lundi 30 janvier 2012

101.

Je m’enfonce, et sans cesse plus loin, dans les cavités de ma propre conscience, ses stalactites et ses stalagmites, ses chauves souris et ses eaux souterraines...

Exercices quotidiens de spéléologie intérieure...Je vous épargne les détails. Je n'en garde de toutes manières dans mon âme, que le souvenir de l'effort; comme le coureur ne garde après le marathon, que le souvenir de l'acide lactique dans ses jambes.

Heureusement, il y a de la vaisselle à faire.  Les assiettes sont entassées dans l'évier depuis trois jours, et il n'y avait rien à faire de mieux que d'aller les laver. Faire la vaisselle est un de mes moments zen préférés. Mon esprit troublé s'apaise; car je ne pense plus à rien; seule demeure l'action de frotter l'assiette, de l'essuyer et de la mettre dans le bac.

En fin d'après midi, je relis  le poème de Rilke: Le torse archaïque d'Appolon" qui décrit la statue d'un Appolon sans tête et qui se termine par cette injonction: " Tu dois changer ta vie". A ce moment là, me revient en pleine figure ce qui me manque: il ne me manque rien de plus qu'une caresse, il ne manque que de toucher et d'être touché.

J'en entends presque ma peau crier !
100.

Je regarde nonchalamment le ciel nocturne...Me frappe d'un coup, l'idée, banale et néanmoins indiscutable, que ce que je vois n'existe pas...ou plutôt n'existe plus. Ce que je vois d'une étoile maintenant n'est qu'un passé révolu. L'étoile a maintenant peut-être disparu, ou peut-être pas; elle est peut-être ailleurs, ou peut-être pas; mais ce qui est certain, c'est que je vois d'elle n'est pas sa réalité.

Cependant, même si je ne peux rien savoir d'elle maintenant,  elle n'est surement pas dans un futur auquel je n'ai pas encore accès. Il n'y a pas de futur qui existe au delà de moi. Où qu'elle soit maintenant, l'étoile ne peut pas m'avoir devancé dans le temps. Où que je sois, il n'y a pas d'existence qui m'ait devancé.

Ma conscience à son extrême limite; mon esprit tant qu'il se détache des objets de sa conscience, existe tout entier dans le présent, et il devance dans le temps tout ce qui peut former la réalité autour de lui.  Non seulement ceci, mais encore, seul lui a la mémoire du passé. Rien de ce qui existe, puisque tout "existe" pour lui dans le passé, n'existe en dehors de lui.

Je suis "la porte", et il n'y a que moi qui puisse accueillir le temps. Aussi, il me faut être, du maximum que je puisse être, afin que mon existence puisse entrer. De mon amplitude d'être dépendra l'intensité de mon existence.

mercredi 25 janvier 2012

99.

Quand trop de médiocrité me fatigue, il me faut un abîme pour me reposer.

J'ai élu domicile dans les ruines de l'esprit, à l'extérieur des nouvelles villes de la sainte ignorance. Certains soirs, je reste seul au milieu des colonnes, et au dessus de ma tête s'étend le ciel étoilé. Je me fais alors archéologue, et je parcours ces ruines abandonnées, à la recherche des traces des anciens. Je trouve des textes, des phrases, des citations; je les tourne et retourne dans tous les sens, et puis je me dis que c'est beau et que c'est vrai.

C'est peut-être une vie dans les ruines; mais c'est une vie meilleure quand même. Et elle vaut la peine.

mardi 24 janvier 2012

98.

Les hommes, après qu'ils ne viennent au monde, se divisent assez rapidement en deux catégories: ceux qui sont étonnés d'exister; et ceux qui vivront et mourront sans même s'en rendre compte.

Tous ensemble, ils constituent le corps social qui vit à travers eux et à leur place; qu'il soit appelé famille, village, cité, corporation, classe, race, patrie, communauté, importe peu. Ce corps social veut les nier. Et il y arrive; car les plus nombreux, et de loin, sont ceux qui participent de gré à l'oeuvre de leur propre élimination. Toutes leurs vies passent ainsi dans des croyances, des relations, des appartenances, des travaux, des occupations et des fonctions, qui auraient pu être autres et qu'ils pensent avoir choisi (et que le plus souvent, on a choisi pour eux) sous l'effet de quelque besoin, tradition, influence ou hasard.

