vendredi 24 février 2012

125.

Il est une fraction de seconde dans la vie d'un homme qui est l'exact milieu arithmétique de son parcours sur terre. Imaginez seulement s'il s'en apercevait quand elle passe.
124.

L'orage avait attendu la nuit pour rugir dans ma tête.

Un déluge d'amertume, enfouie en je ne sais quel abîme secret, m'a, sans prévenir, littéralement submergé. Je m'étais d'un coup, senti comme une barque prise dans un violent torrent qui l'emmenait jusqu'à la chute vertigineuse du fleuve; et je n'avais rien, ni personne, à quoi ou à qui j'aurai pu m'accrocher; au contraire, ma solitude me poussait encore devant...

Je me suis vite allé couché ce soir-là; le combat devenait inégal, il ne me retenait plus à moi-même que d'envisager la possibilité de me lever le lendemain, de boire un café chaud et de fumer la première cigarette du matin. J'ai fini ma journée par cette prière: Dieu! faites que demain arrive au plus vite!

Aujourd'hui, je me réveille sur un spectacle désolant. Cette pluie acide a ravagé tous les champs de mon être; il ne reste rien; et il faudra tout replanter.

Je commence par regarder le soleil, sourire à une voisine que je rencontre sur le palier, et penser au texte que j'écrirai, quand je serai au bureau, pour apaiser mon angoisse de la veille.

jeudi 23 février 2012

123.

Je viens de lire ce matin à propos de langues vivantes que Claude Hagège, éminent linguiste français d'origine tunisienne, parle, comprend, ou a des notions d'au moins 44 langues.

Moi, qui n'en parle que trois, et encore pas très bien, je me suis aujourd'hui, senti très pauvre. Ok, je sais balbutier quelques mots en arabe, en français et en anglais, mais ces trois langues, je ne les connais que parce que ce sont les langues du pays et les langues "du moment"...c'est à dire en fin de compte, ce qu'il y a de plus commun.

A voir l'extrême diversité des peuples de la terre, de leurs histoires et de leurs langues, j'imagine sans peine qu'il y a des trésors qui me resteront à jamais cachés: des mythes, des histoires, des contes et des poésies...tout un patrimoine que je mourrai sans jamais connaître, ni même soupçonner.

J'aurais aussi aimé pouvoir parler, ou du moins comprendre, l'amazigh, l'espagnol, l'italien, l'allemand, le russe, le sanskrit, le turc, le chinois, le japonais, le persan, le portugais, le suédois, le peul, le quechua, l'hébreu, le grec, le latin et quelques autres langues et dialectes secrets du monde.

Je plains ma pauvreté et je plains la pauvreté de ceux qui ne parlent que la langue de leurs parents, ceux qui ne parlent que la langue de leurs voisins, ceux qui ne parlent que la langue de leurs maîtres, et ceux qui, bêtise suprême, disent parler la langue de Dieu.

Quelle pauvreté! Vraiment!

lundi 20 février 2012

122.

Au déjeuner, je prends quelques olives pour accompagner le plat principal.

J'en prends une, j'en mange la chair, je fais tourner le noyau dans ma bouche, puis je le crache, sans y penser, sans y prêter aucune attention. Je le jette parce qu'il est dur, incassable, immangeable.

Le geste est éminemment anodin...

Et pourtant, c'est dans ce noyau que je crache, que réside le secret de l'olivier. L'arbre millénaire provient d'un noyau comme celui-là, planté dans la terre par le premier jardinier.

N'en est t-il pas de même pour un homme? Chaque jour, la chair n'est-elle pas mangée et le noyau jeté, sans aucune espèce d'attention? Ce noyau dur, incassable et immangeable n'est-il pas pourtant ce qui fait de lui un homme ?

Ce noyau peut-on le trouver ailleurs que dans la solitude?
121.

Je me rappelle du jour où j'ai signé le contrat de travail qui me lie à l'entreprise où je travaille depuis maintenant plus de six ans.

Ma main signait le contrat, alors que dans ma tête je le refusais catégoriquement...Je voulais faire autre chose, mais je ne savais pas quoi. Ce n'était pas le travail qui était en défaut, c'était moi. Maintenant avec le recul de quelques années, je sais que quelque soit le contrat qui m'aurait été présenté, j'aurai probablement toujours voulu faire autre chose; dans ma tête, j'aurai toujours refusé.

