dimanche 27 novembre 2011

47.

Malgré toutes les apparences qui laissent penser le contraire, il est certain que sans une confiance sous-jacente dans la nature, la vie, les hommes et un fonctionnement rassurant de la totalité de l'existant en général; il nous aurait été impossible de nous lever le matin, de quitter nos domiciles et d'aller vaquer à nos occupations habituelles; nous aurions été complètement et indéfiniment paralysés et incapables de vivre.

mais ce n'est pas le cas; et ce parce que antérieurement à toute pensée, à toute réflexion et à toute conclusion; nous avons toujours eu confiance. Mais puisque nous ne le savons pas encore; nous nous laissons mener par nos pensées, nous nous imaginons vivants dans un temps qui avance irrémédiablement, nous jugeons ceci bon et cela mauvais, nous râlons, nous nous indignons, nous nous attristons, nous pensons à la misère, à la politique, au sexe, aux soucis du quotidien et à mille et une autres questions sans réponses.

Et nous oublions en chemin que sans la confiance profonde et inhérente aux battements de nos cœurs, nous n'aurions pas pu ne serait-ce qu'oser ouvrir les yeux et considérer notre présence dans cet univers si inconcevablement gigantesque pour nos cervelles.

46.

Je suis au balcon pour fumer ma cigarette habituelle d'après déjeuner. Je regarde l'arbre central du jardin, un palmier majestueux.

Pour quelques instants, j'interromps mon commerce coutumier avec mon esprit et fixe longuement cet arbre dans le seul but de le voir. Pour une fois, je ne me demande pas s'il s'ennuie ou pas à être toujours là,  constamment droit, à ne rien faire que de lancer ses feuilles au soleil... mais je le regarde comme si je ne le connaissais pas.

Il m'apparaît alors dans toute la splendeur de son existence. Racines en terre et branches au ciel. Il était là, silencieux, aveugle et immobile; ne savait pas qu'il était, mais en même temps occupait l'espace comme aucun homme ne pourrait jamais le faire. Il paraissait inerte mais était surement plus vivant que moi.

Je reviens... il faut être prévoyant...Tout peut finir d'un instant à l'autre, et tout peut encore durer un siècle...Je suis encore jeune et en bonne santé, mais je sais très bien comment je veux être enterré.

J’aimerai, quand viendra le moment, que je sois enterré directement à terre et que soit planté au dessus de moi la graine d’un arbre fruitier qui pourra se nourrir de mon corps.

J'aimerai redevenir un arbre et passer mon éternité à écouter le chant matinal des oiseaux, me rafraichir de rosée et de pluie, envoyer mes feuilles chercher le soleil et offrir de l'ombre aux passants. Cette éternité-là me paraît autrement plus intéressante que celle d'une tombe de marbre humide et froide.

La mort est peut-être ma dernière vie; autant alors choisir comment la vivre.

samedi 26 novembre 2011

45.

J'écris souvent, et je me pose des questions sur ce que j'écris, c'est vrai; mais vous m'avez rappelé, en me lisant, combien lire était aussi important pour moi ...

J'aime lire...et un de mes rêves (en cours de réalisation, lentement et patiemment) est de me constituer une bibliothèque de mille volumes où je pourrai me retirer quand l'agitation du monde commencera à m'ennuyer au delà de mes capacités...

J'aime lire parce qu'avoir un livre entre les mains, c'est exactement comme avoir entre les mains les clés d'un royaume secret dont on est le seul visiteur.

J'aime lire parce qu'un livre c'est toujours la possibilité de partir, de découvrir, de connaître et de se reconnaître. Et puis repartir encore une fois comme si on n'était jamais arrivé...tel un Ulysse constamment en voyage, voguant sur les eaux d'une mer qui ne finit pas.