Il reste qu'au sein de ce massacre, certains ouvrent les yeux. Ce sont généralement des personnes de la première catégorie. Ce sont des marginaux irréductibles qui n'existent que comme singularités, c'est à dire qui n'existent que dans cette solitude impénétrable à laquelle les condamne la nature humaine.

Ceux-là n'ont pour domaine que l'infini du monde et du ciel. Et dans cet infini-là, ils se cherchent; car vivre pour eux, c'est cela:  parvenir à se rencontrer. Pour la première...
et la dernière fois. 

dimanche 22 janvier 2012

97.

Instinctivement, je tends la paume de ma main gauche et mes doigts prennent la posture de la Jnana-Mudra. Le pouce rejoint l'index replié et les trois autres doigts s'allongent doucement sur la table. Mon ennui se transforme instantanément en méditation et la vacuité de mon existence individuelle s'insère parfaitement dans la ronde éternelle de la terre autour su soleil.

Je ne suis pas hindouiste, je n'appartiens à aucune secte, je ne crois pas en Shiva et je ne parle pas sanskrit; ne m'imaginez pas enveloppé dans un tissu jaune, et assis en lotus devant un lac ensoleillé; non, c'est bien habillé d'un costume gris, et assis devant un écran d'ordinateur, en plein milieu de ma journée de travail que je fais ce geste.

Face à la réalité, la paix a parfois des formes d'insurrection très calmes.
96.

Si l'on prend tout au sérieux, la vie serait tragiquement désespérante. Et si l'on tourne tout en dérision, elle serait affreusement ridicule. Il faudrait apprendre à se moquer de tous ses chagrins; et en même temps; ne pas croire à toutes ses joies.

Pour occuper l'après midi, je suis parti lire "le bréviaire des vaincus" de E.M. Cioran en bord de mer. Mon âme encline à la mélancolie a trouvé son compte dans les formules nihilistes du philosophe. Entre-temps, mon corps s'est délecté à la chaleur du soleil qui éclairait cette après-midi hivernale. J'avais trouvé le bon équilibre entre le désespérance nécessaire à toute lucidité et la joie nécessaire à la poursuite de la vie.

jeudi 19 janvier 2012

95.

Il m'a fallu relire d'un peu plus près, le premier chapitre des "Confessions d'un enfant du siècle" d'Alfred de Musset, pour comprendre que c'était mon "romantisme" forcené qui m'empêcherait toujours de connaître les joies de l'amour terrestre tel qu'il est vécu par les millions, et que je ne saurais jamais aimer de cet amour-là tant que je porterais encore dans le coeur ce désir têtu d'une passion parfaite, exclusive et fusionnelle.

D'autant plus que je comprenais parfaitement que ce désir n'avait pour objet en définitive, que la Femme en général, et donc dans la réalité, aucune femme en particulier. Tout l'art d'aimer concrètement découle cependant de ce constat; il serait peut-être là le secret: dans le travail et l'art de faire naitre La Femme dans une femme.
94.

Comment ensuite ne pas succomber au charme de cette si gracieuse affectation de l'esprit qu'on appelle "mélancolie"? Et sur laquelle on se tient debout devant le spectacle de nos vies et du monde, comme devant des ruines qu'on surplomberait du haut de notre aristocratie du goût et de l'esprit; et qui nous fait dire avec cet air, ni révolté, ni abattu, mais désabusé : "Ce monde n'est pas pour nous..."; et juste en en détournant les yeux, se languir de nostalgie à une patrie imaginaire ayant existé ailleurs et en d'autres temps.

mercredi 18 janvier 2012

93.