J'avais signé quand-même, me résignant à la dictature du réel et à l'inexistence d'alternatives. J'avais signé; et cela m'a valu des mois, si ce n'est des années, de mal-être que je m'évertuais, sans succès, à vaincre.

Aujourd'hui, j'écris ces lignes de mon bureau...

Aurait-il été meilleur et plus sage que j'accepte en esprit ce que ma main faisait dans la réalité? Aurait-il été meilleur que je saute de joie après avoir signé? Il me semble que non. Je ne regrette pas, car ce refus-là, malgré toutes ces peines, me permet, de préserver mon indépendance et de ne pas permettre au système de me broyer, de ne pas me complaire dans sa médiocrité.
120.

Ce n'est jamais marcher qui est difficile; c'est de s'arrêter et retrouver des forces ensuite pour se relever et repartir encore...

Comme un pélerin sur son chemin, je me relève avec peine, je reprends mon bâton; et je me remets en route, en ayant auparavant bien pris le soin de remercier ceux qui m'avaient offert une halte et un peu de répit. Mes viatiques pour la route sont toujours les mêmes: beaucoup de silence et beaucoup d'indulgence, pour moi même et pour les autres.

***

Il y a trois maux qui guettent la conscience des hommes: l'erreur, le mensonge et l'illusion. L'erreur est de manquer de discernement, le mensonge est de cacher la vérité des faits, l'illusion est de prendre ses rêves pour une réalité.

Les deux premiers sont remédiables; l'erreur en reprenant constamment le raisonnement à son début, le mensonge en doutant des réponses communes et en exigeant les preuves sans équivoque; mais l'illusion... celle-là, non, elle est irrémédiable... Que ce soit l'illusion amoureuse, l’illusion religieuse  ou l’illusion politique...toutes trois proviennent d'un même désir irrépréssible; on y tombe tous...sans aucune possibilité d'échapper, à moins de refuser de vivre.

La dernière illusion enfin est de croire que l'on peut se débarasser des illusions.

La seule issue pour avancer est, et sera toujours, l'épreuve cruelle du réel...C'est pour ça que le bouddha à son éveil ultime avait professé que la vie est souffrance.

***

Cependant, je dois dire que je reprends toujours la route avec le sourire, sans amertume, parce que je comprends de mieux en mieux que tout est toujours fugace...et qu'il ne sert à rien de vouloir posséder ce qui ne peut jamais l'être.

dimanche 19 février 2012

119.

Il fait beau, le ciel est dégagé et c'est une occasion propice pour aller noyer son regard dans l'horizon. On n'en prend pas conscience généralement, mais il faut se rendre compte qu'on est à longueur d'année privé d'horizon. On regarde ses pieds, ses mains, ses poches, ses écrans, ses poubelles, les feux arrières des véhicules et les murs décrépis des immeubles; mais on ne regarde jamais assez l'horizon; alors que le regard, des fois, lui aussi, voudrait bien s'éloigner.

Je regarde l'horizon et je me rends à l'évidence que "je" ne suis rien. Je parle de ce petit "je", qui s'agite sans cesse sur la surface du monde.

Mes atomes m'ont précédé, et ils me survivront. Et il ne me différencie de ce corps minéral qu'un court instant de vie. Cette vie-là, le petit "je" (Monsieur x que je suis) ne l'a pas commandé. Ce petit "je" n'a dessus aucun "mérite". Il n'a aucune existence dans l'absolu, et n'a aucun droit à dire : "je suis". Il n'est que le déroulement de la Vie (ou de la conscience), son passage par une région de l'espace. Il n'existe pas sans elle, elle existe sans lui. Il est l'enveloppe de la lettre mais pas le message qu'elle contient. Il est la chair, mais pas le souffle.

"Mais à quoi servirait-il de savoir ces choses-là", me diriez vous? Les gens vivent bien sans le savoir? les générations se suivent bien, sans le savoir?

Oui, sans doute; mais c'est exactement comme dans cet exemple: on peut toujours dessiner des cercles, qu'on connaisse "π" ou pas du tout; mais il faudrait aussi noter que celui qui le connaît, connaît aussi le périmètre du cercle et l'aire qu'il contient; celui qui ne le connaît pas n'en connaîtra jamais plus que la forme.
118.

Comme il faut qu'il y ait soif pour que l'eau désaltère l’assoiffé, comme il faut qu'il y ait faim pour que la nourriture rassasie l'affamé, il faut aussi qu'il y ait doute pour que la prière rassure le désespéré, il faut qu'il y ait absence pour que la rencontre comble l'amoureux...