J'aime lire parce que c'est toujours pouvoir s'en aller ailleurs, et puis revenir au bout de quelques pages et avec soi des paysages lointains, des chants de sirènes et des trésors de sagesse; mais aussi et surtout le souvenir précieux d'une liberté dont on se dit que peu ont la chance de connaître..

J'aime lire parce que c'est avoir cette possibilité de parcourir en quelques heures des siècles et des siècles, et aller fouiller des destins, des silences, des amours et des ruines,…et puis se trouver heureux de revenir à soi dans son lit, marquer la page, refermer le livre et s'abandonner à un sommeil paisible.

J'aime lire parce que c'est ne plus jamais être seul; car on ouvre un livre comme on tombe amoureux: par désir, par complicité, par impatience...Et on peut ainsi toucher au silence et à la vérité dans une seule phrase, comme on trouverait la joie et le sommeil dans un seul corps.

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(Qui des passionnés de lecture ne connaît pas cette douce volupté qu'on éprouve quand on a en tête le titre d'un livre et qu'on se penche dessus pour la première fois, se délectant intérieurement à l'idée qu'on va enfin pouvoir le lire? 

N'est ce pas là, cette même tendre et douce joie que celle de trouver dans le sourire de ceux qu'on aime une raison suffisante pour vivre; et pouvoir ainsi se dire que quand bien même la vie serait encline à se vider à l'instant de toutes ses espérances, on est déjà sauvé...)

(P.S: Quel bonheur de ne pas avoir encore lu Moby Dick! )

jeudi 24 novembre 2011

44.

Est-ce ce manque de vie dans ma vie qui me fait tant parler du silence et de toutes ces "idioties" qui n'ajoutent rien au monde?

Oui, probablement...

En fait, je n'ai rien à raconter en particulier sur moi. Je suis un monsieur X comme des millions d'autres. Je passe mes journées assis devant un bureau et un ordinateur à attendre que finisse la journée. Je ne suis le jour qu'un des multiples rouages d'un système et le soir qu'un de ses multiples résidus; et écrire est bien la preuve que cette vie seule ne me suffit pas. Mais je n'ai pas de deuxième vie après le travail; sauf celle-là, écrire quelques bouts de phrases que je voudrais bien belles, intelligentes, et peut-être justes.

Pas d'aventures extraordinaires, pas de projets grandioses, pas de révélations spectaculaires, pas de voyages exotiques, pas d'amours torrides... Non, seulement le cours normal des choses...Comme celui du soleil qui, depuis toujours, se lève à l'est et se couche à l'ouest. Je n'ai jamais eu pourtant connaissance d'une histoire où le soleil se serait plaint de la routine de son existence,...pourquoi me plains-je alors de la mienne ? Parce que je n'ai rien d'un soleil justement. L'univers s'est refermé sur moi sans idéal et je ne luis pas de ma propre lumière...Et quoi donc pour m'éclairer?

...

Les lignes qui précèdent ne sont que l'écho d'un spleen un peu vain...et il me reste, après tout, le sourire bienveillant de la nuit. A bientôt.

mercredi 23 novembre 2011

43.

Mon diner cette nuit, c'est peu et beaucoup à la fois : un poisson et deux mandarines. Des nourritures terrestres de chez nous...comme celles qu'avait adoré le jeune A.Gide lorsqu'il débarqua à Tunis au début du siècle.

Manger peu pour apprendre à se suffire de peu....

La chair peut apprendre à se suffire de peu: Vin et volupté lui suffisent largement. Son plaisir est immédiat; et la satiété est vite atteinte. L'esprit par contre, ne se suffit pas du peu. Il a toujours faim et ne cesse jamais de réclamer sa nourriture; et il aime ainsi s'engraisser au fil des ans, et devenir lourd et pesant, jusqu'à, des fois, ne plus pouvoir bouger du tout.

Je constate après que des gens qui s'évertuent chaque soir à lancer leurs âmes au ciel, s'étonnent ensuite, de les voir chaque matin, leur retomber sur la tête...Ils ont oublié qu'ils pèsent autant que leurs cœurs pèsent.