...déserrer le noeud de la cravate...

se dire que la journée à été longue. enlever les lunettes. se masser les yeux et les tempes. soupirer. se redresser voir ce qu'il y a sur l'écran. en détourner rapidement la tête. prendre la paquet de cigarettes. en sortir une. hésiter. l'allumer quand même. en tirer une bouffée ou deux. amère. l'écraser sur le cendrier. boire un verre d'eau. regarder sa montre. le journal. "révolution" en cours. fermer les yeux. les rouvrir.

Se relever. aller à la cuisine. ouvrir le frigo. rien. retourner au salon. s'asseoir devant le pc. essayer d'écrire quelques lignes. impossible d'aligner deux phrases à la suite. fumer une autre cigarette. se retourner à droite, puis à gauche. rien. se décider à aller se coucher.

(...)

... se réveiller. serrer le noeud de la cravate. boire un café. fumer la première cigarette. s'arrêter au feu. dire bonjour. ouvrir le pc. essayer d'écrire quelques lignes. noter un rendre-vous.répondre au téléphone. attendre. dire bonsoir. s'arrêter au feu. changer fréquemment de chaîne de radio. boire un autre café. se décider à rentrer. aller retirer de l'argent. solde insuffisant. acheter du pain et des yaourts. chercher une place pour la voiture. ne pas en trouver.

Arriver à la maison. silencieuse. toutes lumières éteintes. s'asseoir sur le fauteuil du salon...ouvrir le poste de télé. réduire le volume...

... déserrer le noeud de la cravate,... (revenir à la première ligne)


Titre du Tableau: Cercle.

lundi 16 janvier 2012

92.

"Pour résussir sa vie, un homme doit faire un enfant, planter un arbre et écrire un livre." Compay Segundo

Rien n'est perdu et tout est encore possible...Une fille, un cerisier et le roman de ma solitude.
91.

De mon bureau, je peux apercevoir la montagne.

J'ai son double dans mon coeur. Et j'essaie de le grimper chaque jour, en me disant que son sommet est au delà des nuages, et que peut-être le soleil y rayonne toujours; mais je m'épuise bien avant d'avoir dépassé les premières pentes. Je redescends, je me perds dans la foule.

En bas, c'est un désert qui s'offre à ma vue. Je ne sais où aller, et pourquoi y aller. Alors, je tourne en ronds sur le sable autour d'un arbre perdu. J'avance puis je reviens sur mes pas. Je passe la journée à scruter les mirages qui dansent ça et là, et des corbeaux, des fois, apparraissent  dans le ciel...

Mon nom, mon histoire, ma patrie, ma religion, ma langue, mon métier,...Tout cela ne me suffit pas. Tout cela n'existe pas quand je suis seul. Dans la solitude, on apprend à nommer les choses et non plus à être nommé par les choses.

Et puis vient le soir, et il est alors nécessaire d'allumer un feu, pour se nourrir, pour se protéger, pour se chauffer. J'y mets à brûler du papier: des journeaux, des livres de poésie, de philosophie et d'histoire. Au coin du feu, je regarde les étoiles, je parle au vent, je me raconte des rêves, des légendes et des prophéties. Puis, je l'éteins sous un peu de sable, et je m'endors.

La terre n'aura jamais été aussi peuplée; et pourtant le "mal du siècle" sera la solitude. Je ne suis qu'un précurseur.
90.

Un proverbe chinois dit ceci:  "Quand on a dix pas à faire, neuf n'est que la moitié du chemin". Nous n'avons pas fait la moitié du chemin;  au mieux un pas, probablement moins. Et nous sommes encore très loin. Il nous en reste encore pour deux à trois siècles. Ce n'est pas beaucoup.

vendredi 13 janvier 2012

89.

J'ai mal choisi mes études et ma profession, j'ai mal choisi mes amis et mes amours, j'ai mal choisi mes habitudes et mes engagements. Et si, à l'époque, j'avais su que je me trompais, je n'aurai peut-être jamais fait ce que j'ai fait. Mais on n'apprend ces choses là que trop tard; et on l'apprend toujours à ses dépens.

Le fait est que je ne suis aujourd'hui, que la somme de toutes ces erreurs-là; le résultat de ce qu'elles ont fait de moi. "Celui qui aurait pu être", n'a jamais existé ailleurs que dans mes rêves. Et c'est de ceux-là que je dois m'éveiller.

