toujours intact quelque chose qui ressemble à une entente immémoriale entre tous ces éléments. C'est cet accord secret dont se souviennent ceux qui se sentent chez eux. Eux-aussi, à une époque lointaine, y avaient donné leur assentiment.

Hier, je fus ici et demain je le serais aussi. Sans aucun doute, je suis bien chez moi.

dimanche 30 octobre 2011

11.

Toujours croire en soi. Mais ne jamais se croire.

 10.

Qu'il a été difficile de savoir que la racine du mal se cachait au plus profond de nos êtres. Et en même temps quel soulagement de savoir qu'il est en nos mains de s'en défaire très simplement.

L'orgueil et la présomption, voilà le mal humain. Ils sont décelables dans tous les mouvements de l'âme. Et si nous leurs résistons, quelle atroce peine, ils nous infligent; le sentiment d'inutilité, le désespoir de la vie, la haine de soi et la haine des autres.

Se casser l'orgueil, et rester très vigilant à ce mouvement de l'âme qui des fois se loue et des fois se dénigre, toujours à tort. Se prosterner tout simplement.

mardi 18 octobre 2011

9.

Qui ne comprend pas mon silence, ne peut pas comprendre mes mots.
8.

Ma tête lourde trône sur mes épaules. Et ne me courbe le dos que son énorme poids. De quoi l’ai-je alourdi? Rien n’était pourtant digne d’être retenu, excepté la lumière d’un soleil absent… et sa lumière ne pèse pas.

Seul le silence me sied comme parole… jusqu’au silence de la nudité originelle, jusqu'à l'extinction de cette ardeur qui me consume l'esprit.

Il demeurera la lumière. Et le silence. Pour m'accompagner sur un chemin de vérité.


 7.

Il y a ce bébé devant moi et je le regarde me sourire.

Sa seule manière d'exister est de s'émerveiller de ce qu'il regarde autour de lui. Il se pose des milliers de questions sur ce qu'il voit: les formes, les couleurs, les mouvements, etc...Mais il ne se pose pas de question sur un quelconque contenu mental qui préexisterait chez lui. Il est totalement neuf et son esprit est absolument vide. Son cerveau ne lui sert qu'à faire fonctionner son corps et à capter les sensations d'un nouveau monde qui s'offre à lui.

La religion vraie est simple: c'est s'émerveiller de ce qu'il y a; pour les autres questions, il n'y a que le silence, non par refus décidé d'en parler mais parce que il se serait déjà éteint dans l'esprit tout intérêt à en débattre. Le vrai silence est la paix lucide de celui vit et qui voit. Peut-être que dans ce silence, le chercheur percevra une vérité qui lui était jusqu'à maintenant inconnue.


6.

Je rentre du travail. Le trafic est très dense. le soir commence à tomber et un gros soleil orange jette ses dernières ombres colorés sur la route. La lumière du crépuscule est extraordinairement apaisante. Je regarde devant moi: Le flot des voitures continue à avancer lentement.

Dans le silence, voilà ce que je vois: Ce qui se passe devant moi se passe éternellement.

Tout avance, bouge, moi, les voitures, les oiseaux, les arbres, les nuages.. mais le temps dans lequel prend place tout ce paysage mouvant, est comme aboli, ou plutôt comme si la même chose se passait éternellement.

Ce n'est pas cette impression, qu'on a tous plus ou moins souvent, du temps qu'on oublie parce qu'on n'en a plus conscience; c'est plutôt exactement l'inverse: je vois que ce qui est devant moi, et moi avec, nous sommes comme dans un temps éternel, ou plutôt comme dans un instant éternellement figé; mais où tout continue malgré tout d'exister et de se mouvoir.

La seule pensée, ou plutôt non pensée qui me vient à l'esprit (car ce n'est qu'un constat que je ne déduis de rien et dont je ne déduis rien) est: "Il y a ce qu'il y a. Il se passe ce qui se passe."

5.