42.

Tout ce que nous disons, pensons et imaginons ne peut être jamais plus que des frémissements de surface.

Ni idées, ni images, ni paroles...pas même le silence.

Le réel tout simplement, terriblement plat et réel; les choses muettes, les conversations sans suite, les loisirs communs, les besoins vitaux, manger, boire, dormir, parler, rêver; et la conscience nette que cela n'est pas un spectacle. Ne pas craindre qu'il finisse, ne pas espérer qu'il dure. Ne pas avoir d'opinions quant à ceci ou quant à cela. Être de bonne volonté, c'est à dire sans volonté propre, mais de volonté vraie. Penser moins et agir plus; simplement faire ce qui est à faire.

Oui; mais aussi constamment voir la surface en tant qu'elle est surface; personnages, habitudes, quotidiens, désirs, opinions, croyances, circonstances; simples frémissements sans consistance, s'en allant vers l'écume comme s'en vont les vagues sur la surface d'un océan intranquille.

dimanche 20 novembre 2011

41.

Aucune réalité ne dure en vérité d'un instant à l'autre; parce qu' il n'est tout simplement, jamais autre que MAINTENANT. Le millième de seconde d'avant est déjà passé, et le millième de seconde d'après n'est pas encore arrivé. Entre les deux il y a main/tenant. C'est réellement le seul instant que la main tient; tout le reste n'est qu'illusion. Sois présent.
40.

Soleil dominical, brise légère, café délicieux, livre rare, esprit serein...Le bonheur est simple...mais ne dure pas.

Je me fais souvent des bulles. Propres, nettes, sans microbes, sans déchets. Elles montent doucement en l'air puis finissent par éclater, et je tombe. Seul, lorsque j'habiterais la dernière bulle; la terre; je ne tomberais plus.

39.

Tu n'es pas celui qui parle. Tu es celui qui entend. Reste seul et écoutes.

vendredi 18 novembre 2011

38.

Pourquoi j'aime cette sculpture de Giacometti: "L'homme qui marche" ?  Parce qu'elle représente la nature exacte du mouvement de l'homme libre; une marche solitaire, digne et décidée vers sa fin. Et cet homme marche toujours à l'intérieur de lui-même.
37.

L'esprit est gouverné par les mêmes lois qui gouvernent l'univers. Comme la matière, il est, lui aussi, soumis à la gravitation. Le mouvement de la pensée est son inexorable chute. Il appelle le vide dans lequel il tombe: Le temps.

La méditation est l'arrêt de cette chute et la station de l'être sur le socle inébranlable du présent.

Quand ainsi on découvre la vastitude de l'espace intérieur de la conscience et l'ineptie de la représentation psychologique du temps; on ne peut plus prendre au sérieux les vicissitudes de la vie publique, temporelle, ordinaire; elle n'est qu'un JEU auquel on prend part, consciemment, tant qu'il est joyeux et paisible et qu'on quitte, consciemment aussi, dès qu'il dévie de son sens et qu'il devient morne et violent.
36.

Depuis le temps que les hommes pensent inventer toutes sortes de clés et ouvrir toutes sortes de portes, plus personne, à priori, ne doit être enfermé aujourd'hui... Et pourtant, n'entendez vous pas comme moi ce même cri  lancinant de l'Homme depuis ses origines: "Liberté, Liberté, Liberté...".

C'est à croire qu'à chaque fois qu'une porte s'ouvre, tout un peuple s'active à la refermer.
35.

Il y a ceux qui ont la certitude d'un sens ultime de la vie, sens le plus souvent dérivé d'une lecture mythologique et archaïque de l'existence humaine. Et Il y a ceux qui au contraire sont convaincus de l'absurdité totale de la vie et qui ont conclu qu'à défaut d'un sens donné, chacun est tenu de s'en créer un pour lui-même.