Tiens ..en parlant de rêves...

Je me rappelle de cette histoire où, pendant un songe, un homme s'est vu en train de marcher sur la plage à côté de Dieu; et regardant derrière lui, s'apercevoir que toute sa vie, il y avait toujours une double trace de pas sur le sable, la sienne et celle de Dieu, sauf pour les seuls jours où il traversait les pires épreuves de sa vie;  là, il ne demeurait sur le sable qu'une seule trace de pas.

L'homme furieux demandait alors à Dieu: "Pourquoi m'as tu abandonné pendant mes jours difficiles?" et celui là de lui répondre: "Eh bien mon ami! Je ne t'ai jamais abandonné; ces jours-là, c'est moi qui te portais."

Il faut croire que c'est Dieu qui m'as porté aujourd’hui.

jeudi 12 janvier 2012

88.

Personne ne naît avec les mots sur la langue, ni le talent dans les doigts.

L'homme en général continue, imite, vole, répète, radote, fait le singe...sauf de temps en temps, où il parvient au plus impulsif de ce qui le commande, au plus autonome de ce qui vit dans sa vie; alors lui échappe un éclair qui illumine sa piètre contrefaçon; et il initie quelque chose de nouveau.
87.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne va pas comme sur des roulettes.

Non, ça coince, ça grince, ça crisse, ça craque et ça cliquète de partout... Même que ça bloque des fois. Et c'est partout pareil, pour tout le monde. ça rame et ça galère comme jamais, comme pas possible.

Et chaque jour, il faut pousser encore la pierre; et chaque jour, la pierre devient de plus en plus lourde. Chaque jour, il faut trouver les raisons pour continuer, et chaque jour y'en a de moins en moins.

Et on fatigue..de plus en plus...on tend les bras, on plie les genoux, on se creuse la cervelle, on se crève le coeur, on prend sur soi; et on se dit que c'est plus possible de continuer comme ça, non c'est vraiment plus possible, même si on le voulait.

Et puis on efface tout d'un simple revers de la main. Et on se dit: elle est quand-même bien foutue cette vie! Malgré tout!

lundi 9 janvier 2012

86.

La différence entre le virtuose et le débutant est que ce dernier joue seule chaque note de la partition, en y mettant à chaque fois toute son énergie, ...un peu comme si elle était la dernière; puis se voit obligé de répéter, à nouveau, le même geste pour la note suivante. D'où ses défaillances, ses hésitations, ses fausses notes, la disharmonie de sa prestation.

Le virtuose, lui, joue la totalité de la partition et déploie sa maîtrise et son énergie sur l'ensemble de l’œuvre; amenant ainsi son auditoire vers le dénouement de la symphonie, au rythme qu'il choisit. Il n'hésite pas, voit plus loin que la note qu'il joue, n'a pas besoin d'insister sur les étapes du parcours, mais se laisse aller, et le public avec lui, au rythme de la composition.

Telle est la leçon de la musique. Si on faisait l'analogie avec la vie d'un homme, j'en tirerais la conclusion suivante:  On ne voit jamais à l'avance la totalité du chemin, d'où l'importance de ne considérer ni chaque épreuve ni chaque victoire comme étant les dernières; mais toujours croire que la route vers la maison se poursuit encore...Tant que dure la musique.
85.

Je m'approche de la sortie. Je n'arrive pas encore à mettre la main sur la clé, mes mains tremblent encore un peu, mais il est clair que je ne m'en suis jamais autant rapproché que maintenant.

La porte m'est apparue lorsque j'ai essayé de répondre à la question suivante: "Avec quels yeux est-ce que je vois le monde?" et que la réponse, qui s'est imposée à moi dans toute son évidence: "les miens, bien sur!" m'avait bien éclairé, tellement elle m'apparaissait naturelle, mais qu'en même temps, elle me renseignait d'une façon radicale sur l'étroitesse de mon point de vue.