L’ululement de la chouette et le hurlement lointain d’un chien errant habillent le silence nu de la nuit. Le son de mes pas, cheminant sur les pavés déserts, remonte à mes oreilles. Ils ont le rythme de la quiétude.

Dans ma tête, il n’ y a ni devant ni derrière, ni avant ni après; seulement ce qui est nécessaire au mouvement régulier de mes pieds au même rythme que les battements de mon cœur. Ma mémoire est inactive et ne consigne rien. Je ne pense peut-être à rien, ou peut-être que je pense à tout! En réalité, je pense qu’il n’y a, en cet instant, aucune nécessité à penser.

Je marchais seul et dans la citadelle de ma solitude mourait une souffrance...et doucement, y fleurissait un silence...
4.

Qui travaille pour sa vie, travaille pour sa mort. Celui qui ne veut pas mourir devra travailler pour ce qui en lui ne meurt pas.

Je regarde cette fourmi qui passe sous mes pieds, transportant diligemment quelques menus vivres vers la fourmilière. Elle me paraît bien humble et sérieuse, faisant silencieusement ce qu'elle a à faire; et je me dis : "Voilà! Elle a tout compris. Elle fait ce qu'elle a à faire en tant que fourmi, sans se soucier ni de l'éventuelle vérité ultime d'un Dieu-Fourmi éternel, ni de la vanité totale de sa misérable condition de fourmi éphémère."

Je pourrai l'écraser, là, maintenant, à l'instant, pour rien, juste pour l'insignifiance de ce geste dans le cours de ma vie, et l'insignifiance de ma vie dans le cours de l'histoire des hommes, et l'insignifiance de l'histoire des hommes dans le cours de la vie sur cette planète et l'insignifiance  de la vie sur cette planète dans le cours de l'existence de l'univers;... mais ce serait peine perdue.

Face à ce que, moi, je crois être son insignifiance absolue, cette fourmi n'aurait qu'à m'opposer, de son point de vue, sa condition relative de fourmi; et elle aura sans doute gagné, car rien n'aura pu empêcher, et ne serait-ce même que légèrement altérer, qu'elle ait fait honneur à sa condition de fourmi jusqu'à la dernière seconde. Et c'est, au contraire, ma seule impudence d'homme qui décrète l'insignifiance d'une fourmi sous ses pieds qui paraitra totalement absurde et déplacée.

Je ne l'ai pas écrasé; je l'ai laissé continué son chemin. Je me suis juste dit, en la voyant s'éloigner: Le destin de l'homme est de grandir. Le corps grandit dans le travail. L'esprit grandit dans l'étude. L'âme grandit dans l'amour. Puis, la mort cueille tout; et je ne pourrais lui opposer que mon silence. Est-ce lui qui en moi ne meurt pas ?
3.

La phrase la plus sage qu'un homme ait jamais prononcée est celle de Socrate: "Tout ce que je sais,c'est que je ne sais rien". Et en même temps, chacun devra à chaque instant de sa vie faire face à ce rien. Là est peut-être son seul devoir: en atteignant ce fond; se décider à vaincre le néant.

Il y a des choses que je peux affirmer à propos de moi-même et de ma vie, des choses qui ne me semblent pas porter en elles les germes de l'erreur et de la controverse comme il m'en est apparu pour toutes les autres questions de la vie, de l'univers et de tout le reste. ces choses là, je les sais, et dans ma vie d'homme, elles ne m'ont jamais déçu.

Ce ne sont ni la religion, ni l'argent, ni la patrie, ni le travail, ni tous les concepts creux des discours religieux, idéologues et politicards. Ces choses sont toutes arguties, querelles et faux débats. Ces choses là font tourner le monde.  Et ce monde n'est pas le mien.

Mes vérités sont plus simples. C'est la senteur florale d'un parfum, la beauté d'une femme, la lumière orange d'un crépuscule, le chant matinal d'un merle, la fraîcheur d'une pluie d'été...Et par dessus tout, le silence d'un ciel étoilé.