Moi, je milite pour le parti de l'incertitude. Je n'ai aucune certitude d'un sens particulier de la vie...Mais il est aussi clair qu'il m'aurait été impossible de vivre si à l'inverse, j'avais la certitude absolue de son non-sens.

Je ne peux vivre que parce que je ne sais pas. Et ce qui fait ultimement la valeur de toute idée qui me vient à l'esprit n'est pas qu'elle vienne m'affirmer une quelconque vérité et clore le débat, mais bien au contraire qu'elle puisse m'ouvrir un nouvel espace et m'inviter à le découvrir.
34.

Je ne parlerai pas ici de politique politicienne, de saillances médiatiques et autres potins du genre qui alimentent le moulin à bavardage de mes compatriotes aujourd'hui. Non, je parlerai d'autre chose; je parlerai de "l'individu qui s'éveille" contre "la société qui s'endort". C'est cela l'histoire éternelle; le printemps a toujours un même hiver à vaincre.

Aristote avait jadis professé que "l'Homme est un animal politique". Mais la politique ne s'est avéré être qu'une forme compliquée d'un grégarisme comme tous les autres. Descartes plus tard avait déclaré: "Cogito ergo sum". Mais la raison  ne s'est avéré être qu'un moyen de justifier toujours davantage, l'avidité de quelques uns au détriment de tous les autres.

J'aurais aimé voir ce qu'aurait été le monde si Aristote avait dit :"l'Homme est un animal amoureux". Et si Descartes avait dit: "Non cogito ergo sum"... N'aurait-il pas peut-être ainsi été meilleur si l'homme s'était défini par sa capacité à aimer, à espérer ou à méditer et non par par sa capacité à s'organiser, à croire ou à calculer...


mardi 15 novembre 2011

33.

Je suis né doué pour aimer. Seule cette passion m'a aveuglé et m'a fait perdre ma raison. Ni la ferveur spirituelle, ni le plaisir charnel, ni l'envie du gain ou de la réussite, rien ne m'a jamais plus possédé...que d'être amoureux d'une femme.
32.

En avril 1914, Paul Klee vint passer un court séjour en Tunisie. A son arrivée, l'intensité de la lumière et la vivacité des couleurs du pays l'avaient tellement ébloui qu'il s'en était déclaré possédé. Elles lui avaient carrément révélé son art. Un siècle est passé depuis; et quoique le soleil et les payasages sont encore les mêmes, la lumière s'est quelque peu obscurci et les couleurs quelque peu affadies. S'il revenait aujourd'hui, Klee ne dessinerait peut-être que des toiles grises...

Je ne suis moi-même ni peintre ni poète, j'aime pourtant à croire que c'est mon regard qui est en cause. Les couleurs de mon pays sont certainement toujours là, toujours aussi belles et vivaces; il faut juste que j'ouvre les yeux.

lundi 14 novembre 2011

31.

Dans la paix des profondeurs, que sait l'épave de la tempête? Rien. Toutes les tempêtes sont superficielles.
30.

Le prisonnier qui ne connaît que sa cellule s'imagine qu'il y a au delà des murs de vastes prés verdoyants baignés par le soleil à longueur de journée...Dehors, il se peut qu'il n'y ait que le désert...

Se heurter aux limites du langage, crée aussi une illusion de transcendance: un haut mur, et au delà, le rêve d'un silence universel et éloquent... Mais il se pourrait également que les limites de la langue définissent aussi la totalité de ce qu'il est possible de connaître.

Ici-bas, il ne faut pas rêver, il faut ouvrir des fenêtres dans les murs.
29.

Parfois, ne rien faire, mais sérieusement ne rien faire, ne serait-ce que pendant quelques secondes,  permet de saisir que toutes les façons on ne fait jamais rien.