Les coeurs des humains sont faits pour connaître le manque. On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie. Il suffit de croire que Dieu veille et que l'on ne mourra pas inconsolé. Il suffit de croire, en ces nuits où l'on se sent seul, qu'il y a, toujours pas très loin, une autre âme qui nous ressemble.

vendredi 17 février 2012

117.

Il est dit dans les écritures "Il y avait des ténèbres au-dessus de l'Abîme"
Nous venons tous de ces ténèbres.

***

Il est dit dans les écritures:  "Et l'esprit d'Elohim planait sur les eaux."
L'homme a une espérance de vie égale à celle de trois chevaux. Mon premier a couru dans le vent d'Elohim les années lui sont dus. Le deuxième s'impatiente. Mais seule une femme peut le monter.

***

Il est dit dans les écritures: "Et Elohim dit: Que la Lumière soit."
Pour que cet amour, raisonnablement impossible, voit le jour, il faudrait que Dieu lui-même en décide.

***

Il est dit dans les écritures : "Et la lumière fut."
Penché sur le lac, la main sur la joue, je regarde le scintillement de la lumière sur l'eau...Et j'attends.

jeudi 16 février 2012

116.

Ne jamais céder à la tentation de calculer, cette malédicition de vouloir saisir à l'avance un avenir qui n'existe pas, de le dessiner ici et maintenant, et d'être sûr que les choses iront comme on le voudrait.

Et si ceci? et si cela?...Que des probabilités inutiles! à quoi servirait-il de préméditer le temps? à ne pas se tromper? à faire le bon choix?  Mais y'a t-il vraiment un bon choix? Il n'y a que des choix habituels, et puis il y a les autres.

Les belles choses de la vie ne se calculent pas: la bonté, la paix, l'amour surtout....Et seul cela qui ne peut être calculé saurait en faire la valeur.
115.

"I am now the most miserable man living. If what I feel were equally distributed to the whole human family, there would not be one cheerful face on the earth. Whether I shall ever be better I can not tell; I awfully forebode I shall not. To remain as I am is impossible; I must die or be better, it appears to me."

Ces mots ont été écrits par un homme de 31 ans...qui ne savait pas encore que son destin l'attendait. Cet homme était Abraham Lincoln, jeune avocat à Chicago; bien des années avant qu'il ne devienne le plus grand président des Etats-Unis, le vainquer de la guerre, l'homme de l'union, le libérateur des escalves.

Cette profonde mélancolie l'avait poursuivi toute sa vie. Et toute sa vie, il l'avait vaincue.

mercredi 15 février 2012

114.

Toute journée peut-être sauvée de l'insignifiance par la lecture d'un livre. Ou même d'une seule phrase. Des fois c'est très léger ce qui peut la sauver. La mienne l'a été par l'infime poids d'un papillon. Lu d'une seule traite entre midi et une heure trente de l'après midi, en sirotant un thé.
113.

Qui ne s'épuise pas ne dort pas, ou très mal.

Tout le monde connaît l'extrême douceur du sommeil qui fait suite à l'épuisement, toute énergie dépensée. Ce qui vaut pour le corps, vaut pour l'âme. Qui ne s'épuise pas l'âme de toutes les questions, ne peut accueilir l'infini de la réponse.

lundi 13 février 2012

112.

Il ne doit plus passer un seul jour sans que je considère attentivement, en toute mon âme et conscience, et ne serait-ce que pendant quelques secondes, la chance inouïe que j'ai de vivre sur cette petite terre bleue perdue au beau milieu du vide intersidéral.

Je l'oublie souvent...J'ai l'outrecuidance de l'oublier souvent!

Une conversation avec une Ève Terrestre ce matin, à propos de livres, d'hommes et d'animaux, me l'a rappelé. La lumière du crépuscule sur le lac de Tunis à l'heure ou je quittais mon travail me l'a rappelé. La musique de Ludovico Einaudi à l'instant même où j'écris ces lignes me le rappelle encore...

Tout me rappelle quel improbable miracle c'est d'exister, d'être vivant, de voir et d'entendre...

Et je suis ce miracle...Nous sommes ce miracle.

samedi 11 février 2012

111.

[Une connaissance familiale, venue passer la nuit du vendredi chez moi.]
[Après qu'on se soit installés au salon pour dîner...]

Il regarde à droite et à gauche...puis finit par me poser la question qui le brûle depuis des heures: - Tu n'as pas de télé?...

