mercredi 8 février 2012

109.

Un autre 8 février, qui suit un 7 février et sera suivi par un 9 février, comme tous les 8 février qui l'ont précédé et tous ceux qui le suivront...Je pensais qu'il ne pouvait jamais rien se passer les 8 février...Pourquoi, me disais-je, l'histoire aurait-elle choisi une date aussi banale pour un quelconque événènement ?

C'était la pensée du matin...

Je me suis rapidement rendu compte que je me trompais; puisque dès que j'ai lu le journal, je me suis aperçu que le 8 février était la date anniversaire des évènements de Sakiet Sidi Youssef. Je les avais totalement oublié ceux-là; comme sans doute des millions d'autres tunisiens. L'histoire a avancé, et nous n'en sommes plus là. Et aujourd'hui 8 février 2012, ce qui compte à Sakiet Sidi Youssef en cet hiver rigoureux, ce n'est pas de se protéger des bombes, mais de la neige et du froid.

Je suis quand même allé lire un petit article sur Wikipédia, pour connaître dans plus de détails ce qui s'est passé ce jour-là. J'en ai égalment profité pour corriger l'éphéméride du 8 février sur le même site, puisqu'on y listait des "évènements" de tous les siècles et de tous les pays, mais pas de mention de Sakiet Sidi Youssef.

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Le 8 février 1958, l'armée française, sous prétexte qu'il sert de base arrière aux combattants algériens, avait bombardé ce petit village tunisien frontalier, faisant des dizaines de victimes civiles, plus de 70 morts et de 80 blessés, dont plusieurs enfants d'une école primaire et des réfugiés regroupés par une mission de la croix rouge. L'attaque, retentissante par sa brutalité et son lourd bilan, a conduit après une polémique de deux mois en France, au renversement du gouvernement et au retour du Général De Gaulle.

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J'ai découvert aussi un poème de Louis Aragon écrit à la suite de cet évènement, qui contient les vers suivants:

Essayez de faire entrer dans un vers français
Ce mot comme un poignard: Sakiet-Sidi-Youssef
[...]
Une fois de plus, entre le miroir et toi
Il y a désormais ces yeux des enfants morts.

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Ne dit-on pas que "ne meurent que ceux qu'on oublie"?...

En corrigeant l'éphéméride de la journée sur Wikipédia, un site que le monde entier consulte, et pas seulement les tunisiens et les algériens; je me suis dit que ces enfants morts le 8 février 1958, me regardaient de là-haut, aujourd'hui 8 février 2012, avec une certaine bienveillance.

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