Autant la servitude des croyants que la liberté des incroyants sont souvent plaisantes à considérer, autant il me semble qu'en réalité tout se fait sans eux, sans nous, sans personne enfin. Je en dis pas que nous sommes des marionnettes manipulées par de hautes mains; non, cela serait trop facile, je dis simplement qu'il n'y a pas de spectacle.

La vigilance de l'esprit, c'est la persévérance d'un funambule dans un cirque sans spectateurs et sans chapiteau, mais qui continue néanmoins à se refuser obstinément au sol, tout en sachant parfaitement qu'il y tombe au moindre coup de vent.

vendredi 11 novembre 2011

28.

Nous sommes toujours à l'an 1 de quelque chose. Les compteurs ne cessent de se remettre à zéro tout le temps : une déchéance, un déluge, un exode, une crucifixion, une hégire, une révolution, une guerre, une indépendance, une naissance, un doute, ...et puis un sourire. Puis vient la mort. Puis commence une autre histoire.

27.

Des rêves d'amour s'évadent parfois la nuit et se croisent en quelques contrées du ciel.
D'eux naît souvent un être qui regarde la terre et rêve d'y vivre. Des fois, il s'y fait son chemin, des fois non.
26.

Abd-el-Rahman III, premier calife omeyyade de Cordoue régna pendant cinquante ans.
Et son royaume connut de son temps une splendeur incomparée. Il eut tout: le pouvoir, les femmes, la richesse, la gloire,...tout ce dont un homme aurait pu rêver. Au soir de sa vie pourtant, il ne put compter que quatorze jours où il fut véritablement heureux.

Quatorze jours de bonheur pour cinquante années de règne...Qui dit mieux ?

jeudi 10 novembre 2011

25.

Je m'étais surpris à sourire tout seul, béatement; avec un sentiment de vivre qui se suffisait étrangement à lui-même..Je n'avais rien, je ne voulais rien et je me sentais immensément riche quand même...

Bien sûr, après, je me suis rappelé qu'il fallait s'occuper de la vaisselle.

mercredi 9 novembre 2011

24.

"Cinq notes suffisent pour détacher l'âme du corps".
Sans doute parlait-on d'une mélodie antique...
Une mélodie que jouait le vent dans un roseau tenu par un berger de la prime humanité. L'air y entrait d'une extrémité et c'était une nostalgie immémoriale qui ressortait de l'autre. Le secret de l'être, disait la chanson de Fayrouz...

L'âme humaine ne serait-elle pas cela en fin de compte: un mouvement d'air, une musique, un souffle divin dans un roseau d'argile...

23.

Il suffit parfois de croiser le regard d'un chat pour savoir que nos yeux d'humains ne savent pas voir. Il a deux morceaux de soleils dans les yeux; et nous sommes des aveugles à ses côtés.

Les humains ont parcontre des mains, de superbes mains, aux doigts longs, au toucher doux, aux gestes amples. Des mains qui, avant de servir à travailler, étaient essentiellement destinées à la caresse.

C'était le deal avec ce chat: un peu du soleil de ses yeux contre une caresse sur son dos.

mardi 8 novembre 2011

22.

Il y avait pleine lune aujourd'hui, et sa lumière dessinait autour d'elle un grand halo blanc qui contrastait avec le bleu sombre d'un ciel légèrement nuageux. Un peu vers la gauche, Venus apparaissait à l'intérieur du halo. On aurait dit un grain de beauté, un grain de beauté sur le visage Maryline de la Dame Nuit.

21.

Je ne m'indigne plus. J'ai perdu cette verve idéaliste qui me faisait rougir de rage lorsque je me trouvais confronté à la médiocrité indubitable du genre humain, la mienne et celle des autres, ici et ailleurs.

Je ne me soucie plus de l'avenir de l'espèce humaine, de l'injustice criante qui sépare les deux hémisphères du globe et encore moins de la guerre planétaire, inéluctable soit dit en passant, qui risque de survenir bientôt. Je me soucie peut-être encore un petit peu de l'avenir politique de ce pays, mais très légèrement, vraiment, juste le temps d'occuper une conversations ou deux avec les collègues.