C'est ça la clé: je ne vois encore le monde que via mes deux seuls yeux. C'est comme si j'étais  ma propre cellule de prison, et que je ne voyais le monde que des deux fentes dans le mur que seraient mes yeux.

Cette cellule est quand-même une merveille d'astuce et de ruse. C'est un dédale inxetricable de couloirs, de souterrains, de chambres, de ruines, d'escaliers, d'impasses et de cours extérieures; elle a l'exacte dimension de mon corps; et il va faire trente et deux ans que j'y vis, c'est à dire depuis toujours.

Et si je ne parvenais jamais à en sortir, c'est parce que je ne savais même pas que j'y étais enfermé.

J'avais déjà lu cela des milliers de fois (et ce n'est pas une figure de style, des milliers de fois littéralement), et dans toutes les traditions du monde: Mourir avant de mourir; se désintéresser de soi, se libérer de l'égo; mais je ne l'avais jusque-là jamais compris moi-même comme cette fois.

Il ne tient qu'à moi à présent de me diriger vers la porte et de sortir à l'air libre.
84.

ça aurait une après midi perdue, si ce n'est que j'ai eu la chance de tomber parmi les très nombreux liens de la toile sur une magnifique vidéo d'un chef d'orchestre qui parlait de musique classique et d'yeux qui brillent. Il s'appelle Benjamin Zander.

Il  a fini son intervention en racontant une histoire dont je retiens la fin: "Ne jamais dire que ce qui est digne d'être sa dernière parole."
83.

Dimanche après midi; l'heure est à la sieste, mais les travaux chez le voisin ne le permettent pas. Les coups de marteau sur le mur mitoyen résonnent à l'intérieur de ma boîte crânienne et m'empêchent de fermer l'oeil. Tant-pis, ce sera l'occasion de boire un autre thé et fumer quelques cigarettes de plus.

Ceci dit, et je dois le reconnaître, le bruit n'est pas la vraie raison. Je m'endormirais comme un loir si j'étais vraiment d'humeur à dormir. Non, cet après-midi, je ne dormirai pas parce que je n'ai pas la paix; et cette agitation diffuse et sans raison me rend la tête encore plus bruyante que l'appartement de mon voisin.

En définitive, je pense que le seul devoir moral que nous avons, c'est de toujours veiller à nous aménager de larges plages de paix à l'intérieur de nos têtes. Des plages propres, ou l'horizon est lointain et la lumière douce, là où la conscience peut dormir.

vendredi 6 janvier 2012

82.

Comme ces rustres qui abattaient les arbres séculaires du jardin parce qu'il les trouvaient "infestés" de rossignols; dans l'empire de la laideur aussi, nos zélotes ne veulent cacher les corps des femmes que parce que, surement, ils doivent les trouver "infestés" de beauté.

Sans doute considèrent-ils que c'est une insulte à leur médiocrité.

***

(J'ai utilisé le terme "juif" de zélotes parce qu'il m'est apparu clairement, après quelques lectures, qu'il existe dans l'islam et tout le corpus qu'il traine derrière lui aujourd'hui, une certaine analogie avec le judaïsme d'il y a deux mille ans. Et il existe chez les musulmans actuels ce qui ressemble étrangement aux groupes juifs sadducéens, pharisiens et zélotes de cette époque, et aux réactions diverses et ambigus de ces derniers quant à la doctrine religieuse, à l'identité du peuple juif et à l’hellénisation de sa culture en ce temps-là.)
81.

Mes fragments ne sont pas des morceaux de littérature; même quand, prétentieusement, je voudrais leur donner cet air.

Pour l'instant, il ne me sert de les écrire qu'à meubler le temps perdu; ce temps perdu qui n'est que ma vie elle-même. Pourtant, tout cela n’est qu’un jeu éludant l’essentiel, et tout au fond de moi quelque chose reste encore emprisonné, je ne sais pas quoi exactement.

Je dois continuer à creuser, creuser jusqu'à me transpercer l'âme. Peut-être qu'il en jaillira quelque chose; ou pas.

jeudi 5 janvier 2012

80.