Le ciel ne ment pas. Vous me diriez "Mais que lui a tu demandé, pour savoir s'il mentait ou pas?" et je vous répondrai : "Rien. Je ne lui demande rien, justement. Il faut seulement que ces deux silences se répondent, pour qu'il puisse y avoir un début de dialogue."


Comparez le silence éternel du ciel à l'incessant flot de pensées de votre esprit, et réfléchissez bien à cette question: Qui dit vrai?
2.

J'ai décidé de trouver par moi-même une vérité sur laquelle il était possible de fonder ma vie.

J'ai étudié. Beaucoup.

J'ai voulu comprendre. J'ai lu l'histoire des nations et des peuples, les écrits des philosophes et des savants, les exemples des sages et les témoignages des prophètes; j'ai comparé, analysé, réfléchi et médité à beaucoup de ce qui a été dit et écrit depuis les temps anciens jusqu'à aujourd'hui. Mais tout ce que j'ai vu, c'est que des milliers d'années d'études diverses et variés n'ont pas fait avancé l'homme, ne serait-ce que d'un millimètre, sur la piste d'une réponse à ma question. J'ai vu que tout ce qui a été dit et tout ce qui sera dit a répondu ou répondra à d'autres questions, jamais à la mienne.

Heureusement, ma peine ne fut pas toute perdue. Et cette quête, même si elle n'avait pas atteint son objectif premier, a  eu bien d'autres fruits. Car à mesure que j'avançais, lire  m'avaient permis de me libérer de l'emprise de la foule et de l'époque, et de regagner petit à petit mon indépendance vis à vis des conditionnements de la société et de l'histoire. Ainsi, je pouvais de plus en plus me fier à mon propre sens du discernement et me forger mon propre avis sur plusieurs sujets, sans recourir à aucune autorité quelle qu'elle soit, religieuse, politique, ou philosophique.

Les péripéties et les exigences de cette quête m'avaient aussi permis de me libérer d'une autre manière. La solitude aidant, J'ai dû à maintes reprises, faire face à moi-même, et à ma vacuité. J'ai creusé jusqu'au sang, j'ai torturé mon âme, et lui ai fait avouer tous ses secrets. J'ai fait l'examen de ma conscience et me suis confessé à moi-même de toutes mes lâchetés et surtout de tous mes artifices pour les voiler et m'abuser. J'ai fait face à mes échecs et j'ai reconnu mes vanités. J'ai eu pitié de moi-même, j'ai eu honte de moi-même. Mon âme, à certains moments, en a été triste à en mourir...Mais je ne suis pas mort pour autant, ce qui s'est éteint, c'est le mensonge de mon orgueil.


Voilà où j'en suis aujourd'hui: Je sais peut-être certaines choses; mais de la vie, rien que je ne savais pas déjà à ma naissance. Ma conviction est telle que tous les mots de la terre, qu'ils soient profanes ou sacrés, ne pourront jamais me renseigner sur aucune vérité. La réalité est là, devant moi, aussi éclatante qu'un soleil d'été. Et tout ce que je sais ou crois savoir d'elle ne m'est que comme un arbre dont je peux manger les fruits mais qui ne m'est d'aucun secours quand je cherche de l'ombre.

Il ne me reste en définitive qu'à choisir entre l'erreur et l'ignorance; ou me résigner à croire en quelque chose en étant certain que c'est faux ou me résigner à mon incapacité totale à trouver une quelconque vérité.

Il y existe pourtant encore une troisième voie...
1.

Le silence est le privilège des dieux et des morts. Nul ne sait rien de Dieu. Nul ne sait rien de la Mort. Et nul ne sait rien de leur silence. Nous autres humains qui vivons, nous finissons toujours par parler, quand bien même notre unique chance de ne pas nous tromper serait de nous taire.

Nos mots, malheureusement, ne peuvent dire ni ce qui est, ni ce qui n'est pas. Ils ne disent ni les montagnes, ni les songes. Nous habitons un autre monde. Peut-être habitons-nous un intervalle entre les mondes.