Je ne sais même plus au nom de quoi je m'indignais auparavant. C'était à n'en pas douter du simple commentaire, drapé certes dans les beaux draps de l'idéalisme, mais c'était du simple commentaire quand même. Il s'avère que je n'ai pas de grandes idées et que je n'ai pas de principes immuables. Je prends ce qui est à prendre. Je donne ce qui est à donner. Je fais ce qu'il y a à faire. Je profite, Je vis tout simplement.

Il y a des Che, des Luther King et des Mandela un peu partout maintenant. Et je n'en suis pas un. Mes idées ne heurteront pas mes semblables s'ils daignent juste le reconnaître. Ils ne heurteront à la rigueur que les nouveaux  professionnels de l'indignation. A ceux là je demande quand même qu'ils ne se fassent pas d'illusion: je ne me situe nulle part, et me tiens à égale distance de la nostalgie d'hier et de l'espoir de demain.

L'ironie et le cynisme n'aident pas, je sais. Je paraîtrai désabusé, déçu...Mais je ne considère pas cela comme un aveu d'échec. Loin de là. Pour échouer, il aurait fallu vraiment  vouloir changer le monde. Mais force est de reconnaître que je ne l'ai jamais voulu.  Non, ce qui est arrivé, c'est seulement que j'ai grandi.

lundi 7 novembre 2011

20.

"La poésie est le premier millimètre au dessus de la terre". Tsvetaeva.
Et de ce fait, se situe de très loin au dessus de la politique.
19.

En plein cœur de la ville, j'ai vécu cette journée comme l'aurait vécu un ermite en Sibérie. Sans compagnie, sans bruit, sans chaleur. Juste moi en compagnie de moi-même. Un luxe, pourrait-on penser, dans une ville surpeuplée, bruyante et polluée. Mais je suis bientôt arrivé à une terrible conclusion: la chaleur humaine est et demeure encore irremplaçable.  La culture ne peut rien face à la solitude, la prière non plus, la nourriture encore moins, peut-être l'alcool...

J'ai plongé dans les eaux profondes de la solitude et j'ai respiré son silence inarticulé; j'ai médité à la roue du temps, à la souffrance ininterrompue des hommes, et à toutes ces péripéties, au demeurant futiles, qui peuplent nos existences. J'y voyais de plus en plus clair, d'une clarté de plus en plus  haute et de plus en plus profonde, mais j'avais aussi de plus en plus froid, un froid de plus en plus effroyable...

Qu'irais-je dire aux autres: "Sacrifiez votre paix illusoire; vous y verrez plus clair". Il faudra bien que je leur dise également : "Et vous mourrez aussi de froid". Non, les gens ne m'écouteraient pas et ils auraient raison de ne pas m'écouter; car il ne s'agit pas d'y voir clair, mais de vivre; et on ne vit qu'en se trompant.  La seule chose que je peux dire est que la vie n'est ni une fuite ni une quête, elle est relation. On ne vit pas seul; non, nous vivons tous ensemble et puis, c'est vrai, chacun meurt tout seul...

Quand on n'a pas de vie intérieure, c'est à dire pas de problèmes à résoudre; il faut des livres, beaucoup de livres. J'avais lu quelques dizaines de pages, puis je m'étais ennuyé. Ma conscience était encore bel et bien là, encore en train de roder autour de ma tête comme un chat affamé roderait autour de la jambe de son maître. Sa nourriture préférée est la chaleur humaine, celle de l'amour surtout, et des conversations intéressantes; je l'en prive depuis trop longtemps!

samedi 5 novembre 2011

18.

Je verse du café noir dans la tasse. Je lui rajoute un morceau de sucre qui s'y dilue doucement. Je sens mes yeux s'ouvrir à la lumière.

