mardi 3 janvier 2012

78.

Une fois il y a dix ans, encore étudiant à la faculté, je m'étais trouvé une certaine nuit d'hiver, dans les rues de Tunis, totalement ivre, et presque acculé à dormir dehors.

Je m'étais séparé de mes amis de beuverie vers onze heures du soir, pour prendre un des derniers métros qui sortaient de la gare Barcelone. Tout ce que j'espérais, c'était accrocher un métro, m'affaler sur le siège et ne plus penser à rien jusqu'à mon arrivée à la maison. Mais j'étais arrivé à la gare ivre-mort; et je ne pouvais quasiment plus lever la tête sans que la terre ne s'ouvrit littéralement sous mes pieds.

Assis sur le banc en acier du quai, je regardais arriver les derniers métros l'un après l'autre, leurs portes s'ouvrir, se refermer; et enfin partir vers leurs destination; sans qu'à aucun moment je ne puisse faire l'effort d'y monter.

Il a fallu que je dorme quelques heures sur les banc de la gare, le temps de reprendre mes esprits; pour qu'enfin, je puisse renter vers trois heures du matin dans un taxi que je n'ai payé  que le lendemain.

...

Aujourd'hui, j'ai cette même impression. Je regarde partir les trains du bonheur, l'un après l'autre sans que je ne puisse accrocher aucun. Je les vois qui s'approchent, m'attendent un moment et puis partir. Et moi, collé à mon banc en acier, peut-être devenu moi-même aussi froid que l'acier, je ne fais qu'ouvrir les yeux un moment, me désespérer de ma lourdeur et puis les refermer.

20 commentaires:

  1. Aujourd'hui, il y a aussi les taxis de bonheur, tu peux accroché un..sans payer aujourd'hui ni le lendemain:)

    Mais parfois il ne faut pas attendre les trains ou n'importe quel moyen, il suffit de marcher.. marcher un tout petit peu..parce qu'il y a un court chemin

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  2. @Anonyme: Merci.

    Marcher? il faudra que je me lève d'abord, non?? Et puis vous dites il y a court chemin; Sur quelle carte est-il tracé celui-là?

    Savez vous ce qu'avait dit salomon: "Il ya quatre choses que je ne peux pas comprendre: la trace de l'aigle sur le ciel, la trace du serpent sur la roche, le chemin du navire en pleine mer...et le chemin de l'homme vers le coeur d'une femme."

    Mon chemin, s'il existe, est un de ceux-là; et ils ne sont tracés sur aucune carte.

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  3. accrocher*
    Merci pour la réponse:)
    le chemin dont je parle est tellement fin qu'aucune carte n'a pu le supporter, tu ne peux pas le voir par les yeux..mais tu peux l'apprécier par le cœur.
    peut être,nous ne voyons pas les choses du même coin.. pour moi,ma grande découverte c'est comprendre la langue de la foi et sentir sa trace partout dans ma vie.

    ps: j'espère ne pas t'embêter par mes commentaires qui semblent hors sujet.

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  4. D'abord vous ne m’embêtez pas. Au contraire.

    Vous me parlez d'exercices funambulesque là :). Et j'ai eu ma période "funambule", il y a déjà un moment.

    La foi est une grande question à laquelle je ne peux aujourd'hui répondre que par le silence. (Sur un ancien blog (où je faisais le funambule justement) j'écrivais ça: http://coeos.wordpress.com/2009/05/31/quest-ce-que-la-foi/ )

    Sinon; c'est vrai, nous ne pouvons jamais voir les choses d'un même angle, chacun est toujours sur son propre chemin; au mieux nous pouvons nous tenir par les mains pour nous soutenir mutuellement.

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  5. rien à ajouter.
    Espérons bien que vous trouverez le chemin vers votre bonheur désiré:)

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  6. je connais ce sentiment d'immobilité...
    mais tu écris, et, quelque part tu saisis le train qui passe et la quête impossible du Bonheur.

    pour une fois, voici une citation de ma part


    "Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit." Marguerite Duras

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  7. Milady, Quel plaisir de vous voir ici à nouveau.

    Se taire, hurler sans bruit; oui, sans doute, Il n'y a d'ailleurs pas de raison pour déranger le monde; il me suffit que m'entendent quelques cœurs attentifs.

    A bientôt.

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  8. Je regarde partir les trains du bonheur, l'un après l'autre sans que je ne puisse accrocher aucun..j'ai la même impression

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  9. Mais chimère, allons donc! ne croyez jamais ce que je dis! N'ayez pas la même impression que moi. Tous les trains n'ont pas encore sifflé.

    Ayez l'optimisme paradoxal.

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  10. Sympa l'idée du site! Merci :)
    PS: Très beau texte, encore une fois.