A ma réponse négative, il m'a semblé lire dans ses yeux comme une sorte de déception; et même si un restant de retenue l'empêchait de trop le montrer, je voyais bien qu'en son for intérieur, il était en proie à un sentiment d'ennui sans secours. Dans sa tête trottait une question à laquelle il ne trouvait pas de réponse: Comment peut-on passer la nuit sans télévision?

Me demandant comment est-ce que je peux vivre sans télé; je réponds nonchalemment qu'avoir une connexion Internet et des livres suffit largement à subvenir à mes besoins de distraction. Il ne m'a pas écouté, et n'a fait aucune remarque à propos des deux cents livres qui étaient derrière son dos. Les livres se confondaient pour lui avec le mur; seul lui manquait le canon à images devant ses yeux...

***

Il y avait un journal sur la table...

Il me demande: - Tu sais combien sont morts aujourd'hui? Je lui réponds: - Je ne sais pas. Il meurt environ cent milles personnes par jour dans le monde.

- Mais non! Je ne te parle pas de ceux-là! Tu n'as pas vu les images ou quoi...? en m'indiquant du doigt un encadré sur la Syrie à la une du journal...

J'ai compris. Il lui manquait sa dose quotidienne de morts. Mais ce n'était pas la mort en elle-même qui le concernait, ce n'était pas le fait que la vie finissait tôt ou tard: Celle de milliers de gens par jour et la sienne inéluctablement. Seul le spectacle de la mort l'intéressait, le même spectacle de la violence...qu'il soit celui des guerres réelles ou des films hollywoodiens.

J'ai évité de lui dire qu'il me faisait penser à "l'orange mécanique" de Kubrick et à cette scène où l'on oblige le personnage principal à regarder sans arrêt des images de violence et de sexe. cela l'aurait vexé pour rien...

***

Quand il est parti le lendemain; j'aurai parié tout mon argent qu'il était, quelque part en lui-même, heureux de retrouver très bientôt un endroit où il ne sera pas privé de télévision.

vendredi 10 février 2012

110.

Je me nourris de morceaux de livres, comme d'autres se nourrissent de morceaux de viande. Et j'ai pour repères des auteurs et des personnages, comme d'autres ont pour repères des généraux et des chefs de partis.

***

Je me souviens de Dino Buzzati et de son personnage "Giovanni Drogo" dans "le Désert des tartares"; ce jeune officier militaire qui attend impatiemmment la guerre qui donnera sens à sa réclusion aux lointains confins du désert. Il attendra trente ans, Drogo. Mais en vain. Sa vie finira dans l'oubli, sans que la guerre ne survienne jamais. Ou si; les tartares finiront par arriver, mais Drogo, lui, ne sera pas là pour le voir, il était vieux désormais...Le soir de sa mort seulement, il comprendra.

Et je me demande:  Et nous donc, qu'attendons nous ?

Je me souviens aussi de Breton et de "Nadja"; récit des déambulations de l'auteur en compagnie de Nadja dans un Paris pleins de signes ; et en arrière plan, son programme surréaliste de sa découverte de lui-même.

Le livre commence par cette question "Qui suis-je?". Et Breton va essayer d'y répondre à partir de ce proverbe: "Dis moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es"...

Et je me demande alors: Sommes nous, chacun, un fantôme qui erre solitairement dans le monde, et qui n'existe que lorsque, hantant une autre âme; il lui arrive de se fixer et de naître ? Est-ce cet autre-là qui pourrait lui dire qui il est ?

mercredi 8 février 2012

109.

Un autre 8 février, qui suit un 7 février et sera suivi par un 9 février, comme tous les 8 février qui l'ont précédé et tous ceux qui le suivront...Je pensais qu'il ne pouvait jamais rien se passer les 8 février...Pourquoi, me disais-je, l'histoire aurait-elle choisi une date aussi banale pour un quelconque événènement ?

C'était la pensée du matin...

Je me suis rapidement rendu compte que je me trompais; puisque dès que j'ai lu le journal, je me suis aperçu que le 8 février était la date anniversaire des évènements de Sakiet Sidi Youssef. Je les avais totalement oublié ceux-là; comme sans doute des millions d'autres tunisiens. L'histoire a avancé, et nous n'en sommes plus là. Et aujourd'hui 8 février 2012, ce qui compte à Sakiet Sidi Youssef en cet hiver rigoureux, ce n'est pas de se protéger des bombes, mais de la neige et du froid.