Etty Hillesum est une jeune juive néerlandaise morte dans un camp nazi en 1943 à l'âge de 29 ans.

J'invite tout le monde à jeter un coup d'œil à son histoire et son destin. Elle a écrit un journal, publié quarante après sa mort sous le titre "une vie bouleversée", où elle y raconte sa vie, ses angoisses, son époque meurtrière, et surtout son propre cheminement spirituel pendant les trois dernières années de son existence.

Son exemple est exceptionnel.

***

On ne peut pas vraiment choisir parmi les nombreux extraits du journal. Aussi, je m'en tiens à quelques citations trouvés sur Internet (et il en reste encore énormément):

"Le soleil m’inonde le visage et sous nos yeux s’accomplit un massacre.

"La vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l’on sache y ménager une place pour tout et la porter toute entière en soi dans son unité ; alors la vie, d’une manière ou d’une autre, forme un ensemble parfait."

"J'essaie toujours de retrouver la place de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes."

 "Processus lent et douloureux que cette naissance à une véritable indépendance intérieure. Certitude de plus en plus ferme de ne devoir attendre des autres ni aide, ni soutien ni refuge, jamais. Les autres sont aussi incertains, aussi faibles, aussi démunis que toi-même. Tu devras toujours être la plus forte. Je ne crois pas qu'il soit dans ta nature de trouver auprès d'un autre les réponses à tes questions. Tu seras toujours renvoyée à toi même. Il n'y a rien d'autre."

"vivre totalement au dehors comme au dedans, ne rien sacrifier de la réalité de la vie extérieure à la vie intérieure, pas plus que l'inverse, voilà une tâche exaltante."

mercredi 4 janvier 2012

79.

Mes inquiétudes ont le plus souvent découlé d'un besoin incessant de me délivrer de toute fausseté et de toute imposture, qu'elle soit consciente ou inconsciente. Le hic est que tout pas que je fais vers ce but m'en éloigne encore un peu plus.
 
En sortant de la douche ce matin, j'ai constaté avec étonnement et un peu d'amertume que, sans le savoir, je me suis toujours secrètement vécu comme une sorte de prince. De là, beaucoup d'erreurs. La vérité est que je ne peux être qu'un prince sans royaume.

mardi 3 janvier 2012

78.

Une fois il y a dix ans, encore étudiant à la faculté, je m'étais trouvé une certaine nuit d'hiver, dans les rues de Tunis, totalement ivre, et presque acculé à dormir dehors.

Je m'étais séparé de mes amis de beuverie vers onze heures du soir, pour prendre un des derniers métros qui sortaient de la gare Barcelone. Tout ce que j'espérais, c'était accrocher un métro, m'affaler sur le siège et ne plus penser à rien jusqu'à mon arrivée à la maison. Mais j'étais arrivé à la gare ivre-mort; et je ne pouvais quasiment plus lever la tête sans que la terre ne s'ouvrit littéralement sous mes pieds.

Assis sur le banc en acier du quai, je regardais arriver les derniers métros l'un après l'autre, leurs portes s'ouvrir, se refermer; et enfin partir vers leurs destination; sans qu'à aucun moment je ne puisse faire l'effort d'y monter.

Il a fallu que je dorme quelques heures sur les banc de la gare, le temps de reprendre mes esprits; pour qu'enfin, je puisse renter vers trois heures du matin dans un taxi que je n'ai payé  que le lendemain.

...

Aujourd'hui, j'ai cette même impression. Je regarde partir les trains du bonheur, l'un après l'autre sans que je ne puisse accrocher aucun. Je les vois qui s'approchent, m'attendent un moment et puis partir. Et moi, collé à mon banc en acier, peut-être devenu moi-même aussi froid que l'acier, je ne fais qu'ouvrir les yeux un moment, me désespérer de ma lourdeur et puis les refermer.

lundi 2 janvier 2012

77.

Je peine à écrire des fictions, et pour cause: je n'imagine jamais rien. Et je me retrouve chaque fois suant à presser un réel asséché, espérant encore, y trouver quelques gouttes de jus frais.

