119.
Il fait beau, le ciel est dégagé et c'est une occasion propice pour aller noyer son regard dans l'horizon. On n'en prend pas conscience généralement, mais il faut se rendre compte qu'on est à longueur d'année privé d'horizon. On regarde ses pieds, ses mains, ses poches, ses écrans, ses poubelles, les feux arrières des véhicules et les murs décrépis des immeubles; mais on ne regarde jamais assez l'horizon; alors que le regard, des fois, lui aussi, voudrait bien s'éloigner.
Je regarde l'horizon et je me rends à l'évidence que "je" ne suis rien. Je parle de ce petit "je", qui s'agite sans cesse sur la surface du monde.
Mes atomes m'ont précédé, et ils me survivront. Et il ne me différencie de ce corps minéral qu'un court instant de vie. Cette vie-là, le petit "je" (Monsieur x que je suis) ne l'a pas commandé. Ce petit "je" n'a dessus aucun "mérite". Il n'a aucune existence dans l'absolu, et n'a aucun droit à dire : "je suis". Il n'est que le déroulement de la Vie (ou de la conscience), son passage par une région de l'espace. Il n'existe pas sans elle, elle existe sans lui. Il est l'enveloppe de la lettre mais pas le message qu'elle contient. Il est la chair, mais pas le souffle.
"Mais à quoi servirait-il de savoir ces choses-là", me diriez vous? Les gens vivent bien sans le savoir? les générations se suivent bien, sans le savoir?
Oui, sans doute; mais c'est exactement comme dans cet exemple: on peut toujours dessiner des cercles, qu'on connaisse "π" ou pas du tout; mais il faudrait aussi noter que celui qui le connaît, connaît aussi le périmètre du cercle et l'aire qu'il contient; celui qui ne le connaît pas n'en connaîtra jamais plus que la forme.
Il fait beau, le ciel est dégagé et c'est une occasion propice pour aller noyer son regard dans l'horizon. On n'en prend pas conscience généralement, mais il faut se rendre compte qu'on est à longueur d'année privé d'horizon. On regarde ses pieds, ses mains, ses poches, ses écrans, ses poubelles, les feux arrières des véhicules et les murs décrépis des immeubles; mais on ne regarde jamais assez l'horizon; alors que le regard, des fois, lui aussi, voudrait bien s'éloigner.
Je regarde l'horizon et je me rends à l'évidence que "je" ne suis rien. Je parle de ce petit "je", qui s'agite sans cesse sur la surface du monde.
Mes atomes m'ont précédé, et ils me survivront. Et il ne me différencie de ce corps minéral qu'un court instant de vie. Cette vie-là, le petit "je" (Monsieur x que je suis) ne l'a pas commandé. Ce petit "je" n'a dessus aucun "mérite". Il n'a aucune existence dans l'absolu, et n'a aucun droit à dire : "je suis". Il n'est que le déroulement de la Vie (ou de la conscience), son passage par une région de l'espace. Il n'existe pas sans elle, elle existe sans lui. Il est l'enveloppe de la lettre mais pas le message qu'elle contient. Il est la chair, mais pas le souffle.
"Mais à quoi servirait-il de savoir ces choses-là", me diriez vous? Les gens vivent bien sans le savoir? les générations se suivent bien, sans le savoir?
Oui, sans doute; mais c'est exactement comme dans cet exemple: on peut toujours dessiner des cercles, qu'on connaisse "π" ou pas du tout; mais il faudrait aussi noter que celui qui le connaît, connaît aussi le périmètre du cercle et l'aire qu'il contient; celui qui ne le connaît pas n'en connaîtra jamais plus que la forme.
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