samedi 11 février 2012

111.

[Une connaissance familiale, venue passer la nuit du vendredi chez moi.]
[Après qu'on se soit installés au salon pour dîner...]

Il regarde à droite et à gauche...puis finit par me poser la question qui le brûle depuis des heures: - Tu n'as pas de télé?...

A ma réponse négative, il m'a semblé lire dans ses yeux comme une sorte de déception; et même si un restant de retenue l'empêchait de trop le montrer, je voyais bien qu'en son for intérieur, il était en proie à un sentiment d'ennui sans secours. Dans sa tête trottait une question à laquelle il ne trouvait pas de réponse: Comment peut-on passer la nuit sans télévision?

Me demandant comment est-ce que je peux vivre sans télé; je réponds nonchalemment qu'avoir une connexion Internet et des livres suffit largement à subvenir à mes besoins de distraction. Il ne m'a pas écouté, et n'a fait aucune remarque à propos des deux cents livres qui étaient derrière son dos. Les livres se confondaient pour lui avec le mur; seul lui manquait le canon à images devant ses yeux...

***

Il y avait un journal sur la table...

Il me demande: - Tu sais combien sont morts aujourd'hui? Je lui réponds: - Je ne sais pas. Il meurt environ cent milles personnes par jour dans le monde.

- Mais non! Je ne te parle pas de ceux-là! Tu n'as pas vu les images ou quoi...? en m'indiquant du doigt un encadré sur la Syrie à la une du journal...

J'ai compris. Il lui manquait sa dose quotidienne de morts. Mais ce n'était pas la mort en elle-même qui le concernait, ce n'était pas le fait que la vie finissait tôt ou tard: Celle de milliers de gens par jour et la sienne inéluctablement. Seul le spectacle de la mort l'intéressait, le même spectacle de la violence...qu'il soit celui des guerres réelles ou des films hollywoodiens.

J'ai évité de lui dire qu'il me faisait penser à "l'orange mécanique" de Kubrick et à cette scène où l'on oblige le personnage principal à regarder sans arrêt des images de violence et de sexe. cela l'aurait vexé pour rien...

***

Quand il est parti le lendemain; j'aurai parié tout mon argent qu'il était, quelque part en lui-même, heureux de retrouver très bientôt un endroit où il ne sera pas privé de télévision.

5 commentaires:

  1. J'aime beaucoup beaucoup beaucoup la référence cinématographique ici! :))

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  2. Et moi j'aime beaucoup beaucoup beaucoup que tu aimes beaucoup beaucoup beaucoup :))

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    1. Faut dire que le genre de personnages de ton texte, j'en ai ras la casquette d'eux (pour rester polie) :)
      Mais leur présence est tellement habituelle...
      Et tout en lisant voilà que je trouve mentionné l'un de mes films/réalisateur préférés! :)

      Vois-tu, ça montre bien que tes textes ne sont jamais dénués de ce petit quelque chose qui fait sourire comme je l'ai déjà dis dès ma première visite ici :)

      PS: Mon don pour le sens du détail me dit que tu as un fuseau horaire à régler (sur ton blog) ;)

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  3. PS2: Aussi,tu peux activer l'alerte pour les nouveaux commentaires (email ou sur le tableau de bord)

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  4. Ce genre de personnages sont nos familles, nos amis, nos voisins, nos collègues,... beaucoup beaucoup de monde en fin de compte. Je ne les accable pas; je regarde moi-même, quelquefois la télé, et même ses débilités. Je me dis juste que c'est malheureux que les gens se privent "inconsciemment" de toute possibilité de s'enrichir intérieurement par la lecture, la réflexion, la conversation, ou l'écriture; et préfèrent noyer leur ennui dans un flot ininterrompu d'images, pour la plupart sans intérêt.

    J'espère que tes visites continueront longtemps, très longtemps...et que tu souris toujours :)

    P.S 1: "L'orange mécanique" (que je v'ai vu à la télé (!) il y longtemps) restera un de mes souvenirs cinématographiques les plus marquants.

    P.S 2: réglé pour le fuseau. Merci. (Quoique en réalité je ne suis plus à un décalage près ;)

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