Je suis quand même allé lire un petit article sur Wikipédia, pour connaître dans plus de détails ce qui s'est passé ce jour-là. J'en ai égalment profité pour corriger l'éphéméride du 8 février sur le même site, puisqu'on y listait des "évènements" de tous les siècles et de tous les pays, mais pas de mention de Sakiet Sidi Youssef.

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Le 8 février 1958, l'armée française, sous prétexte qu'il sert de base arrière aux combattants algériens, avait bombardé ce petit village tunisien frontalier, faisant des dizaines de victimes civiles, plus de 70 morts et de 80 blessés, dont plusieurs enfants d'une école primaire et des réfugiés regroupés par une mission de la croix rouge. L'attaque, retentissante par sa brutalité et son lourd bilan, a conduit après une polémique de deux mois en France, au renversement du gouvernement et au retour du Général De Gaulle.

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J'ai découvert aussi un poème de Louis Aragon écrit à la suite de cet évènement, qui contient les vers suivants:

Essayez de faire entrer dans un vers français
Ce mot comme un poignard: Sakiet-Sidi-Youssef
[...]
Une fois de plus, entre le miroir et toi
Il y a désormais ces yeux des enfants morts.

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Ne dit-on pas que "ne meurent que ceux qu'on oublie"?...

En corrigeant l'éphéméride de la journée sur Wikipédia, un site que le monde entier consulte, et pas seulement les tunisiens et les algériens; je me suis dit que ces enfants morts le 8 février 1958, me regardaient de là-haut, aujourd'hui 8 février 2012, avec une certaine bienveillance.
108.

"There's a crack in everything. That's how the light gets in."
Leonard Cohen. Anthem

Bénissez toutes vos blessures, toutes vos failles, toutes vos craquelures, toutes vos imperfections. Ne vous occupez que la lumière qui entre. Elle éclaire et elle guérit.

lundi 6 février 2012

107.

Ai passé la journée du Dimanche avec la voix de Leonard Cohen dans les oreilles.

Une musique travaillée, une voix grave que j'adore, et des paroles profondément poétiques: Bird on wire, I'm your man, Avalanche, Everybody knows, Anthem,... et surtout Suzanne, Hallelujah, et Dance me to the end of love,...

Et j'ai dansé. Jusqu'à l'énivrement. Mais très silencieusement, sans que cela ne change en rien le cours de mes gestes. J'ai marché, lu, écrit, mangé, fait des courses, pris une douche; et je dansais toujours. J'ai dansé comme les derviches tourneurs de Rûmi, comme les amants de Brel, comme Shiva le dieu hindou; et probablement comme dansent, sans arrêt, tous les êtres qui peuplent la terre et le ciel, et ce qu'il y a entre les deux. Cela pourrait peut-être paraître exagéré; mais non, cela ne l'est pas. Et même si; ne faut-il pas exagérer sa joie quand tout dehors ne cherche qu'à l'infirmer?

J'éprouvais un très agréable sentiment de présence et de gratitude. Ma joie n'avait aucun signe particulier, ...et n'avait nécessité aucun "artifice" euphorisant, sauf la musique peut-être; ne se manifestant tout au plus, que par un surcroît de tendresse et d'attention à la présence aux miens autour de moi.

Je n'avais pas mis en ordre le chaos de mon être. Et quelle prétention, quelle arrogance cela serait que de penser que le chaos pourrait être mis en ordre? Non, ce n'était qu'une certaine possibilité humaine, que j'ai peut-être pu toucher du doigt. un équilibre au dessus du chaos, un surf au dessus des vagues du temps... J'avais peut-être oublié le bruit du monde et pu entendre le chant, très bas, de l'amour que se témoigne la vie à elle-même.

Et je l'entendais me dire: "Je pense vous aimer"; et je m'entendais vous dire: "je pense vous aimer"

Et puis il y avait la voix de Leonard Cohen qui résonnait encore dans ma tête...

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love, dance me to the end of love...

vendredi 3 février 2012

106.

Parcequ'il est rare de trouver celui ou celle à qui nous avons quelque chose à dire, celui ou celle qui nous écoute réellement, qui nous écoute même lorsque nous n'avons rien à dire...

parcequ'il est rare de trouver celui ou celle qui a quelque chose à nous dire, celui ou celle que nous écoutons réellement, que nous écoutons même lorsqu'il ou elle n'ont rien à nous dire...

parce qu'il est rare de trouver celui ou celle qui porte notre vérité dans ses yeux et notre rêve dans son coeur; qui porte notre désir sur ses lèvres et notre joie dans sa chair...

parcequ'il rare de trouver celui ou celle qui comprend notre besoin de solitude, qui nous tient par la main et caresse nos cheveux, qui peut nous surprendre et nous faire rire...