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  11. je ne crois pas qu'on rate le train qui nous est vraiment destiné, mais c'est de notre impatiente peut être ou juste de l'attente épuisante que nait le sentiment d'avoir rater quelque chose. je suis persuadée que pour le bon train on trouvera l'envie la force et même l'enthousiasme pour se relever de tout son être, hater les pas et même courir un petit peu pour sauter dans le train tant attendu.

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  12. Merci Lilia.

    Ceci dit, qui sait quand c'est le bon train?

    Et tant mieux je dirais: l'essentiel est peut-être de faire un bout de de voyage en train non d'aller quelque part en particulier...

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  13. "ce n’est pas seulement l’endroit où l’on va qui donne un sens à la vie, mais la façon dont on s’y rend." disait marc levy
    certes c'est en quête d'aventure qu'on prend un train et encore, c'est le voyage qui compte, la destination n'est pas une finalité en elle même.
    bonne journée :)

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  14. Ton histoire me fait penser à un petit texte que j'a lu récemment :

    "One day, a man found a cocoon of a butterfly. Soon, a small opening appeared. He sat and watched the butterfly for several hours as it struggled to squeeze its body through the tiny hole. Then it stopped, as if it couldn’t go further. So the man decided to help the butterfly. He took a pair of scissors and snipped off the remaining bits of cocoon. The butterfly emerged easily but it had a swollen body and shriveled wings. The man continued to watch it, expecting that any minute the wings would enlarge and expand enough to support the body. Neither happened!

    In fact the butterfly spent the rest of its life crawling around. It was never able to fly. What the man in his kindness and haste did not understand was that the restricting cocoon and the struggle required by the butterfly to get through the opening was a way of forcing the fluid from the body into the wings so that it would be ready for flight once that was achieved."

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  15. @Infinity: pensez vous alors que toute ces efforts sans résultats sont destinés à me permettre de voler un jour? :)

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  16. Je pense que la vie est une rencontre avec soi-même, et qu'on atteint immanquablement ce qu'on désire réellement au plus profond de nous-mêmes. Nos efforts aboutissent à cela. ET ce n'est pas évident à savoir ces choses-là .. je n'ai pas rencontré beaucoup de gens qui ont atteint un tel degré de lucidité et de clarté face à eux-mêmes. D'ailleurs, qui pourrait facilement prétendre à cela.

    Peut-être, un des signes (enfin pour moi) qu'on y est, est quant on va jusqu'à tout donner pour rien en retour, pour ce qu'on aime ... mais tout cela est excessivement idéal pour la plupart des gens.

    comme disait Rumi:

    "Dis moi ce que tu cherches ,je te dirai qui tu es :
    Si tu es à la recherche de la demeure de l'âme ,tu es une âme
    Si tu es en quête d'un morceau de pain ,tu es du pain.
    Si tu peux saisir le secret de cette subtilité, tu comprendras:
    Chaque chose que tu recherches, c'est cela que tu es."

    je te souhaite sincèrement d'arriver à bon port et de voler

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  17. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  18. ~~~~

    "la trace de l'aigle sur le ciel, la trace du serpent sur la roche, le chemin du navire en pleine mer", il y a quelque chose de commun entre ces trois "traces" ou empreintes, elles sont ce qui "se perd" -inéluctablement dans la nature- à partir de la force qui anime et fait avancer le bateau ou l'aigle .. et sont en quelque sorte ce qui donne au temps un sens, ce qui fait qu'on ne peut pas retourner dans le passé.

    Pour saisir l'idée, on peut imaginer une sorte de poisson idéal qui avance dans l'eau sans laisser la moindre trace, il ne cède absolument rien à son environnement et aussi n'a besoin ni de dormir ou de manger. Ce poisson fait alors à la fois partie de ce monde et n'en fait pas partie. Pour lui le temps n'existe pas, puisqu'il ne finit, ni ne commence.
    Par extension, ce qui n'est pas parfait, son action est objet à l'erreur ou à une non-idéalité, est temporel.

    pour ce qui est du chemin d'un homme vers le cœur d'une femme, à mon sens, il ne peut se soumettre à aucune logique, ni compréhension, puisque de nature, l'amour nous place au delà du bien et du mal, là où il n'y a plus de connaissance, ni d'ignorance d'ailleurs. Une sorte de retour à l'avant avènement du temps. Avant "l'erreur" de Adam et Ève.

    Intéressante ta citation de Soliman. Il y a comme un lien entre "erreur" et "existence du temps". (a-il dit d'autres choses du même genre)

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  19. @Infinity: Honoré par ta présence et tes commentaires :)

    "Chaque chose que tu recherches, c'est cela que tu es" : Oui. sans doute que chacun de nous est appelé à être ce qu'il est, à être sa nature.

    Concernant Soliman, il y a aussi "le livre de l'écclesiaste" qu'on lui attribue; et que j'aime beaucoup.

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  20. Disons que la citation m'a bien inspirée.
    Merci pour la référence.

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