mardi 24 janvier 2012

98.

Les hommes, après qu'ils ne viennent au monde, se divisent assez rapidement en deux catégories: ceux qui sont étonnés d'exister; et ceux qui vivront et mourront sans même s'en rendre compte.

Tous ensemble, ils constituent le corps social qui vit à travers eux et à leur place; qu'il soit appelé famille, village, cité, corporation, classe, race, patrie, communauté, importe peu. Ce corps social veut les nier. Et il y arrive; car les plus nombreux, et de loin, sont ceux qui participent de gré à l'oeuvre de leur propre élimination. Toutes leurs vies passent ainsi dans des croyances, des relations, des appartenances, des travaux, des occupations et des fonctions, qui auraient pu être autres et qu'ils pensent avoir choisi (et que le plus souvent, on a choisi pour eux) sous l'effet de quelque besoin, tradition, influence ou hasard.

Il reste qu'au sein de ce massacre, certains ouvrent les yeux. Ce sont généralement des personnes de la première catégorie. Ce sont des marginaux irréductibles qui n'existent que comme singularités, c'est à dire qui n'existent que dans cette solitude impénétrable à laquelle les condamne la nature humaine.

Ceux-là n'ont pour domaine que l'infini du monde et du ciel. Et dans cet infini-là, ils se cherchent; car vivre pour eux, c'est cela:  parvenir à se rencontrer. Pour la première...
et la dernière fois. 

2 commentaires:

  1. Naturellement, ce genre de rencontre bien qu'unique, est infinie :)

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  2. Oui, sans doute. Mais c'est pour cela aussi que c'est extrêmement difficile.

    "C'est la quête qui donne son vrai sens à la rencontre, et il faut beaucoup marcher pour atteindre ce qui est tout près." J.Saramago.

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