Et c'est parce que c'est rare qu'il faut y croire.
105.

C'était un peu avant le crépuscule.

J'étais assis dos à la porte, la fenêtre ouverte; et dans mes mains, je tenais un livre que je ne lisais plus. Les dernières lueurs du jour éclairaient faiblement le lieu. Tu es entrée sans frapper et sans faire de bruit. Tu t'es approchée de moi et et tu t'es arrêtée juste derrière ma  chaise. De ton coude droit tu as pris appui sur mon épaule, tandis que de la main gauche tu as cherché à fermer le livre qui était sur mes genoux pour en connaître le titre.

J'étais un peu perdu dans les limbes, un peu sonné par la fatigue et la chaleur. Je ne sais pas si j'en suis revenu ou pas, car ton souffle légèrement haletant, tes épaules nues, tes cheveux soyeux, ton cou dégagé, ta main sans défauts et ses doigts fins et longs; tout participait encore à l'ambiance onirique de la situation. Je n'ai pas eu le temps de me retourner pour te parler. J'ai plutôt laissé ma tête tomber en arrière pour s'appuyer très légèrement sur ta poitrine. Tu ne t'es pas pas éloignée, tu as laissé faire. Il m'a même semblé que tu t'es un peu plus penchée vers moi. Tu dégageais de la chaleur, de la douceur, et un parfum de sensualité, comme il ne peut en être...que lorsque les femmes sont femmes.

Tu m'avais dit, presque en chuchotant: " Tu lis encore?" ; mais je ne t'entendais plus, je ne voyais que tes yeux briller et tes lèvres rouges remuer doucement. Le désir montait et tout ce dont j'avais envie à cet instant là, c'était de t'embrasser.

***

Je me suis réveillé... Il était six heures trente du matin. Il me fallait ouvrir les yeux. Je ne pouvais plus continuer; tout ce qui pouvait arriver ne serait plus mon rêve, mais mon imagination.

Je n'ai pas pu embrasser celle dont j'ai rêvé. Je n'ai même pas vu son visage.

jeudi 2 février 2012

104.

Rester à la marge, regarder de haut, ne pas se mêler à la foule qui panique, qui s'agite, qui gueule, qui bavarde, ne pas se fier au bruit dehors, même quand on y entend de grands mots voler d'un camp à l'autre : révolution, patrie, dieu, liberté, nous, les autres...mais toujours lui préférer la grande musique, le silence des livres et la douce intimité d'un chez soi ou d'un entre-deux amoureux.
103.

Il n'est possible à personne de porter, à lui seul, le fardeau du monde sur ses frêles épaules. Il ne pourrait à la rigueur porter que le sien propre. Et ce n'est pas toujors aisé.

Mais chacun peut, et chacun doit, porter le contre-fardeau de la joie; celui des quelques éclaircies qui font que nos journées ont des fois un certain charme, à défaut d'un sens. Et il suffit ainsi de quelque mots nés près du coeur, d'un crépuscule orange qui noie le regard, d'une attente qui porte un rêve en son sein...pour que la lassitude ne gagne pas.

mercredi 1 février 2012

102.

Je ne me crois plus quand je suis triste. Je ne me crois plus quand je suis heureux.
Il ne m'arrive pas grand chose qui me touche vraiment; et tous mes problèmes sont de faux problèmes. Je suis aussi sec qu'une branche morte; et tout me fait bâiller...Je me moque de mes rêves...

Je revois mes anciennes peines et  mes anciennes joies...ce n'était que de l'écume; ma jeunesse soufflait et le vent se levait. Il n'en reste en vérité jamais rien, de ces errements infantiles,...ni les larmes ni les rires...Tout disparaît dans le temps qui meurt et toutes les flammes s'éteignent.

Ai-je été tant déçu déjà, que je n'ai plus aujourd'hui la force d'espérer? Quand est-ce que la peur a gagné? Quand est ce que mon âme s'est-elle suffi à vivre dans ce petit enclos désert? Ou, peut-être, plus honnêtement, l'a t-elle jamais quitté un jour? Toutes ses ardeurs passées n'étaient-elles donc que fumisterie ?