Je n'y trouve rien; et c'est alors que je retrouve ma sueur noire sur la feuille.
76.

Nous sommes soumis aux mêmes lois physiques qui gouvernent la nature.

Comme les particules élémentaires tournoyant dans le vide intersidéral et s'accumulant pour former des noyaux, des atomes et des molécules, nous tournoyons dans le néant des mondes et nous nous accumulons pour former des couples, des familles et des nations.

Je ne serai pas surpris que l'amour, la haine, la solidarité et la peur qui unissent et désunissent les âmes des humains depuis la nuit des temps, s'avèrent être de la même nature que les quatre interactions fondamentales de la physique.

***

P.S: Ce genre de réflexion est un exemple typique des analogies hasardeuses qui se font et se défont à longueur de journée dans mon esprit; à la recherche d'une place pour l'homme dans ce coin perdu de l'univers. 

Je sais pertinemment qu'elles n'avancent à rien, ne résolvent rien, ne distraient personne et n'aident personne à réféchir. Mais que faire? L'initulité n'est-elle pas le sceau de bien des oeuvres de l'umanité ?
75.

A cause de quelques circonstances indépendantes de ma volonté, j'ai du hier, faire un trajet de deux cents kilomètres sans assurance automobile. Je n'ai pu compter, pour m'en passer, que sur une conduite tranquille et un peu de chance. Et fort heureusement, je n'en ai pas eu besoin.

Il m'a paru enfin que somme toute, ce n'était pas si différent de la vie en général; c'est un trajet sans assurance, où on ne peut compter, pour le parcourir sereinement, que sur sa bonté et un peu de chance. Toutes les prétendues assurances que les gens se tuent à payer ne garantissent rien. Même celle qu'on dit garantir l'éternité bienheureuse.

Il y a bien sur les autres, les flambeurs; ceux qui se crachent lamentablement sur les platanes bordant les routes de la vie. Ceux-là aussi n'ont pas besoin d'assurance,  mais ils n'arrivent nulle part.
74.

Sans les arbres qu'il fait vibrer, le vent serait invisible. Sans les âmes qu'il fait prier, Dieu serait inconnaissable.
73.

«La révolution ne devient jamais profession».

Ce n'est pas moi qui le dis, cela a été écrit il y a presque un siècle par un homme qui s'offusquait du détournement stalinien de la révolution d'octobre.

Sans cela, tout se travestit; le mensonge du mythe révolutionnaire envahit peu à peu les murs de la nation telles les branches du lierre sur les façades des bâtiments; et une caste de nouveaux professionnels monopolise toutes les valeurs de la révolution, dans l'unique but de dissimuler la source de son pouvoir et de ses privilèges.

Dieu! combien cela est toujours actuel!

dimanche 1 janvier 2012

72.


Il existe au cœur de l'océan atlantique, une mer longue de 3000 kilomètres, où il n'y a ni vents, ni vagues, ni courants océaniques. Elle est appelée "la mer des sargasses" du nom des très nombreux bancs d'algues "sargassum" qui y flottent et s'accumulent en surface. Autrefois, cette mer était crainte par les équipages qui sillonnaient l'océan atlantique, parce que son calme plat entravait considérablement la progression de leurs voiliers et les condamnait à la quasi-immobilité.

Je me trouve exactement comme en plein milieu de ma propre mer des sargasses. L'ancien monde est derrière moi. Je n'ai pas atteint le nouveau; et si je veux me sauver de cette vie d'algue flottante, il faudra bien que je rame. Car je ne trouve dans mon époque, mon pays et ma propre vie, ni vents, ni vagues, ni courants...

Oui, ramer tant qu'il y a de la force dans les bras. Et puis chanter aussi; chanter puisqu'il ne restera rien de nous, sinon une mélodie. 
71.

Pour l'année qui commence :


La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours, puisque je le dis
Puisque je l’affirme,

Au bout du chagrin, une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler, faim à satisfaire
Un cœur généreux

Une main tendue, une main ouverte
Des yeux attentifs

Une vie, la vie à se partager.

Paul Eluard