Dehors, le soleil s'active à éclairer le sol, les oiseaux du matin gazouillent allègrement et les arbres se délestent des dernières gouttes de rosée sur leurs feuilles. Les croissants chauds sortent du four, les moteurs des voitures démarrent en trombe et les premiers sifflets de la police commencent à retentir.

Je suis debout à ma fenêtre; je fais attention à la vie, au monde et à ce mouvement qui ne s'arrête jamais. C'est comme ça depuis des millions d'années: A chaque fois, la vie réussit à recycler la putridité de la nuit morte dans la beauté du jour naissant.

Cette exactitude d'être me fascine.

17.

Au nom de la Vie,
de la Femme,
et du Saint-Amour.

Amen.

vendredi 4 novembre 2011

16.

N'écrire que des phrases de montagne; des phrases haut placées, comme ce gîte en altitude, étroit, isolé, en proie au vent et à la pluie, mais qui offre au voyageur qui s'y abrite, la chaleur nécessaire à la nuit; et le lendemain matin, un superbe panorama de la vallée. Je voudrais que mes phrases puissent faire de même, et offrir aux âmes harassées par un long voyage la vérité nécessaire à la nuit, et un superbe panorama de la réalité, le lendemain.

15.

Je fais partie des 98% de la population de ce pays. Évidemment, dans ces 98%, il y a des degrés: je fais partie des 10% ou des 20% supérieurs (en termes matériels s'entend) : j'ai un travail, une maison, une assurance, une épargne, une voiture, etc... et il en va comme ça avec de moins en moins de choses, jusqu'au 10% inférieurs;  Mais en fin de compte, Nous nous rejoignons tous dans le fait que mangeons tous chaque soir à notre faim. Les 2% restants, c'est 1% qui se goinfrent et  1% qui meurent de faim.

Tôt ce matin, sur la route du travail, les voitures étaient arrêtés au feu; un mendiant, très vieux, grelottant de froid, ne parvenant même pas à se lever pour demander de l'argent, nous regardait passer. Que faire? Être ému de sa misère? Lui jeter une pièce? Lui promettre le royaume du ciel? Maudire l'injustice du système qui l'a amené à cet état ? Oui, tout ça à la fois; et en même temps, être conscient que cela ne change rien... Le feu passe au vert, les voitures s'éloignent.

Les bons sentiments font-ils bouger le monde? Je ne sais pas; il me semble que du matin au soir, il poursuit invariablement sa course folle; et ne tient pas compte de nos sentiments, il ne tient, peut-être, même pas compte de notre existence...

jeudi 3 novembre 2011

14.

Tout homme a en dessous des pieds, un abîme à la mesure de son ventre; et au dessus de la tête, un ciel à la mesure de son regard. Entre les deux, il a une terre à la mesure de son cœur.

13.

Les hommes n'ont pas voulu que la terre tourne autour du soleil...

J'utilise le mot "vouloir" non pas pour dire que certains n'aient pas admis cette évidence, mais pour dire que les hommes ne décident pas de ces choses là, ils ne font que les subir. Et c'est le cas de toutes les vérités essentielles.

La terre tourne; et par le jeu des jours et des nuits, ce qui commence finit. Pour le reste, je vois que les hommes sont toujours déchirés entre la chose et son contraire. Il faut néanmoins pour chacun qu'il choisisse son camp; quand bien même, il voit que les autres ont eux aussi raison, ou du moins, ont eux aussi des raisons pour être là où ils sont.

Car en fin de compte, il ne s'agit pas d'être sage, de comprendre l'inutilité d'une fausse dualité ou encore de vouloir y échapper. Non, ce qu'il faut c'est se rebeller et lutter...même si vu d'en haut, l'on lutte toujours pour rien; c'est peut-être pour cette seule raison d'ailleurs que ça en vaut la peine; ça donne un sens à la vie.